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    Yazid Kherfi, l’ancien braqueur qui pacifie les cités

    Par L'Economiste | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager

    Au volant de son camping-car, ce chantre de la non-violence sillonne la France à la rencontre des jeunes de banlieues difficiles

    Ce jour-là, à la tristement célèbre cité des Tarterêts, sur la commune de Corbeil-Essonnes (région parisienne), c’est la fête sur la place du marché de cette banlieue, classée zone de sécurité prioritaire et zone urbaine sensible. Ce quartier construit à la va-vite dans les années 60 qui a concentré jusqu’à une trentaine de tours de quinze étages -en partie rasées ou réhabilitées depuis- est emblématique des banlieues françaises qui souffrent d’un fort taux de chômage, d’une insécurité quotidienne et d’une délinquance enracinée, ce qui cristallise de fortes tensions entre les habitants et les forces de l’ordre.

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    Lors des soirées de Médiation nomade, auxquelles animateurs, éducateurs, voire responsables associatifs locaux se mêlent, Yazid Kherfi encourage les jeunes à faire des projets d’avenir (Ph. François Bouchon / Le Figaro)

    Depuis 19 heures, Yazid Kherfi, crâne rasé, a débarqué avec son camping-car et déballé tranquillement son attirail: tables et chaises pliantes, jeux de société et thé à la menthe. De quoi organiser une soirée conviviale au cœur de la cité pour créer le contact avec les jeunes, à l’heure à laquelle ces derniers zonent bien souvent dans la rue. «Les Maisons des jeunes sont habituellement fermées le soir. Si nous ne venons pas, d’autres s’en occupent: les intégristes, les voyous, les dealers, internet…», explique Yazid Kherfi pour justifier sa démarche.

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    Avec son passé d’ancien braqueur repenti, Yazid Kherfi inspire le respect dans les cités 
    (Ph. François Bouchon / Le Figaro)

    Au dos de son camping-car, estampillé au nom de son association, Médiation nomade, un portrait de Martin Luther King est flanqué d’une citation phare du défenseur de la non-violence: «Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots». Le ton est donné. Ici, place à l’apaisement et au dialogue. La semaine précédente, son camping-car avait posé ses bagages à Carcassonne (sud de la France), trois jours auparavant à Lucé, la banlieue de Chartres (Eure-et-Loir) d’où l’un des islamistes radicaux ayant participé à l’attentat contre Charlie Hebdo en 2015 était originaire.

    «La violence se termine toujours par la case prison»

    Prudents, les jeunes s’approchent peu à peu par curiosité. Les plus jeunes d’abord, les plus crédules: un enfant joue à un jeu de société avec un animateur du quartier, tandis que les adolescents s’attablent avec Yazid, qui leur explique sa démarche. Les questions fusent: «Combien t’as gagné avec ton plus gros casse?», «T’as déjà tué quelqu’un?» … Imperturbable, Yazid balaie d’un revers de la main cette rafale de questions avec un unique message: «La violence se termine toujours par la case prison. Moi je n’ai rien gagné, j’ai fait cinq ans de prison, connu cinq ans de cavale, perdu mon meilleur ami (tué pendant son dernier braquage, ndlr) et j’ai fait pleurer ma mère pendant vingt ans». Fin de l’histoire. Et pourtant, c’est davantage sa vie d’ancien braqueur qui fascine ces jeunes, avides de sensations fortes et qui rêvent tous de devenir milliardaires. Quelques petites frappes se vantent même de leurs premiers méfaits. «Mais comme je les fascine et je viens du même milieu qu’eux, j’ai une vraie légitimité à leur parler et ils me respectent», reconnaît celui qui fait l’objet de toutes les attentions ce soir-là.
    Les plus âgés observent de loin les va-et-vient autour de la fête, s’en approchant avec circonspection les uns après les autres, saluant au passage les médiateurs de la ville, l’adjoint au maire en charge de la politique de la ville Eric Breton, directeur d’école depuis 18 ans, qui connaît tous les jeunes du quartier, ou encore les représentants d’associations locales. Quand la fête décolle et que la danse s’installe, Yazid Kherfi leur lance: «La semaine prochaine, je vais dans le quartier Montconseil: vous venez?» «Pas question, si on y va, c’est pour tous les tuer!», lance un des caïds du quartier. La semaine suivante, même réponse à Montconseil. Les deux bandes rivales ont du mal à surmonter les tensions qui ont coûté en 2016 la vie à Adel, 19 ans, victime d’une balle perdue sur la place de Montconseil.
    Si Yazid Kherfi s’est lancé dans cette aventure, à sillonner les routes de France au volant de son camping-car, c’est parce qu’avec son parcours d’ancien délinquant repenti, il est l’un des plus à même de sensibiliser les jeunes à leur avenir et leur donner de l’espoir. «Toute ma jeunesse on m’a répété que j’étais un bon à rien, un nul et on m’a traité de racaille, ce que je suis devenu. Or, estime celui qui se définit aujourd’hui comme «un guerrier non violent», on peut être le pire à un moment donné et devenir le meilleur quelques années plus tard».

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    Au dos du camping-car de Yazid Kherfi, une citation de Martin Luther King qui fait généralement mouche auprès des jeunes (Ph. Caroline de Malet / Le Figaro)

    Son parcours l’illustre avec éclat. Né dans le quartier sensible du Val Fourré à Mantes-la-Jolie (banlieue ouest de Paris), le Franco-Algérien a enchaîné crescendo à partir de 15 ans vols de voiture, cambriolages et braquages à main armée. Mis bout à bout, ses différents séjours en prison représentent quatre ans de sa vie, sans compter ses cinq années de cavale. A 31 ans, sorti libre, il démarre une nouvelle vie. «Alors qu’on m’avait toujours dit que j’étais irrécupérable, pour la première fois de ma vie quelqu’un m’a dit que j’étais intelligent. Ça a été un vrai déclic». Animateur puis directeur d’une Maison des jeunes dans les Yvelines (ouest parisien), il passe sa licence en sciences de l’éducation avec mention très bien et devient expert en sécurité. Nommé au Conseil national des villes de 2003 à 2005, il devient également membre du Conseil économique et social régional. Parallèlement au travail qu’il effectue dans les banlieues sensibles avec Médiation nomade, à la demande des municipalités (il a déjà organisé 300 soirées depuis 2012), Yazid Kherfi est consultant en prévention urbaine, sollicité de toutes parts pour former les éducateurs ou policiers à la gestion des conflits et a publié deux livres*. Et son action porte ses fruits: désormais, Avignon a repoussé la fermeture des Maisons des jeunes à 23 heures et à Saint-Fons (près de Lyon) et Clichy-sous-Bois, les tensions entre jeunes et policiers se sont estompées. Son expérience suscite la curiosité de responsables de Mayotte, des Etats-Unis et de Chicago en particulier et huit villes ont déjà dupliqué son modèle, dont Corbeil-Essonnes, Valence ou Saint-Denis. A la demande de l’administration pénitentiaire, il a également organisé des conférences-débats dans 48 prisons auprès de 650 détenus.
    «Aujourd’hui, tel un funambule, j’évolue constamment entre un monde le jour et un monde la nuit, entre le monde de la police et celui des délinquants. L’équilibre peut paraître périlleux, mais je ne suis jamais aussi heureux que sur ce fil-là», résume l’intéressé. Mais aujourd’hui, alors que ce personnage hors normes de 61 ans aspire à se consacrer davantage à la réinsertion des prisonniers, il peine à se trouver un successeur. Pas si simple…

    Par Caroline de Malet

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    * «Repris de justesse» (2003) et «Guerrier non violent» (2017)

     

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