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    Dar Insaf, dans le Haouz, 16 filles reprennent goût à la scolarité

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5489 Le 05/04/2019 | Partager
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    Deux éducatrices, Naïma et Malika, veillent sur les 16 jeunes filles du foyer de Dar Insaf (Ph. JM)

    Le foyer s’appelle «Dar Insaf», à Talat N’yacoub, dans le Haouz: 16 filles âgées entre 14 et 18 ans y sont prises en charge depuis octobre dernier.
    Arrachées aux affres du travail domestique et prises en charge par l’ONG Insaf, ces filles sont en passe de reprendre goût à la scolarité.

    Nous sommes dans le Haut Atlas, à quelques encablures de la mosquée de Tinmel, exactement à Talat N’yacoub, à 90 km au sud de Marrakech. C’est dans un gîte d’étape de cette commune rurale, appartenant à Lahcen Imnir -un professionnel dans le tourisme rural-, que l'association Insaf (Institut national de solidarité avec les femmes en détresse) a choisi d’installer un foyer pour jeunes filles depuis la rentrée scolaire 2018-2019. Il s’appelle «Dar Insaf», 16 filles, âgées entre 14 et 18 ans, y sont hébergées par l’ONG présidée par Meriem Othmani après les avoir arrachées aux affres du travail domestique. 

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    Des cours de soutien scolaire sont assurés dans le foyer par Malika, issue de la même région du Haouz (Ph. JM)

    Mine de rien, le foyer est le fruit d’un long et patient travail, pourvu de tout l’équipement nécessaire correspondant aux besoins des filles de cet âge. Deux chambres avec des lits superposés, des draps et des couvertures propres, un salon avec une cheminée et une petite bibliothèque, une cuisine équipée du nécessaire, une salle de bains, des lavabos, une terrasse, un jardin…

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    Le foyer est installé dans une maison, louée à 1.500 DH, appartenant à un professionnel du tourisme rural. Il est pourvu de l'ameublement nécessaire pour assurer le confort des jeunes filles (Ph. JM)

    Et deux éducatrices permanentes, Naïma et Malika, aux petits soins de ces filles. Pour dénicher ces filles déscolarisées et repérer où elles travaillaient, il a fallu le concours du ministère de l’Education nationale, avec lequel l’association a passé une convention, qui a apporté sa précieuse contribution, car qui pourra alerter sur un abandon scolaire si ce n’est l’instituteur ou le directeur de l’école ou du collège? Et il a fallu en amont que les soldats de l’association se déplacent pour rencontrer les parents de ces filles et les convaincre de faire reprendre le chemin de l’école à leurs enfants, tout en leur versant mensuellement, pour les aider à cela, 250 DH. Il a fallu 4 mois après l’acquisition de cette maison (louée à 1.500 DH par mois) à Talat N’yacoub pour que l’ONG réalise son aménagement: réfection de la peinture, travaux de menuiserie, ameublement, extincteurs feu… Un appel a été lancé aux ONG locales, aux autorités et aux donateurs privés, pour que chacun apporte sa contribution, en argent ou en nature, pour la concrétisation de ce projet socio-éducatif de valeur inestimable. La CDG, la province du Haouz et quelques hôteliers de la région ont répondu présent. 6 mois après son ouverture, le local respire la propreté, la convivialité et la bonne organisation, tout est réglé au millimètre près, depuis le réveil le matin jusqu’au coucher le soir. Sur une petite terrasse du foyer, au moment de notre arrivée, 3 filles faisaient leurs devoirs scolaires, les autres vaquaient à leurs occupations: cuisine, rangement des chambres, préparation du goûter… Naïma et Malika, les deux éducatrices, veillent au grain, ne laissant place à aucune improvisation. La première, 38 ans, est venue d’Imintanout (à 40 km de Chichaoua), elle travaillait dans un laboratoire de photos avant d’être engagée par Insaf. «Ici, ce n’est pas un internat, c’est un foyer que toutes les filles doivent entretenir, celles qui ne sont pas à l’école restent sur place pour faire le ménage, laver le linge, pétrir le pain, ou préparer à manger. A tour de rôle, tout le monde met la main à la pâte…», explique la jeune femme. 

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    Le ménage se fait à tour de rôle dans le foyer, toutes les filles mettent la main à la pâte quand elles ne sont pas à l'école (Ph. JM)

    Collège à 5 minutes du foyer

    «La plupart de ces filles, ici, travaillaient comme «petites bonnes» à Casablanca, avec des salaires dérisoires qu’elles envoyaient à leurs parents», reprend Malika, originaire de Talat N’yacoub. Master en biologie à Rabat décroché en 2015, elle n’a pas hésité un instant quand on lui a proposé ce poste, tout près de ses parents. Un avantage pour elle aussi puisqu’elle possède cette fibre éducative pour avoir donné des cours de soutien scolaire. «Eduquer, accompagner les enfants dans leur scolarité constituent une passion pour moi, voire un devoir vis-à-vis de ces filles, issues, en plus, de ma région», ajoute Malika.  Les 16 filles sont désormais scolarisées dans un collège à 5 minutes du foyer. Quelques-unes, malgré le décrochage scolaire, réussissent à suivre le rythme des autres enfants, toutes s’accrochent maintenant et ne veulent à aucun prix lâcher leurs études. «Le progrès enregistré est sensible. Il a fallu à quelques-unes un soutien scolaire et c’est Malika qui s’en occupe», reprend Naïma. Parmi ces 16 filles, Nadia, 16 ans, a été arrachée à une famille d’Agadir. «Elle avait besoin de ce soutien, c’est la dernière à rejoindre le foyer. Elle n’a démarré son année scolaire qu’à la fin du mois d’octobre», précise Malika. Au plan relationnel et psychologique, les 16 filles reviennent de loin, six mois après leur arrivée au foyer. 
    «Il fallait les voir le premier jour de leur arrivée, la plupart ne savaient même pas comment ranger leur foulard ou tresser les lacets de leurs souliers. Elles étaient timides et avaient peur, elles avaient du mal à parler, à s’exprimer correctement…», confirme, pour sa part, Lahcen Imnir, le propriétaire du gîte d’étape. Peur de l’inconnu, de l’avenir, peur d'être victimes d' hommes concupiscents et sans conscience. C’est à cet âge en effet que des dizaines de milliers de filles mineures sont annuellement abusées, qu’elles tombent enceintes pour finir mères célibataires, un drame contre lequel Insaf mène un autre combat. 

     


    Nadia: «Je resterai jusqu’au bac Inchallah»

    Nous avons demandé à discuter avec quelques filles du foyer. Nadia, 16 ans, l’une des 16 filles prises en charge au foyer de Talat N’yacoub, a rejoint tardivement le groupe, mais elle réussit, grâce au soutien scolaire assuré par Malika, l’éducatrice, à se rattraper. Maintenant qu’elle est bien intégrée au collège, ira-t-elle jusqu’au bout ? «Je n’ai jamais aimé quitter l’école. Maintenant que  j’y suis retournée, je resterai jusqu’au bac Inchallah», balbutie-t-elle d’une voix timide. Même chose pour Lakbira, également 16 ans, du douar Awtet sur la route de Tizi N’test. Elle a quitté l’école alors qu’elle venait de réussir sa dernière année du primaire, pour être employée à 300 DH par mois comme «petite bonne» à Amizmiz. Maltraitée, elle a été arrachée de cette famille par les soldats d’Insaf pour rejoindre le foyer. Elle rêve aujourd'hui d’une seule chose, «continuer jusqu’au bac, voire au-delà», espère-t-elle. 
    C’est d’ailleurs l’objectif d’Insaf, maintenant que l’article 23 de la nouvelle loi 19-12 inflige de lourdes sanctions (25.000 à 30.000 DH d’amende et la prison ferme en cas de récidive) à quiconque employant une mineure de 16 ans, vienne lui donner main-forte dans ce combat. En 20 ans d’existence, l’ONG a pu sauver 500 petites filles du travail domestique pour les réinsérer dans leurs familles et à l’école.154 sont prises en charge actuellement par la même association, 14 d’entre elles sont à l’université et 54 passeront leur bac dans les 3 prochaines années. En plus du foyer de Talat N’yacoub dans le Haouz, Insaf en a fondé deux autres, à Kalaât Sraghna et à Imintanout.

    Jaouad MDIDECH

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