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    Tribune

    Egalité hommes-femmes: Pourquoi la situation du Maroc inquiète

    Par Neila TAZI | Edition N°:5494 Le 12/04/2019 | Partager

    Vice-présidente de la Chambre des Conseillers pour le compte de la CGEM (Commission de l’enseignement, des affaires culturelles et sociales), Neila Tazi a créé sa première entreprise en 1992, A3 Communication, qui est devenue depuis un groupe avec des activités internationales. Neila est très connue en tant que co-fondatrice du Festival des Gnaoua d’Essaouira avec André Azoulay (3e festival du continent et 6e à l’échelle mondiale).  

    Qu’on se le dise, la place des femmes dans la lutte pour le développement ne pourra plus être un discours de façade et ne sera plus jamais une question secondaire. L’égalité hommes-femmes doit clairement être assimilée comme un élément majeur de la solution pour plus de prospérité, une composante déterminante de la croissance.

    A l’occasion de la rencontre annuelle du réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le Fonds monétaire international(1), s’adressant à une audience de 250 parlementaires provenant de 66 pays, Christine Lagarde, présidente du FMI, et Kristalina Georgieva (présidente par intérim du Groupe Banque mondiale jusqu’à il y a deux jours), ont consacré 80% de leur intervention à l’absolue nécessité de légiférer pour œuvrer à la parité et à l’intégration des femmes dans les instances de gouvernance tant sur le plan politique qu’économique.

    Les pays où la participation et le leadership des femmes dans la société civile et les partis politiques sont plus nombreux, sont des pays plus inclusifs, plus réceptifs, moins exposés à la corruption, des pays plus égalitaires et démocratiques.

    A l’occasion de cette réunion annuelle, le groupe Banque mondiale a partagé les résultats de deux rapports «Women, Business and the Law 2019» (les femmes, l’entreprise et le droit), et «Gender, technology, and the future of work» (genre, technologie et l’avenir de l’emploi).

    Le premier rapport analyse 187 pays sur les dix dernières années, et la façon dont l’emploi des femmes et l’entrepreneuriat féminin sont affectés par une législation discriminante. Ces pays ont été analysés à travers 8 grands axes et plusieurs sous-critères.

    Le Maroc figure à la 115e place sur 187 pays. Cette place dans le classement qui n’a rien de rassurant interpelle fortement d’autant plus que sur les 8 critères analysés le Maroc en remplit près de 80%. Ce qui signifie que malgré les réformes menées sur le plan constitutionnel et législatif, l’intégration des femmes dans le développement, l’entrepreneuriat et l’emploi ne s’améliore pas. Pire, on  constate un fait saillant, l’employabilité des femmes régresse au Maroc.

    Ces mêmes constats ont été rappelés par le Haut Commissariat au Plan qui a révélé dans une étude, en février dernier, que seules 19% des femmes marocaines travaillent!… et les mentalités sont une des causes les plus évidentes d’une telle situation.

    En effet, là où ailleurs dans le monde elles se heurtent souvent à des obstacles juridiques, les femmes marocaines sont souvent marginalisées du monde du travail en raison des fortes contraintes d’une société patriarcale qui privilégie clairement l’homme sur le marché de travail.

    Pourtant la reconnaissance de l’égalité en tant que norme et en tant qu’objectif est consacrée par l’article 19 de la Constitution.

    Pourtant l’article 26 de la loi organique sur les partis politiques  stipule que les partis doivent œuvrer pour atteindre une proportion d’un tiers de participation des femmes dans leur organe dirigeant pour réaliser à terme la parité hommes-femmes.

    Pourtant le Maroc est signataire de 8 des 9 instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), de 3 des 4 conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) consacrées à l’égalité, dont les conventions 100 et 111 relatives à l’égalité de chances, de traitement et de rémunération.

    Nous devons absolument démanteler les barrières qui empêchent les femmes de prendre la place qui leur revient. En dépit du changement de normes de ces dix dernières années, les mentalités, les habitudes comportementales, le manque de prise de conscience perdurent, et constituent des obstacles lourds à l’exercice de l’égalité homme/femme.

    Le second rapport du Groupe Banque mondiale analyse les répercussions de l’évolution de la technologie sur l’économie mondiale, et précise que les automatismes seront plus préjudiciables aux femmes qu’aux hommes. Le rapport estime qu’au cours des 20 prochaines années 26 millions d’emplois féminins dans 30 pays sont menacés par l’avancée technologique. En supposant que le Maroc soit un de ces 30 pays cela signifierait qu’environ 1/3 des femmes actives perdraient leur emploi.

    Notons que cette menace est encore plus forte lorsqu’on sait que beaucoup de femmes au Maroc travaillent dans des secteurs industriels qui seront fortement impactés par les nouvelles technologies, la digitalisation et l’intelligence artificielle.

    Nous devons accélérer le changement, encourager et renforcer la compétence féminine, et cette responsabilité relève essentiellement des décideurs politiques et économiques qui ont le pouvoir de changer les choses. Ils doivent assumer et afficher à la fois la vision et le discours, qui ne sont ni  audibles ni effectifs comme ils le devraient.

    Cette situation prive notre pays d’énormes gains de croissance et nous empêche de rentrer de plain-pied dans la modernité. Le manque à gagner sur le plan économique et social est connu; des chercheurs ont estimé que d’ici 2025 douze mille milliards de dollars s’ajouteraient au PIB mondial si l’égalité des genres était atteinte dans le monde. Ils estiment aussi que si nous continuons d’avancer au rythme auquel nous sommes aujourd’hui, l’égalité entre les sexes ne sera atteinte qu’en 2350!

    Dans un avenir plus proche, notons que Marrakech abritera l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale en octobre 2021, une apparente promiscuité avec la date d’élections législatives très attendues dans notre pays, osons espérer que d’ici là la prise de conscience de cette nécessaire égalité sera au rendez-vous.

    1.000 parlementaires

    Fondé en 2000, le réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le Fonds monétaire international est une organisation indépendante et non gouvernementale, qui offre une plateforme d’influence pour les pays membres de la Banque mondiale et du FMI.
    Aujourd’hui le réseau compte plus de 1.000 parlementaires à travers 158 pays qui plaident en faveur d’une plus grande responsabilisation et transparence dans la coopération au développement.
    Neila Tazi préside le Chapitre marocain du réseau qui a été fondé en novembre 2017 à la Chambre des conseillers à l’occasion d’une conférence du réseau parlementaire.

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    (1)  «A l’occasion de cette rencontre annuelle, Neila Tazi a échangé lors d’un panel sur le thème «donner plus de pouvoir aux femmes pour une meilleure prospérité» avec Gloria Macapagal-Arroyo, présidente du Parlement des Philippines, avec Henriette Kolb, responsable du secrétariat sur le genre à la Société financière internationale (SFI), et Kalpana Kochhar, directrice du département des Ressources humaines du FMI».

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