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    En Espagne, un «Trip Advisor» pour les handicapés

    Par L'Economiste | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager
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    Dans Mapcesible, les utilisateurs notent des lieux, tels que des restaurants ou des plages, en fonction de leur accessibilité, en répondant à un questionnaire (Ph. Jaime Villanueva et Luis Sevillano)

    Un accident vasculaire cérébral a fait basculer la vie de Willy Ruiz, l’ancien responsable marketing d’Apple Espagne. Cinq ans plus tard, il lance une application appelée Mapcesible pour favoriser l’inclusion des personnes handicapées

    C'EST au milieu d’une présentation d’Apple, entouré d’iPhones, iPads et iPods, que Willy Ruiz a eu son accident vasculaire cérébral. «Je suis parti avec mes bottes encore aux pieds», plaisante-t-il. Il avait été directeur du marketing d’Apple en Espagne pendant 10 ans et sa vie a changé ce matin-là en 2013. «Tout allait très vite et, d’un coup, tout s’est arrêté. Puis tout a repris, mais très lentement», se souvient-il. Le monde dans lequel il s’est réveillé à la suite d’un coma était devenu un territoire hostile. Il devait s’habituer à avoir un cerveau qu’il ne contrôlait plus. «La première nuit que j’ai passée à la maison après l’AVC, je suis tombé du lit», confesse-t-il. 
    Le plus grand défi était de se déplacer à l’extérieur. Un soir, lorsque Willy Ruiz rentrait chez lui après avoir dîné avec des amis dans un restaurant madrilène, il a eu besoin d’aller aux toilettes. 

    Des informations sur plus de 20.000 lieux recueillies

    Dans une rue pleine de bars, impossible de trouver un établissement accessible en fauteuil roulant. Dans le seul bar accessible, il fallait monter trois marches pour atteindre la porte des toilettes. Il s’est demandé: «Pourquoi n’y a-t-il pas d’application pour savoir où je peux aller aux toilettes?».
    C’est alors qu’il a eu l’idée de créer Mapcesible, une application mobile qui fonctionne comme une sorte de Trip Advisor pour les personnes à mobilité réduite. Les utilisateurs notent des lieux, tels que des restaurants ou des plages, en fonction de leur accessibilité, en répondant à un questionnaire conçu par Ilunion, la fondation de l’Organisation nationale des aveugles espagnols (ONCE), et peuvent même télécharger des photos. Une autre fondation espagnole, Fundación Telefónica, a apporté un soutien technique et financier. 
    «Les premiers tests ont été réalisés par les bénévoles de la fondation, et nous avons enrichi l’information en intégrant des données provenant de dizaines de bases de données publiques, telles que celles des municipalités», explique Luis Rojo, directeur des relations institutionnelles de la fondation. Jusqu’à présent, la plate-forme a recueilli des informations sur plus de 20.000 lieux. 
    «Vous voyez la ville d’un autre œil. Le jour où nous avons présenté l’application, un scooter était garé devant la porte d’entrée de la fondation», ajoute-t-il. L’outil ne répond pas seulement aux besoins des personnes handicapées, il est également utile pour les personnes âgées ou avec poussettes. 
    En 2003, l’Espagne a adopté la loi sur l’égalité des chances, la non-discrimination et l’accessibilité universelle pour les personnes handicapées, qui exige que «les bâtiments, les zones, les outils, les équipements et la technologie, les biens et les produits» soient tous inclusifs. La loi prévoit également «l’élimination des barrières d’accès et l’adaptation des équipements et des outils».

    «Tout compte, mais un bâtiment sans ascenseur reste une prison pour une personne handicapée»

    La Fondation ONCE et le fournisseur de téléphonie mobile espagnol Vodafone ont co-développé Tur4all, une application qui liste les ressources accessibles aux touristes. L’entreprise catalane Mass Factory a lancé un autre outil en 2016 qui guide les personnes handicapées à travers le réseau de transport public, et Google Maps a intégré une option pour montrer les endroits accessibles. 
    «Tout compte, mais un bâtiment sans ascenseur reste une prison pour une personne handicapée», relativise Jesus Hernandez. «Le problème commence dans les universités où les étudiants en architecture n’apprennent pas à réfléchir en termes de design adapté».

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    L’élimination des obstacles et l’adaptation des espaces ne sont pas seulement une question d’inclusion pour les personnes dont le handicap est physique. «Tout le monde, handicapé ou non, peut avoir des difficultés à se déplacer dans une ville. Or, on aime tous arriver à destination en toute sécurité sans se perdre», observe David Lopez, coordinateur de projet de Afanías, une organisation qui soutient les personnes atteintes de troubles mentaux.
    Afanías a développé, en partenariat avec la chercheuse Berta Brusilovsky, le projet Easy Space, dans lequel personnes handicapées et architectes travaillent ensemble pour évaluer la capacité d’adaptation des lieux. «Il y a des éléments de base qu’on peut évaluer, tels que la présence d’une entrée facilement reconnaissable, un point central pour aider les gens à trouver leur chemin autour d’un bâtiment, des itinéraires accessibles, un annuaire à l’entrée d’un lieu, des informations aux croisements de couloirs pour que les gens ne se perdent pas et puissent trouver la sortie», explique Berta Brusilovsky.
    Willy Ruiz met en avant un défi que la plupart des gens tiennent pour acquis: «Je dois savoir à quoi m’attendre quand je sors dans la rue, et qu’il n’y aura pas de surprises».

    Le plus vaste rapport sur la mobilité

    EN 2011, les principales agences espagnoles pour les personnes handicapées ont collaboré avec la Fédération des municipalités et des provinces pour produire le plus vaste rapport sur la mobilité à ce jour, analysant 70 villes et communes. L’étude a montré que 90% des municipalités avaient des escaliers publics non conformes à la réglementation, que 67,6% des feux de circulation n’avaient pas de dispositif d’avertissement et que 70% des grilles des arbres étaient brisées ou défectueuses.
    «Un nombre croissant d’outils technologiques visent à faciliter la mobilité, mais une application ne rend pas un lieu accessible si des barrières physiques demeurent», explique Jesus Hernandez, directeur de l’accessibilité universelle et de l’innovation à la fondation ONCE, précisant qu’une mise à jour des données de l’étude est en cours. «Nous constatons un changement dans ces villes, mais tout est très lent», ajoute-t-il. 

    Par Patricia Peiró

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