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    Comment: Dior a fait redécouvrir les tisserandes du Haut Atlas

    Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5519 Le 20/05/2019 | Partager
    146 femmes de la vallée de l’Ounila ont confectionné l’habillage du défilé
    Assises, matelas, coussins.... tout a été tissé à la main et teinté au henné, en 2 mois!
    Un projet rendu possible grâce à l’association Alfenzine et Ludovic Petit, designer du show
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    Le projet de tissage pour le défilé Dior a renoué entre deux générations: les grand-mères qui détiennent encore des techniques de teinture au henné, et les jeunes filles qui continuent de perpétuer le tissage de tapis avec une touche de modernité. Ici la teinture au henné se fait directement sur les pièces qui seront assemblées par la suite (Ph. Alfenzine)

    C’est à travers leur savoir-faire ancestral de tissage de laine et leur art de teinture au henné que les tisserandes de la Vallée de l’Ounila ont participé au défilé de couture «Croisière» de Dior, tenu à Marrakech en avril dernier. Un projet inédit pour les tisserandes des villages Anmiter, Timsel, Irounen et Anguelz, se trouvant à une soixantaine de km de Ouarzazate, dans la commune de Telouet, surplombant la vallée verdoyante d’Asif Ounila.

    Les femmes tisseuses de la vallée d’Ounila sont réputées pour la qualité de leurs tapis en laine. A l’occasion du défilé Dior, l’association Alfenzine qui œuvre depuis 9 ans sur un ensemble de projets solidaires au profit du village Anguelz, soutenue par Ludovic Petit, designer du show, a été sollicitée pour tisser les assises et coussins de l’événement, en un temps record de deux mois!

    «Participer à ce projet a créé une dynamique jamais vue auparavant dans ces villages, mais surtout a créé un sentiment de fierté chez ces femmes dont beaucoup ont vu pour la première fois leur savoir-faire valorisé et reconnu à un tel niveau. Pour une grande majorité, ce fut la première fois de leur vie qu’elles ont été payées pour leur travail de tissage», assure Warda Houti, présidente de l’association Alfenzine. Ainsi, 146 femmes se sont démenées pour tisser 933 pièces pour le défilé Dior.

    Un travail de fourmilière qui a duré 60 jours d’affilée, où les femmes travaillaient dans les ateliers de 8h jusqu’à 19h, tandis que les autres qui avaient des obligations familiales ou des enfants en bas âge continuaient le travail chez elles jusqu’à des heures tardives.

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    Exprimant excitation et fierté, les femmes qui ont participé au projet se sont dépassées pour réussir à livrer la commande dans les délais. Les tisseuses tenaient à présenter un produit bien fini et impeccable, elles se sont attelées à enlever tous les fils qui dépassent et ont arrangé les colis de manière élégante et raffinée (Ph. Alfenzine)

    Ce projet a surtout réconcilié les jeunes filles tisseuses avec le savoir-faire ancestral, détenu par les grand-mères. Il a fait renaître une tradition qui est de moins en moins utilisée: la teinture au henné. En effet, cette technique a toujours été utilisée pour des occasions très spéciales, aussi bien dans cette région du Haut Atlas que dans d’autres régions du Maroc.

    Symbole de l’abondance, le henné était utilisé dans la vallée de l’Ounila pour embellir le voile de la mariée lors des préparatifs précédant la cérémonie du mariage. Les grand-mères racontent qu’une fois le voile illustré avec de la teinture à base de henné, il était plié et couvert par un amas de feuilles de henné et conservé pendant une nuit sous la pleine lune.

    Le lendemain lorsque le voile était ressorti, tous les motifs se sont transformés en étoiles couvrant tout le tissu. Bien que ce phénomène ne soit rien d’autre que le processus de transfert de teinture, les grand-mères se plaisent à le décrire comme un pouvoir miraculeux du henné pour créer l’abondance et la prospérité dans la vie de la mariée.

    La réalisation des coussins et assises du défilé Dior a ainsi mis la lumière aussi sur le patrimoine artisanal détenu par les femmes marocaines, avec la participation des tisserandes du Haut Atlas représentées par l’association Alfenzine ainsi que celles des villages de l’Anti Atlas représentées par l’association Sumano.

    Cette opportunité de collaboration avec un défilé prestigieux comme celui de la maison de couture Dior, ouvre des perspectives prometteuses pour les tisserandes de la Vallée de l’Ounila. «La combinaison entre l’art du tissage dit «Assaoui» et la teinture végétale pour le projet Dior a donné l’idée d’explorer des pistes pour faire revivre les procédés de teinture traditionnels.

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    A l’occasion du défilé Dior, l’association Alfenzine qui œuvre depuis 9 ans sur un ensemble de projets solidaires au profit du village Anguelz, soutenue par Ludovic Petit, designer du show, a été sollicitée pour tisser les assises et coussins de l’événement, en un temps record de deux mois! (Ph. Alfenzine)

    Les tisserandes qui ont participé au projet ont exprimé leur envie de collaborer sur d’autres projets comme celui-ci. «Un autre challenge à relever par l’association Alfenzine», note Warda Houti.

    Depuis plus de neuf ans, l’initiative sociale locale portée par l’association Alfenzine au Maroc, l’association Alfenzine Rezo en France et l’assemblée du village d’Anguelz a lancé un ensemble de projets solidaires au profit du village Anguelz. Le premier enjeu de cette initiative était de créer des activités génératrices de revenus. C’est ainsi que le tissage de tapis s’est révélé l’activité de choix pour les femmes du village.

    La valorisation de ce savoir-faire permet à ces femmes, dont plusieurs sont encore jeunes, d’être autonomes et de s’assurer un revenu décent leur épargnant de travailler comme des bonnes dans les villes. Les tapis réalisés par les tisserandes du village Anguelz ont d’ailleurs déjà participé à une exposition artistique à Lyon en France en collaboration avec l’Ecole nationale du design la Martinière Diderot de Lyon.

    En parallèle au tissage, et toujours dans le cadre des projets solidaires du village Anguelz, l’idée de créer une gamme «Produits du terroir» commence à prendre forme depuis le début de 2017. Il s’agit entre autres de la confiture de figues, de l’argile verte et des amandes.

    Sabrina BELHOUARI
     
     
     

     

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