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    Tribune

    Mauritanie: Les défis économiques du nouveau président

    Par Adrian Fielding | Edition N°:5559 Le 18/07/2019 | Partager

    Adrian Fielding est un consultant indépendant en stratégie axé sur le risque d’investissement et les affaires publiques en Afrique subsaharienne. Il conseille les investisseurs sur les risques politiques, réglementaires et de contrepartie sur le continent. (Ph. AF)  

    Apres la victoire de l’ex-général Mohamed Ould Ghazouani, les manifestations de l’opposition ont été stoppées net le 24 juin par les forces de l’ordre. Les recours déposés par  Biram Dah Abeid (18,58% des suffrages) et Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%) n’ont pas été suivis d’effet. Alors que le calme est revenu, quelles sont les perspectives économiques pour ce grand pays du Sahel?

    Avec l’élection de Ghazouani, réputé libéral et réformiste, mais aussi un proche et un fidèle de l’ancien président Abdelaziz, se pose la question des orientations économiques du pays, notamment dans les industries extractives. Alors que se profile une nouvelle manne pétrolière, l’industrie minière, arrivée à maturité, a subi un resserrage des vis aux niveaux politique et règlementaire à la fin du mandat d’Aziz. Les premières décisions de son successeur seront ainsi scrutées de près par les opérateurs et investisseurs.

    Durcissement du Code minier

    L’économie de la Mauritanie reste en grande partie dépendante des industries extractives qui représentent environ 30% du PNB et constituent plus d’un tiers des revenus fiscaux et non-fiscaux.  Le minerai de fer, l’or, le cuivre et le pétrole représentent 75% des exportations, et 80% de la totalité des investissements étrangers en Mauritanie concernent l’industrie minière. Alors qu’il reste au pays beaucoup de ses vastes ressources naturelles à explorer, l’attitude du gouvernement vis-à-vis des investisseurs miniers s’est durcie à la fin du mandat d’Abdelaziz.

    Les dernières versions du Code minier (1999 et 2008) ont été rédigées en vue d’attirer les investisseurs tout en éliminant les risques. Le nouveau Code, qui doit encore être voté par le Parlement, devrait rendre les futurs investissements beaucoup moins attractifs. Il contiendrait deux changements clés: la réduction de la durée des licences minières de 30 à 15 ans et l’augmentation de la participation maximum de l’Etat de 20 à 30%.

    Même si le rééquilibrage des bénéfices en faveur de l’Etat est fréquent et compréhensible dans un secteur minier devenu mature, ces conditions ne semblent pas adaptées dans un pays qui n’a pas réussi à attirer les mêmes niveaux d’investissements miniers que ses voisins le Mali et le Burkina Faso. Ces conditions seront parmi les plus strictes du continent et vont probablement affecter encore l’empressement des investisseurs.

    Selon les règles internationales en vigueur, le nouveau Code ne devrait pas s’appliquer rétrospectivement. A date d’aujourd’hui, la Mauritanie compte trois licences de production minière en exploitation. La plus ancienne est gérée par SNIM, la société d’Etat. Les deux autres sont des succursales de multinationales canadiennes, First Quantum Minerals (FQM), pour la mine de cuivre de Guelb Moghrein, et Kinross Gold Corporation, pour la mine d’or de Tasiast.

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    Le port minéralier de Nouadhibou par où sortent les exportations de fer dont la Mauritanie est
    l’un des plus grands producteurs mondiaux (Ph. Comeca)

    Les investisseurs sont inconstants

    Les relations entre l’Etat et ces compagnies minières canadiennes sont fluctuantes depuis leur arrivée, au point d’inquiéter le gouvernement canadien. Alors que les gisements de FQM seront épuisés au début des années 2020, c’est Kinross, qui sert depuis longtemps de test pour les investisseurs potentiels dans les mines et autres domaines en Mauritanie, qui risque de faire les frais de ce changement de cap.

    Kinross, le cinquième producteur d’or mondial, a investi des montants considérables dans la mine depuis son acquisition en 2010, jusqu’à atteindre une capacité de traitement de minerai de 15000 tonnes par jour en moyenne. L’entreprise est le principal employeur privé du pays et représente environ 12% du total des emplois dans les industries extractives (pétrole et gaz compris) et 5,5% des revenus directs et indirects du gouvernement.

    Pour autant, le gouvernement semble avoir multiplié les obstacles administratifs, à commencer par son refus d’accorder un changement de licence d’exploitation en concession minière sur la pointe sud du permis de Kinross, Tasiast Sud. Une autre société minière canadienne, Algold Resources, connaît des difficultés de financement de son projet, et pourrait ne jamais entrer en production si la situation ne s’améliore pas.

    Un pari risqué pour le gouvernement

    L’élection du nouveau président intervient donc à un moment décisif sur les plans politique et économique. Les investisseurs étrangers sont inconstants et les industries extractives –pétroliers comme miniers – exigent d’importants apports en capitaux. Si les informations commerciales sur les réserves de gaz naturel offshore se confirment, les investissements seront massifs.

    Cependant, avec des besoins très limités en main d’œuvre locale sur les plateformes offshore et aucune garantie de succès pour le projet, le gouvernement tourne peut-être prématurément le dos à l’industrie minière. Il semble pourtant que porté par la facilité de l’exploitation du gaz naturel offshore, le régime d’Abdelaziz tenait à rappeler aux électeurs que le rapport de force est bien en leur faveur. Les investisseurs actuels et futurs dans l’industrie minière de Mauritanie devraient être encouragés en cette période décisive du nouveau régime pour éviter toute dépendance excessive vis-à-vis d’une mono-industrie pétrolière et gazière dont l’impact reste à évaluer.

    Après les événements intervenus après les élections, le président Ghazouani  devra rassurer sur sa capacité à maintenir la stabilité politique, essentielle au développement économique, et offrir un cadre équilibré aux investisseurs.

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