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    Tribune

    Conjoncture 2019: Le PIB rend-il heureux?

    Par Nezha LAHRICHI | Edition N°:5570 Le 06/08/2019 | Partager

    Nezha Lahrichi, ancienne conseillère de Abderrahmane Youssoufi et Driss Jettou, ancienne présidente de la Smaex et ex-présidente du Conseil national du commerce extérieur, est aujourd’hui professeur universitaire (Ph. Privée)  

    L’analyse conjoncturelle  dans ses trois dimensions, description, explication et prévision garde toute son importance pour éclairer la politique économique même s’il n’y a pas d’information parfaite et même si l’incertitude est radicale. L’intérêt de cet exercice dans le cadre du CDS est de s’inscrire dans une réflexion patiente et distancée.

    L’indicateur le plus diffusé, le plus médiatisé et donc le plus influent, est le Produit Intérieur Brut (PIB) dont le ralentissement en 2019 fait l’unanimité: 2,8% contre 3% en 2018 et ce malgré une évolution positive des activités non agricoles de 2,8% en 2018 à 3,6% en 2019.

    L’année 2020 s’annonce sous de meilleurs auspices avec une prévision de croissance de 4% selon Bank Al-Maghrib (BAM). En attendant le ralentissement de la croissance aura produit son effet avec une chute de la création d’emplois de 116.000 en 2018 à seulement 15.OOO en 2019!

    Les biens de production

    Le second indicateur qui retient l’attention est celui du déficit commercial qui se creuse; BAM met l’accent sur le ralentissement des exportations à cause de la décélération des ventes de phosphates et ses dérivés; le HCP fait une analyse de la filière phosphatière dont la production s’est améliorée  de 6,9% grâce à la demande intérieure et extérieure; en effet il y a une expansion de la demande des industries chimiques locales et un accroissement de la demande mondiale des fertilisants de 4,3%  de la part, notamment, du Brésil et de l’Inde.

    Cette évolution témoigne du développement des industries de transformation de Jorf Lasfar. La  Direction des études et de la prévision financière du ministère des Finances met l’accent sur la hausse des importations comme facteur explicatif du creusement du déficit commercial en précisant qu’il y a une progression des importations de biens d’équipement de 7,1% et de demi produits de 7,2% témoignant d’un bon comportement de l’investissement (3% en variation annuelle). 

    Le calcul de la croissance repose sur la définition du PIB soit  la façon de mesurer la richesse nationale, laquelle est donc ramenée à la production marchande. Cette approche  soulève des questions dans tous les pays, quel que soit leur niveau de développement.

    Dans les pays industrialisés l’accent est mis sur le fait que le PIB et la croissance ne mesurent pas le bien-être avec une question dérivée: est-ce que le PIB rend heureux? Il s’agit d’un débat autour de la définition du bien être subjectif et/ou objectif; le bien être objectif s’appuie sur des critères précis : bonne santé, espérance de vie, maîtrise des connaissances etc… C’est à l’Etat d’assurer la base matérielle du bonheur d’où l’importance du PIB sans que sa croissance soit suffisante; un pays peut être productif, riche, prospère  et ses habitants insatisfaits; ainsi le bonheur a son plafond de verre, il dépend des attentes et non des conditions objectives sauf que les attentes augmentent et changent à mesure que les conditions de vie s’améliorent.

    Le PIB et la croissance ne mesurent pas le bien-être car ce n’est pas leur sujet. Il n’est question  que de mesurer  la production marchande et plus exactement la valeur ajoutée marchande de tous les biens et services qui se vendent dans un pays pendant une année.

    En outre, rien n’empêche de proposer des indicateurs de bien-être comme par exemple l’indicateur de satisfaction dans la vie: l’augmentation du niveau de vie n’implique pas nécessairement une augmentation du sentiment de bien-être sur le long terme, c’est pourquoi il faut un indicateur subjectif pour vérifier que le ressenti est en phase avec les conclusions des indicateurs objectifs.

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    Maroc: Sous-estimation

    Le  Maroc est concerné par la distance critique qu’il y a à prendre avec le modèle dominant de la statistique marqué par des contributions oubliées comme le travail domestique et les activités bénévoles… Ces questions immédiates concernent les difficultés liées à l’information statistique et à la nécessité de l’affiner. Les manques fondent une conviction: celle de la sous-évaluation du PIB marocain. Les imperfections concernent l’investissement privé, le secteur informel, le PIB régional, les revenus et  les patrimoines.

    La connaissance des revenus est essentielle pour déterminer leur répartition et mesurer les inégalités en vue de les corriger. Autant de considérations  qui imposent de compléter et de ciseler notre système d’information.

    D’une façon générale les approches sont indirectes et se traduisent par des estimations qui ne mesurent pas la totalité de la richesse produite; bien plus notre système d’information perd de sa consistance dans la mesure où de nombreuses enquêtes ont été abandonnées comme celle relative à l’image des entreprises marocaines présentées par secteurs, taille, chiffre d’affaires, emplois etc…

    Des trous dans le tissu

    L’appréciation de BAM est corroborée par le HCP qui précise que les importations de biens finis de consommation n’auraient crû que de 0,8% en glissement annuel au lieu de 10,5% en 2018. C’est pour dire que l’agrégat  de la Demande intérieure continue de soutenir la croissance économique mais il y a lieu de préciser que la consommation est financée en partie par le crédit qui a connu un accroissement de 5,7% produisant  un effet richesse qui dope ainsi  la demande qui se porte sur les produits locaux et non importés. Ainsi l’appréciation de la conjoncture dépend du choix des chiffres, qui n’est pas fortuit, induisant une lecture optimiste ou  pessimiste qui contrarie les gouvernants.
    Bien plus, la Comptabilité Nationale, une science jeune qui date de l’après crise 1929, comporte des déficiences et des imperfections.

                                                                             

    Le CDS, qu’est-ce que c’est?

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    L’analyse conjoncturelle  dans ses trois dimensions, description, explication et prévision garde toute son importance pour éclairer la politique économique même s’il n’y a pas d’information parfaite et même si l’incertitude est radicale. L’intérêt de cet exercice dans le cadre du CDS est de s’inscrire dans une réflexion patiente et distancée.

    Créé il y a une dizaine d’années, le CDS (Conseil pour le développement et la solidarité) est un think tank fondé par Mohamed Benamour, l’ancien président de la Fédération du tourisme et initiateur du premier contrat-programme du secteur.
    Ce centre de réflexion s’est positionné comme panier à idées, en accès libre. Ainsi ne voyant rien venir des promesses du ministère du tourisme, un an après la formation du gouvernement El Othmani, le CDS a pris l’initiative de réunir les professionnels et autorités politiques, élues et nommées, pour pousser à la publication du programme gouvernemental.  Sans succès, malgré la participation du ministère de l’Intérieur, des Fédérations, de la CGEM… Efforts perdus… pour cette fois-ci.

     

     

     

     

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