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    Tribune

    Langue: Pourquoi changer une équipe qui gagnait?

    Par Pr. Farid ZERROUQ | Edition N°:5511 Le 08/05/2019 | Partager

    Président du Groupe de réflexion sur le développement durable, GRDD, Farid Zerrouq est professeur de Génie des procédés à Fès. Responsable de l’équipe de recherche en QSSE, QHSE-RG et auteur de plusieurs articles et études sur l’éducation-formation, la qualité, et l’évaluation. Au titre de ses différentes recherches et publications, il a présidé ou contribué à plusieurs congrès, colloques et workshops internationaux sur les questions de l’enseignement supérieur et le développement durable, en France, Belgique, Allemagne, Bulgarie, Malaisie, Indonésie, Japon, Italie et Tunisie. Le professeur Zerrouq maîtrise l’arabe classique et la darija maternelle, parle couramment trois autres langues, le français, l’anglais et le bulgare, et maîtrise partiellement l’amazigh, le russe technique ainsi que l’espagnol.  

    Les querelles sur les langues d’enseignement reflètent bien le niveau du débat politique depuis 2012, qui est enveloppé tantôt de propagande islamiste, tantôt de slogans patriotiques, pour au final ne servir les intérêts de personne ou, au mieux, ceux de leurs partis respectifs. Quel joli dessein, en apparence, que celui de remplacer la langue de Molière, le «méchant colonisateur», par l’arabe d’Okba Ibnou Nafia le «bon conquérant», venu du lointain Moyen-Orient.

    Ces défenseurs de l’arabe classique doivent comprendre une chose importante: une langue, quelle qu’elle soit, appartient à ceux qui la pratiquent. Le français n’appartient pas à la France, mais à tous les francophones de la planète, dont ceux de notre pays. Je revendique, d’ailleurs, le droit pour toutes les régions francophones du monde d’être représentées à l’Académie française.

    Une question: dites-moi combien de Marocains maîtrisent l’arabe classique? (Je n’ai pas dit darija!) et combien maîtrisent le français? (NDLR: Selon le dernier recensement du HCP -2014-, 69% des Marocains de plus de 10 ans et alphabétisés écrivent et parlent couramment le français, auxquels il faut ajouter un nombre indéterminé de personnes analphabètes mais qui peuvent suivre une conversation en français). Etonnant, n’est-ce pas?!

    Avant les réformes de feu Azzedine Laraki, d’abord en tant que ministre et ensuite en tant que chef de gouvernement, le système de l’Education-Formation au Maroc se caractérisait par l’enseignement de l’arabe, à côté du français et d’une troisième langue étrangère, souvent l’anglais.

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    L’ancien, Abdelilah Benkirane (costume bleu tenant un chapelet) et l’actuel chef de gouvernement, Saâdeddine El Othmani (costume gris, cravate prune) lors du congrès de la jeunesse de leur parti, le PJD en 2018. Le premier avait patronné l’adoption de la Vision 2015-2030 (organisant certains enseignements en langue française). Mais il a retiré soudainement son soutien  à son successeur sur le même sujet, provoquant un blocage institutionnel et une crise dans leur parti (Ph. L’Economiste).

    Les élèves marocains n’ont jamais eu de problèmes avec ça. Au contraire, ils maîtrisaient aussi bien l’arabe que le français, un peu moins la 3e langue, qui ne commençait qu’en 1re année du lycée. Pourquoi a-t-il fallu changer cette équipe qui gagnait? Pourquoi ne pas revenir à ce système-là, avec quelques modifications: révisions des contenus, renforcement des langues en soirée, l’introduction de l’amazigh, etc.?

    La question des langues d’enseignement au Maroc est trop sérieuse, pour être laissée aux seules mains des politiciens.

    C’est l’affaire d’académiciens chevronnés, d’intellectuels éclairés, de penseurs reconnus et d’experts dans ce domaine. On ne peut pas s’improviser spécialiste de la question et surfer sur la vague qui va engloutir notre système de l’Education-Formation, mettant en péril l’avenir de nos enfants. Soyons sérieux et pour une fois, travaillons pour le bien de notre pays, nous y gagnerons tous, sans exception.

    Et en définitive, avons-nous d’autres choix?

    lecole-superieure-de-management-a-fes-011.jpg

    Cérémonie de remise de diplôme de l’Ecole supérieure de management à Fès, école privée accueillant de nombreux étudiants venus de tout le continent. La volonté de Benkirane, ancien chef du gouvernement PJD, d’amender la «Vision 2015-2030» pour bannir l’enseignement en langue française, aboutirait à faire disparaître le rôle moteur des écoles locales vis-à-vis du reste de l’Afrique.  A noter que cette promotion (2015) était placée sous le patronage du ministre PJD de l’Enseignement supérieur,  Lahcen Daoudi (sic!) (Ph. Ysa)

                                                                            

    Avant le coup de grâce

    Vous remarquerez en passant, que c’est toujours les mêmes individus qui distribuent les promesses: Paradis, Authenticité, Prospérité, qui militent pour la libération de la Palestine (c’est très important!) et  jurent par tous les saints de vouloir développer le Maroc, si seulement on les laissait étaler leur savoir-faire. Mais sans pour autant jamais renoncer aux avantages liés à leur statut de défenseurs du temple, ne serait-ce que pour donner l’exemple.
    Alors, si vous le permettez, quelques remarques s’imposent sur l'authenticité; avant que notre système de l’éducation-formation ne reçoive son coup de grâce, nous plongeant dans les ténèbres de l’ignorance et les abîmes du sous-développement éternel.

    Le magnifique peuple du Maroc

    Pour préserver notre authenticité marocaine, il faut d’abord la définir.
    Est-ce celle de la Turquie et de l’Empire ottoman? celle des Perses et de l’Iran? celle des Wahhabites et de l’Arabie saoudite? celle des Frères musulmans? ou celle de Nasser et des baasistes d’Iraq et de Syrie?
    Est-ce au contraire, une authenticité bien marocaine, un mélange magique, amazigho-arabo-afro-islamo-judéo-chrétien, imprégné d’un peu de sang romain, phénicien, turc, français, espagnol, italien et portugais, qui finalement, a donné ce peuple magnifique, ce peuple  à part, le peuple marocain?

     

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