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    Reportage

    Sidi Ifni attend toujours sa décharge contrôlée programmée depuis... 2008!

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5572 Le 08/08/2019 | Partager
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    A cette décharge anarchique sont envoyées les ordures de plusieurs agglomérations de la province, même celles de Lagzira et de Mirleft, à respectivement 13 et 32 km de Sidi Ifni. Chaque jour, une cinquantaine de tonnes d'ordures sont déversées dans cette décharge anarchique, au bord de la route à 5 km de Sidi Ifni (Ph. JM)

    50 ans après son retour au Maroc, Sidi Ifni n’a pas encore une décharge contrôlée. 50 tonnes d’ordures sont jetées quotidiennement au bord de la route, face à l’océan, au grand dam des populations locales, et sous le regard sidéré des touristes qui sillonnent quo­tidiennement cette route.

    Erigée en province depuis 2009, Sidi Ifni attend encore sa décharge contrôlée, 12 ans après la visite royale dans la région, et 11 ans après la défla­gration sociale qui a secoué la ville en 2008. C’est cette dernière qui, pour rap­pel, a mobilisé le staff gouvernemental à l’époque pour accorder plus d’intérêt à une ville marginalisée, engluée dans son enclavement, 40 ans après sa rétrocession par l’Espagne au Maroc le 30 juin 1969.

    Toute une batterie de mesures ont été prises pour le développement socioéco­nomique de cette ville. Mais, si plusieurs projets dans ce programme n’ont pas été réalisés, ou le sont en cours, il y a une ur­gence qui passerait avant plusieurs autres: doter Sidi Ifni d’une décharge contrôlée, et au plus vite.

    La zone allant d’Aglou (province de Tiznit) à Sidi Ifni, et au-delà, jusqu’à Tan­tan, en passant par Mirleft et Lagzira (les deux cités balnéaires les plus fréquentées pendant la saison estivale) est côtière et touristique, et donc mérite plus de pro­tection de son environnement.

    Nous tra­versons la ville en ce mois de juillet, une cité calme, aux principales artères rela­tivement propres, malgré le festival qui bat son plein, comme chaque année en cette période, célébrant le 50e anniver­saire du retour de la ville au pays. Mais le décor change dès la sortie de la ville: à moins de 5 km au sud, nous assistons à un spectacle affligeant: au bord de la route, et même au milieu de la chaussée, des montagnes d’ordures sont jetées, in­vesties par les mouches et les moutons qui prennent leur part au festin.

    L’océan est à une centaine de mètres, le périmètre est entouré de douars peuplés, la route est celle menant de Sidi Ifni à Guelmim, puis à Tantan (la nouvelle route côtière). Très empruntée par les 4x4 et autres camping cars de touristes séduits par la beauté des plages et la bonhomie de la population. A cette décharge anarchique sont envoyées les ordures de plusieurs agglomérations de la province, même celles de Lagzira et de Mirleft, à respectivement 13 et 32 km de Sidi Ifni.

    Celles aussi de la commune urbaine de Lakhsass (à 80 km de Sidi Ifni) et de la commune rurale Tioughza (à une cinquantaine de kilomètres). Ces ordures vont s’amonceler quotidienne­ment pour s’ajouter à celles de la ville de Sidi Ifni (qui produit 24 tonnes/jour) au point kilométrique 5 de la route côtière liant Sidi Ifni à Tan Tan.

    Chaque jour, une cinquantaine de tonnes sont déver­sées dans cette décharge anarchique. Des incinérations ont lieu périodiquement, mais que peuvent-elles lorsque les tempêtes violentes récurrentes balaient cette zone? Ces déchets sont alors éparpillés aux quatre coins de la province, l’océan proche couleur azur en province son lot, au grand dam des touristes qui assistent, abasourdis, à ce spectacle.

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    En période de tempête, ces déchets sont éparpillés aux quatre coins de la zone, l’océan proche couleur azur en reçoit son lot, au grand dam des touristes qui assistent, abasourdis, à ce spectacle (Ph. JM)

    Odeurs pestilentielles

    Quant aux odeurs pestilentielles et aux moustiques, il faut écouter la population des douars limitrophes pour mieux comprendre la situation, c’est un affront à leur dignité et à leur santé. Quelques-uns sont sortis de leurs chaumières pour nous regarder, admiratifs, sortir de notre voiture pour prendre des photos, en nous faisant des signes de solidarité.

    «On a beau écrire et se plaindre, aucune réaction, autant envoyer nos moutons paître dans ce tas des détritus, au moins on en tire nous aussi quelque profit», réagit un quinqua du douar Aguejgal, le plus proche de la décharge.

    Actif dans la région, le tissu associatif de Sidi Ifni, craignant une catastrophe écologique, n’a cessé lui aussi de tirer la sonnette d’alarme sur le danger de cette situation, et quelques correspondants de presse d’informer sur l’urgence d’une décharge contrôlée qui se respecte.

    «C’est l’image de notre ville qui est écornée, les Ifnaouis sont propres, ils ne supportent pas que leur ville soit ainsi pointée du doigt pour sa saleté, et devenir ainsi le réceptacle des ordures des autres. Le projet d’une décharge contrôlée existe, depuis la visite du Roi Mohammed VI à Sidi Ifni en 2007», s’emporte Aziz Elouahdani, militant associatif, et l’un de ces correspondants de presse qui sensibilisent sur cette question.

    Il se demande où est passé le projet de la nouvelle décharge programmée dès la visite royale de 2007, pour la création de laquelle 3 milliards de centimes ont été réservés par le ministère de l’Intérieur.

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    La plage de Sidi Ifni, labellisée pavillon bleu pour la 3e année consécutive (Ph. JM)

    «Seule cette nouvelle décharge pourra sauver la ville, une décharge devant être construite dans un lieu autre où elle se trouve actuellement, devant être conforme aux normes scientifiques et environnementales, et préserver la santé de la population. Se trouvant sur une zone maritime, agricole et touristique, la décharge actuelle est un handicap majeur au développement de la région», analyse notre interlocuteur.

    Y a-t-il réellement un projet de décharge dans une autre zone non maritime? Et quid des 3 milliards de centimes déjà dans les caisses de la commune de Sidi Ifni pour sa réalisation? Nous sommes allés voir le président de la commune, sise place Hassan II (ex-place d’Espagne). Un joli bâtiment, style espagnol, peint en blanc et bleu.

    Abderrahman Fabian, le président de la commune, majorité PAM, est prolixe et pour le moins sincère sur le projet de cette nouvelle décharge quand nous lui avons posé la question. Il serait même temps qu’elle se réalise au plus vite, selon lui, car «la décharge actuelle est une honte à la ville et à la province», assène-t-il sans ciller. Au plus vite? Plus de dix ans après son inscription dans l’agenda des élus locaux? Qu’attendent ces derniers pour la mettre sur pied

    ? «L’argent existe, du moins un budget initial, nous sommes en train d’acquérir un terrain de 50 hectares, à 50 km d’Ifni, sur la route de Guelmim. On est maintenant en train de négocier avec les propriétaires pour trouver un accord, à l’amiable avec ceux qui le souhaitent, ou en expropriant si c’est nécessaire. La phase d’étude n’est pas encore terminée», répond M. Fabian.

    Comprenez: cette décharge n’est pas pour demain, un peu de patience SVP. Nous sommes allés au siège de la province, sise route du port, demander une rencontrer avec M. Hassan Sidki, le nouveau gouverneur de la province, installé en août dernier. Son directeur de cabinet nous signale qu’il est pris par des réunions, qu’il nous fixera RV dans les jours prochains.

    Mirleft envoie ses ordures à Sidi Ifni

    La province de Sidi Ifni, c’est 80 kilomètres de côte atlantique, des dizaines de plages et des plus belles du pays: Lagzira, Tamahroucht, la plage Mirleft, celle de Fraissa, Eoum El Oued, Sidi Ouarzeg…, sans parler de la plage de Sidi Ifni intramuros, labellisée pavillon bleu pour la 3e année consé­cutive, malgré tous les dangers écologiques qui la guettent en l’absence d’une décharge contrôlée. Plusieurs communes de la province de Sidi Ifni envoient leurs ordures à la décharge improvisée à 5 km sur la route côtière Sidi Ifni-Guelmim.
    Les élus locaux de la commune rurale de Mirleft, épinglés en 2014 par la Cour régionale des comptes pour ne pas avoir déployé assez d’efforts en faveur de la protection de l’environnement, y jettent aussi, depuis, leurs déchets ménagers. Ne disposant pas de moyens suffisants pour qu’elle ait sa propre décharge contrôlée, la commune s’est rabattue alors provisoirement sur la décharge communale de Sidi Ifni. Un provisoire qui dure jusqu’à présent.

                                                                             

    Pêche, paradis du surf,...

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    Sidi Ifni tire son nom du marabout de la région et est aussi la capitale de la tribu des Ait Baâmrane. Considérée comme la porte du Sahara au Maroc pour les touristes du désert, car elle relie le désert à l’océan. Avec plus de 20.000 habitants, elle fait partie de la région de Guelmim-Oued Noun. La pêche est son principal moteur économique et de la province du même nom. Dans la région, on trouve de nombreux arganiers et figuiers de barbarie.

    Avec ses activités sportives, la région est un paradis pour le surf, la pêche, le parapente et les randonnées. Entre mer, montagne et grand désert du sud, Sidi Ifni est édifiée sur un plateau rocheux qui surplombe l'Atlantique d’une cinquantaine de mètres.

    Sa plage s'étend sur des kilomètres de sable fin et est qualifiée de paradis pour les amateurs de sports nautiques, particulièrement de surf. Elle présente aussi des atouts historiques et dispose d'un des plus beaux sites naturels du Maroc. La plage Legzira, avec ses arches creusées(1) par l'océan, a été classée parmi les 40 plus belles plages au monde.

    (1) Une des arches s’est écroulée en 2016, à cause de l’érosion

    Jaouad MDIDECH

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