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    Reportage

    Service militaire: Comment l’armée combat préjugés et fake news

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5587 Le 06/09/2019 | Partager
    Immersion chez les appelés des Blindés de Guercif
    Le Général El Jazouli donne le coup d’envoi à l’opération
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    Le général Zaïd El Jazouli, inspecteur des Blindés (à gauche en tenue claire), et le général Noureddine El Mesnaoui, commandant l’Unité des Blindés de Guercif (à droite en treillis), passant en revue le détachement des appelés de la 36e promotion (Ph. Bziouat)

    L’armée combat les préjugés et casse les tabous. C’est quasiment la première fois que les FAR ouvrent les portes des casernes à la presse et aux civils. Manifestement, c’est un nouveau concept qui s’inscrit dans une nouvelle vision de communication et d’ouverture des militaires sur leur environnement extérieur. Une approche inédite qui vient casser les préjugés, les clichés et stéréotypes ou encore les fake news, sur l’activité militaire et la vie dans les casernes, auprès de l’opinion publique. Une stratégie bien huilée qui sort des sentiers battus.

    Cette fois-ci, l’événement est d’envergure nationale avec une forte charge symbolique, pédagogique et sociale. C’est le coup d’envoi de la 36e promotion des appelés militaires relevant de la  Brigade royale des Blindés (6e BRB) de Guercif. Il s’agit là de l’une des plus grandes unités d’escadrons blindés réputée par la fermeté, la rigueur de ses militaires très coriaces.

    La 6e BRB est une unité militaire de l’Armée de terre, située dans l’Oriental (Nord-Est), à mi-chemin entre Fès (180 km) et Oujda (160 km). Une brigade  composée surtout de véhicules terrestres blindés dont un grand nombre de chars, tanks et autres véhicules lourds...   C’est le Général Zaïd El Jazouli, Inspecteur de l’Arme Blindée, qui a donné le coup d’envoi le 3 septembre de l’opération «Service militaire» au Centre de formation des appelés (CFA de Guercif), en compagnie du Général Noureddine El Mesnaoui, commandant les unités de la 6e BRB.

    C’est dans ce contexte précis qu’une cérémonie officielle d’accueil a été organisée, sur fond de clarinette et tambours de la Clique militaire, levée des drapeaux, pour l’accueil des appelés et le lancement officiel de l’opération pour une durée de 12 mois. Il faut dire que les étoiles des deux généraux imposent le respect. 

    Après avoir passé en revue le détachement des nouveaux appelés militaires, le Général Inspecteur des Blindés s’est adressé à l’ensemble des jeunes conscrits pour leur expliquer les enjeux du service militaire ainsi que les droits et devoirs de chacun: «Le service militaire a pour objectifs de consolider le sentiment d’appartenance à la patrie, renforcer les valeurs de patriotisme et de citoyenneté, la discipline, la rigueur... Il vous permettra également de bénéficier d’une formation militaire de qualité et une qualification professionnelle qualifiante pour une meilleure insertion professionnelle.  Cette initiative devra vous garantir de meilleures perspectives d’intégration dans le marché de l’emploi voire au sein de la société».

    D’emblée, le Général Inspecteur de l’Arme Blindée a tenu à préciser que l’opération de formation sera répartie en trois étapes. Une première phase de 4 mois dédiée à la formation militaire, appelée dans le jargon: Formation commune de base (FCB).

    La 2e phase (6 mois) portera sur une formation professionnelle/métiers à la fois théorique et pratique autour de plusieurs disciplines (informatique, mécanique, bâtiment, électricité, menuiserie, peinture, jardinage, cuisine, plomberie, sport, sécurité...) avec des instructeurs rodés des Forces armées royales.

    Pour optimiser l’apprentissage, un partenariat a été signé avec l’OFPPT pour la formation au sein des casernes. Enfin, la 3e et dernière partie (2 mois) sera consacrée à la «vie militaire» avec des stages et affectations dans des casernes ou encore des visites de terrain.

    Tout l’enjeu consiste à prodiguer une instruction militaire, de la rigueur, la discipline ainsi que des formations professionnelles afin de développer les connaissances techniques, les compétences physiques, psychiques et morales. In fine, résume le Général El Jazouli, le service militaire est un exercice à multiples enjeux pour développer l’autonomie, la rigueur, le respect, l’esprit d’équipe, le sens de l’organisation et de la responsabilité et surtout... le patriotisme. Au terme des 12 mois, la formation garantira une meilleure insertion sociale et professionnelle de la jeunesse dans l’ensemble des régions du pays.

    Cette promotion du Centre de formation des appelés (CFA) de Guercif compte un effectif global de 3.000 jeunes, tous de sexe masculin. Ils viennent quasiment de l’ensemble des régions du Maroc (Nador, Oujda, Meknès, Fès, Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Laayoune, Tan Tan...) L’âge moyen des volontaires et convoqués varie entre 18 et 24 ans.

    Ce sont essentiellement des jeunes ayant une formation niveau lycée et collège. Mais il y a aussi, dans de moindres proportions, des jeunes ayant un niveau universitaire, licence, master ou encore deux ingénieurs voire même un opticien optométriste. Sans démagogie, il y a un engouement sans précédent pour cette formation, y compris chez les universitaires qui se sont portés volontaires.

    «Dès que j’ai porté l’uniforme, je ressens une fierté, un statut, un rôle social. Ma vie a complètement changé avec l’esprit d’équipe, l’organisation...», témoigne Imad Radi (24 ans), originaire de Casablanca et titulaire d’un diplôme de technicien en traitement de surface aéronautique à l’ISMALA.

    Autre témoignage, autre enseignement d’un opticien optométriste cette fois-ci: «Cette phase d’intégration est une expérience très riche qui nous apprend l’autonomie, la rigueur, le respect de la hiérarchie. Il y a certes de l’autorité, mais elle est soft et fluide. Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est pas la solde de 2.000 DH mais plutôt la formation et la possibilité d’intégrer l’armée en tant qu’opticien», confie un jeune de 24 ans originaire de Mohammedia, qui a le grade d’appelé officier.

    Et à un autre d’ajouter: «le service militaire va nous permettre d’apprendre beaucoup de choses et d’enrichir nos connaissances, aussi bien théoriques que pratiques, dans divers domaines», précise Hamza Abou El Kacem, diplômé universitaire de 24 ans.

    Tout au long de la période du stage (12 mois) , les jeunes ayant moins que le bac percevront une solde de 1.050 DH, 1.500 DH pour les bacheliers et 2.000 DH pour ceux qui ont la licence-master et plus. La grille varie en fonction du niveau d’études et diplômes fournis. Pour l’heure, tous les appelés ont reçu leur paquetage: des uniformes neufs (2 treillis verts, brodequins et casquette) en plus de survêtements et tenue de sport.

    Outre l’habillement, ils bénéficient de l’alimentation gratuite (ravitaillement), de consultations et soins médicaux dans des infirmeries et centres hospitaliers militaires, la couverture médicale, l’assurance décès et invalidité ou encore l’assistance médicale et sociale. «Tous les moyens matériels, humains et techniques ont été mis en place pour garantir le succès de cette opération d’envergure nationale», précise le lieutenant Mohamed Chokairi de la 6e BRB.

    Globalement, le contenu des formations est pluridisciplinaire. Il couvre plusieurs domaines, matières et modules, notamment l’éducation physique, l’éducation morale, l’instruction et l’histoire militaire, le règlement interne des casernes, le comportement, les attitudes et même les postures et gestes... Pour le démarrage, le programme focalise la formation militaire de base (FCB). 

    Dès le réveil tôt le matin, les appelés rangent leurs lit, draps, couverture et oreillers. Ils sont 12 par chambre, en lits superposés. Après, toilettes, douche, rasage de près et cirage de brodequins. C’est ce qu’on appelle dans le jargon: le dégraissage. S’ensuit l’appel un à un avant le rassemblement général: «Couvrez... Repos. Le regard doit fixer la nuque du camarade devant», insiste l’adjudant instructeur pour l’alignement des rangs et rangées.

    Levée des couleurs

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    Pas de gym, petites foulées matinales, les poignets collés à la poitrine (Ph Bziouat)

    A partir de là: «Une... Deux. Une... Deux». Les appelés quittent un à un les dortoirs pour une séance intense de sport (course à pied). Viennent ensuite la douche obligatoire et la cérémonie quasi sacrée de la levée des couleurs (drapeau). Juste après, direction le réfectoire pour le petit déjeuner.

    Outre les exercices de sport, petites foulées, la cadence et formation de base, les appelés passent une bonne partie de la journée dans des salles de classes et des tentes qui font office d’ateliers de formation. Parmi les cours enseignés ce matin-là, les grades de l’armée, de l’homme de troupe jusqu’à l’officier supérieur en passant par les sous officiers pour apprendre le respect du grade, des galons et de la voie hiérarchique.

    Pour les sous officiers, les grades vont de sergent, sergent chef, adjudant à adjudant chef. Côté officiers, le grade commence par sous lieutenant, lieutenant, capitaine, commandant, lieutenant colonel, colonel plein, colonel major et général. D’autres cours enseignent l’hymne national, la devise: Dieu, Patrie, Roi ainsi que les chants scandés lors des exercices de pas de gym’ les poignets collés à la poitrine.

      D’autres séances sont consacrées aux différentes appellations (Groupement, sous groupement, section, réfectoire, dortoir, foyer, mess des officiers, PC -poste de commandement-...) ou encore aux attitudes à tenir dans une caserne ainsi que l’éducation civique et morale, le combat, la discipline et surtout le Règlement général. Des revues inopinées sont aussi programmées pour la fouille des armoires et le contrôle du rangement des uniformes et effets personnels. Le bain maure est obligatoire une fois par semaine à l’intérieur du Centre de formation.

    Vers 12h30, retour  au réfectoire pour le déjeuner. Sur la table, des couverts bien rangés, des verres, des soupières, des plateaux avec des cases de rations, une louche...  Au menu: un repas assez équilibré et nutritif. Hors d’oeuvre (riz et pâtes), plat de résistance (haricot blanc plus viande aux pruneaux) et dessert (yaourt plus une orange). Au total, il y a 3 réfectoires. Des bâtiments flambants neufs avec une capacité de 720 plats/repas en rotation.

    L’armée, c’est un engagement moral avec des droits et des devoirs, insiste le Général des Blindés. D’ailleurs, tous les appelés ont signé un contrat devant le Général qui les engage tout au long de l’ année du stage.  «Vous devez savoir que ce centre de formation militaire est régi par un règlement interne qu’il va falloir respecter scrupuleusement», tient d’emblée à préciser le Général à l’ensemble de la promotion des appelés.

    En clair, ceux qui ne se conforment pas au règlement risquent des mesures disciplinaires. La sanction va de l’avertissement aux arrêts simples et autres arrêts de rigueur en cas de récidive. A l’inverse, ceux qui se montrent exemplaires et disciplinés auront la possibilité de s’engager dans l’armée, sous réserve de répondre à des conditions et dans la limite des besoins de recrutement des FAR. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, le Général des Blindés donne plus d’explications: l’exécution des ordres de tous les responsables qui veillent à votre encadrement, le respect des horaires et des activités, la discipline et le comportement, veillez à prendre soin des équipements et installations mis à votre disposition.

    Le Général Inspecteur explique aussi aux appelés qu’ils ont un engagement moral envers l’armée. Cet engagement ne s’arrête pas après les 12 mois de stage et formation. Il va même au delà. «Au terme du service militaire, vous allez réintégrer la vie civile. Mais vous serez dans l’obligation du devoir de réserve, le respect du secret militaire, la confidentialité surtout des informations et documents qui vous ont été fournis. Dans le cas contraire, il y aura des poursuites judiciaires et des sanctions conformément à la loi». 

      Les jeunes appelés sont également tenus de respecter la sécurité militaire. En cas de manquements, là aussi des sanctions sont prévues. Elles peuvent aller jusqu’à la résiliation voire des poursuites judiciaires.

    Parmi les lignes rouges qui exposent un appelé à la résiliation, la participation à une grève, une activité politique, culturelle ou religieuse, être membre d’un parti politique, une association ou un syndicat, publication ou diffusion d’informations, déclarations à la presse, la télévision ou radio, envoi de SMS, enregistrements audio ou vidéo sur les réseaux sociaux ou publications sur Internet...

    L’Ordre serré: Droite, gauche... Gauche, droite!

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    «Raha... Balkom» Les tout premiers exercices de la formation de base (FCB) portent sur ce que l’on appelle: «L’Ordre serré». Il s’agit là des mouvements et gestes militaires de base, la posture, l’alignement des rangs et rangées lors du rassemblement, la poitrine dégagée, le regard droit, la position des pieds (angle 45 degrés), les mains collées aux genoux... sous le regard vigilant des instructeurs. «A vos gardes... Repos (Balkoum, Raha)», «Gauche, droite. Droite, gauche...», crie l’instructeur-encadrant. Au moindre signal de l’adjudant, les appelés s’exécutent comme un seul homme. Après, les troupes passent aux «pas de gym», les poignets collés à la poitrine sur fond sonore de bruits de brodequins.

                                                                                         

    Parcours du combattant...

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    Autre exercice fondamental dans la formation des appelés: le parcours du combattant. Il s’agit là d’un entraînement physique dans des conditions extrêmes pour apprendre les techniques de franchissement d’obstacles en l’espace de 2 à 3 minutes. «Il y a deux types de franchissement: de compétition et utilitaire dans un environnement difficile tels que le fleuve, la forêt, la montagne, zones rocailleuses...», explique un sergent chef.

    Parmi les obstacles du parcours du combattant, figurent l’échelle de corde, les poutres jumelles, les poutres en zigzag, le réseau à enjamber, le mur d’escalade, le mur d’assaut, la table irlandaise, la fosse, la banquette/fossé, la pente, le petit mur, le gué, les plots ou encore le réseau à franchir en rampant... Il s’agit là d’obstacles pour simuler des situations en terrain hostile.

    Dans ce même exercice, l’instructeur explique aux appelés les techniques du combat corps à corps. Il s’agit là d’une situation extrême à laquelle recourt le soldat qui n’a plus de munitions ou plus d’arme.  A ce moment-là, c’est le combat avec les mains, les bras, les membres inférieurs ou objets contondants, des pierres, des morceaux de bois, des pièces métalliques... Tous les moyens sont bons pour s’en sortir sain et sauf.

     

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