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    Vallée Aït Bougmez: Un quotidien des habitants calqué sur les saisons

    Par Joséphine ADAM | Edition N°:5555 Le 12/07/2019 | Partager
    Des hivers rudes mais des printemps qui chantent
    Après les pommes, la culture phare, le safran, est à l’étude
    Touda, un hébergement éco-responsable tenu par des natifs de la vallée
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    Il faut suivre les sinueuses routes de montagne pour atteindre la vallée d’Aït Bougmez, près de M’Goun dans le Haut-Atlas. Une région baptisée la «vallée heureuse» 

    Il faut composer avec le vent. Des rafales de vent qui arrivent tout aussi subitement qu’elles disparaissent. Dans la vallée d’Aït Bougmez, au pied de M’Goun dans le Haute-Atlas, les habitants ne vivent pas tout à fait pareil qu’ils soient en haut ou au pied des montagnes. Dans les hauteurs, les hivers sont plus rudes, les cultures moins étendues et l’enclavement plus prononcé. Cette année, il n’a quasiment ni plu ni neigé, alors forcément les sources sont loin d’être abondantes. Le manque d’eau, et donc de pâturage, génère parfois des discordes entre les sédentaires et les nomades, que l’on aperçoit de la route installés avec leur bétail. Chacun doit composer avec l’autre. 

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    Il y a plusieurs années, les habitants cultivaient essentiellement des pommes de terre pour la revente, et des céréales. Aujourd’hui, tout le monde s’est lancé dans le commerce -plus juteux- des pommes 

    «La vie des nomades est si éprouvante que les habitants ici les voient comme des gens en grande précarité, alors qu’eux se considèrent, avant tout autre chose, comme des hommes et des femmes libres. Tout dépend du regard», confie Saïd Marghadi, guide et photographe, qui a souvent partagé leur transhumance. Un pied au Maroc et l’autre en France, ce natif d’Afourer développe depuis 10 ans un projet d’hébergement en harmonie avec son environnement. Cette confortable demeure, perchée à 2.200 m d’altitude, la plus haute, qui vient de rejoindre le label «Charme & caractère», est tenue toute l’année par Ahmed, Brahim et Nejma, des enfants de la vallée. Pour eux, tout a changé avec ce projet. Économiquement bien sûr, mais surtout «ils rencontrent des gens venus d’ailleurs, des visiteurs étrangers. D’un côté comme de l’autre, c’est un échange de cultures très bénéfique, qui ouvre les esprits», continue Saïd. Et c’est pour lui le vrai intérêt d’un tel projet, faire connaître et aimer cette région au plus profond de son ADN, retourner la carte postale en quelque sorte, et ouvrir l’horizon des habitants de celle que l’on appelle la «vallée heureuse». 

    Découvrir qu’un autre monde existe...

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    Pendant l’hiver, la vie s’arrête, mais pendant l’été, les hommes sont de retour des autres régions du Maroc où ils étudient ou travaillent. Les femmes restent le point d’ancrage du quotidien

    Il se dit que le premier à s’être installé à Zaouiat Oulmzi, le nom de ce village, le plus haut en altitude, est un marabout venu de Figuig. Il y avait 9 maisons seulement à l’époque, contre 62 aujourd’hui. Toutes en pierres, les seules à résister au climat. Les nomades se sédentarisaient et les besoins grandissaient, et continuent de grandir, au rythme des populations. Puis, la modernité a percé. Ahmed Elbahawil a été le premier à acheter une radio dans le village, ce qui lui vaut d’être cité dans l’éco-musée voisin. 

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    En attendant la récolte des pommes en octobre, tout le monde prépare déjà l’hiver en faisant ses provisions de blés, céréales et de paille pour le troupeau

    Les hommes se retrouvaient le soir devant la mosquée pour écouter de la musique et les nouvelles du reste du monde. Une ouverture sur l’ailleurs qui a fait office de petite révolution, tout comme l’arrivée de l’électricité en 2000. «Tout le monde a alors voulu la télévision, puis la parabole, le téléphone…», explique Brahim El Ghazi, un habitant de la région. «Mais aujourd’hui que nous avons tout, la solidarité, le savoir-vivre ensemble, disparaissent petit à petit», ajoute-t-il. Ce qui disparaît surtout ce sont les jeunes, plus tentés par les grandes villes ou à rejoindre l’armée. Pendant les vacances d’été, tous sont de retour. Mais en septembre, chacun reprend sa route et la vallée, ainsi délestée de la majorité des hommes, change de visage et replonge doucement dans les rudesses du temps. L’hiver arrive vite et avec lui toutes ses contraintes (voir L’Economiste du 09/01/2018). Le paysage disparaît sous la neige, comme les maisons. En attendant, il faut faire les réserves tant pour les animaux que pour les familles. 

    Les pommiers comme  sources de survie

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    A Touda, l’hébergement éco-solidaire à 2.200 m d’altitude, visiteurs étrangers et habitants de la région apprennent, d’un côté comme de l’autre, à se connaître et à échanger sur leurs cultures 

    Il y a plusieurs années, les habitants cultivaient essentiellement des pommes de terre pour la revente, et des céréales. Un jour, quelques-uns, en bas de la vallée, se sont lancés dans le commerce des pommes. Leurs affaires ont été si fructueuses aux yeux des autres que tout le monde s’y est mis. Dans la plaine, la culture est intensive et très consommatrice de pesticides. Plus haut, où la façon de produire est plus raisonnée, le frein tient au manque de réseau pour en faire une vraie source de profit. Pas de formation, ni de sensibilisation, toute opportunité de transformer la pomme en jus ou tout autre produit leur échappe. Alors, parmi les initiatives du ministère de l’Agriculture, un grand frigidaire va être mis à disposition des agriculteurs en octobre prochain, dont une partie de la consommation électrique sera fournie par le solaire. Ainsi, plutôt que de vendre leurs productions après la récolte quand les prix sont au plus bas, ils pourront étendre les ventes quand l’offre est moins abondante sur le marché. «La dynamique est là, mais elle est encore désordonnée», confie l’hôtelier. Les autorités ont d’autres projets comme la filière du safran. Un programme sur 4 ans est enclenché par le conseil provincial et la région pour déployer cette nouvelle culture sur 17 communes. 

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    Sédentaires et nomades, que l’on aperçoit de la route installés avec leur bétail, se partagent la vallée. Participer à leurs transhumances fait partie des activités de trekking dans la région 

    Le désenclavement est en marche. Cinq routes passent aujourd’hui par Aït Bougmez. «Chacune d’elle rapproche un peu plus les gens entre eux. Les familles ne sont plus totalement séparées», ajoute Saïd. La vallée sort petit à petit de son isolement, s’organise aussi pour multiplier les opportunités de travail et ainsi fixer les populations. Cultures et tourisme éco-responsable (de nombreuses activités de trekking y sont organisées) restent les valeurs sûres. De quoi donner des ailes à l’activité économique, et des jours heureux à ses habitants. 
     

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