×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Analyse

    Emploi, dirham, croissance: Le bulletin de rentrée du FMI

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5588 Le 09/09/2019 | Partager
    nicolas_blancher_088.jpg

    Nicolas Blancher, chef de mission pour le Maroc au FMI (Ph. L’Economiste)

    La réglementation du travail surprotège les insiders et pénalise les chômeurs peu qualifiés. En gros, les PME auraient peur de recruter car se séparer d’un employé est très complexe et coûteux. La rigidité du droit du travail est un frein à l’emploi, selon le FMI. Sur le dirham, Nicolas Blancher, chef de mission pour le Maroc au FMI estime que la fenêtre est favorable pour entamer une nouvelle phase du régime de change. Aux autorités de décider de l’opportunité. 

    - L’Economiste: Comment jugez-vous la trajectoire budgétaire du Maroc?
    - Nicolas Blancher:
    Notre prévision du déficit budgétaire reste maintenue à 3,7% pour 2019. L’évaluation d’ensemble que nous faisons est que le Maroc reste sur une trajectoire d’assainissement des finances publiques depuis plusieurs années qui est compatible avec un objectif de moyen terme de la réduction de la dette. La dette du Trésor devrait se stabiliser en 2019, nous prévoyons qu’elle va décroître pour se situer à 60% du PIB à moyen terme. Au-delà des fluctuations du déficit d’année en année, le plus important, c’est le maintien du cap et que le gouvernement soit engagé à faire ce qu’il faut. Je crois qu’il en a fait la preuve, nous n’avons aucune raison de ne pas croire à sa détermination.

    - Si la dette du Trésor décroît, celle des entreprises publiques elle, s’emballe. N’est-ce pas un risque à terme pour le budget?
    - Le périmètre des entreprises publiques couvre différentes réalités. La dette d’une entité comme l’OCP ne pose aucun souci. Par contre, nous sommes un peu plus préoccupé par la situation des entreprises comme l’ONCF ou Autoroutes du Maroc. Il faut que les choses soient sous contrôle. De manière générale, je voudrais insister sur deux choses: un, le total de cette dette n’est pas extrêmement élevé pour ne rester que sur les cas qui nous préoccupent. Deux, les autorités sont conscientes du problème. Le ministère des Finances déploie actuellement un plan d’assainissement et de restructuration des entreprises les plus vulnérables. Des actions sont en cours de mise en œuvre, il faut juste attendre qu’elles produisent leurs effets.

    - Il y a eu une controverse sur le traitement des arriérés de crédits de TVA. Devraient-ils être portés dans la dette?
    - La question nous a effectivement été posée dans la discussion que nous avons eue avec les autorités. Le processus d’apurement des impayés a été engagé via un montage d’affacturage. Notre compréhension de la chose est que les crédits de TVA ne devraient pas être comptabilisés dans la dette du fait qu’ils correspondent à ce qu’on appelle les droits d’imputation et relèvent plutôt de flux que de stock. Voilà ce que nous ont dit nos experts à ce sujet. 

    - Le Fonds a souvent insisté sur le poids de la masse salariale. Quelle est votre appréciation sur son évolution?
    - Deux choses à relever sur ce point. Premièrement, nous sommes satisfaits -dans un sens étroit- dans le sens où le gouvernement arrive à contrôler la progression de la masse salariale. Mais à 10-11% du PIB, elle reste toujours élevée comparée aux pays similaires, mais nous relevons des efforts pour la contenir. Par ailleurs, nous pensons qu’il existe d’importants gisements de gains d’efficacité dans la fonction publique, notamment dans la manière dont elle est gérée. A notre avis, il est possible de faire évoluer la gestion de carrière en basant la rémunération davantage sur le mérite que sur l’ancienneté. A plus long terme, il y a de quoi maîtriser encore mieux la masse salariale. Il ne s’agit pas seulement de serrer la vis ou de limiter les augmentations, c’est aussi une question de réforme structurelle de la fonction publique pour améliorer la qualité et l’efficacité. Au moins autant que nous, c’est la Cour des comptes qui le dit.

    - Faut-il accélérer la réforme du régime de change du dirham après une première phase réussie?
    - Cette réforme entamée en janvier 2018 (ndlr: élargissement de la bande de fluctuation à 3% de part et d’autre) est historique. Le point clé c’est que le Maroc a initié et mis en œuvre cette réforme de façon délibérée sans aucune pression. C’est un choix stratégique dans une perspective de long terme, d’absorption des chocs externes, de préservation de la compétitivité, etc. Après la première phase déployée depuis un peu plus d’un an et demi, les autorités monétaires sont déterminées à continuer le processus. Le gouverneur de Bank Al-Maghrib a été clair là-dessus. A quel rythme? C’est une question d’appréciation des autorités monétaires. Le plus important est qu’elles soient déterminées à poursuivre cette réforme. Notre vue à nous en tant que FMI, c’est de dire que la fenêtre d’opportunité pour continuer est toujours ouverte. Et autant y aller tant que c’est le cas. Aux autorités de juger de l’opportunité, nous n’exerçons aucune pression dans ce sens.

    - L’économie marocaine est-elle assez outillée pour résister à une forte remontée des cours du pétrole? La tension dans le détroit d’Ormuz peut embraser le marché à tout moment.
    - Pour nous, c’est un des gros facteurs de risque en plus de la faiblesse de la croissance dans la zone euro. Par ailleurs la dégradation de la situation géopolitique peut impacter un secteur comme le tourisme. Oui, le Maroc reste vulnérable à ces facteurs géopolitiques, mais tout cela renvoie à la résilience de l’économie. Entre fin 2016, début 2018, les prix du pétrole ont quasiment doublé. Malgré sa dépendance aux importations du brut, l’économie marocaine a bien résisté à ce choc. Les autorités n’ont même pas eu besoin de tirer sur la ligne de crédit (ndlr: Ligne de précaution et de liquidités de 6 milliards de dollars) que nous avons mise à la disposition du Maroc. Les réserves de change sont à un niveau confortable et les équilibres internes et externes sont restés bien ancrés.

    - Peut-on tenir longtemps avec un déficit du compte courant au dessus de 4% du PIB?
    - Effectivement, c’est une préoccupation. En 2018, le déficit des opérations courantes s’est dégradé pour atteindre jusqu’à 5,4% du PIB. Nous prévoyons un retour à 4-4,5% l’an prochain. Si les cours du pétrole montent, cela peut être un facteur de fragilisation des équilibres globaux mais ce risque est contrebalancé par la dynamique des secteurs exportateurs –phosphate, automobile, aéronautique- et le maintien des flux des investissements directs étrangers. Si nécessaire, le Maroc peut emprunter à des conditions favorables sur le marché international. Je rappelle par ailleurs que ses réserves de change restent confortables. Tout compte fait, je ne vois pas de choc externe de nature à pousser les autorités à prendre des mesures extraordinaires.

    - A quoi tient le ralentissement presque structurel de la croissance? Quelle est l’analyse du FMI?
    - L’accélération de la croissance est une question-clé et un enjeu crucial pour l’emploi et l’entreprise, en particulier la PME. Nous avons effectué une analyse de principales contraintes à la croissance future au Maroc comme nous le faisons pour beaucoup de pays. Deux aspects essentiels qui nécessitent des réformes en profondeur sont ressortis de ce diagnostic. Un, l’éducation. C’est un sujet de long terme. La stratégie 2015-2030 est là, mais le plus important, c’est de poursuivre sa mise en œuvre. Au FMI, nous pensons qu’il existe beaucoup de gisements d’amélioration dans ce secteur. En comparaison à certains pays du même niveau, le Maroc consacre beaucoup de moyens financiers à l’éducation mais les résultats sont très mauvais. De même, sur la gouvernance sectorielle, il existe des axes de progrès sur l’amélioration des performances scolaires, la formation des profs, l’absentéisme, etc.
    Le deuxième point a trait à l’environnement des affaires: l’accès au crédit de la PME, la concurrence, la lutte contre la corruption,…

    Marché du travail: Les insiders trop protégés

    Pour le FMI, le marché du travail au Maroc est une problématique multidimensionnelle qui touche à l’éducation, la formation professionnelle, la croissance ou la formation continue. Le FMI considère qu’il y a des allégements à opérer sur la réglementation.
    Le Maroc est un pays où le problème insiders/outsiders est très marqué. Soit on est parmi les personnes ayant déjà un travail avec un CDI, et tout va bien, soit on est un jeune entrant sur le marché sans forcément une bonne qualification, et les horizons peuvent se boucher. Le droit du travail actuel surprotège ceux qui ont déjà un travail et relègue en seconde position les incitations pour encourager l’emploi de jeunes qui n’en trouvent pas.  Pour le responsable du FMI,  la réglementation devrait desserrer l’étau sur les restrictions liées à la rupture de contrat de travail et à l’embauche. Ceci dit, il ne s’agit pas de flexibilisation à outrance ou d’une position dogmatique. Il s’agit de créer des conditions agiles peut-être par branche, par entreprise négociées avec des partenaires sociaux en vue d’assurer l’égalité des chances à l’emploi. Comment faire pour faciliter les CDD sans non plus tomber dans les travers des «emplois kleenex»?

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      abonnement@leconomiste.com
      mareaction@leconomiste.com
      redaction@leconomiste.com
      publicite@leconomiste.com
      communication@leconomiste.com

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc