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    Tribune

    Investissement public: Pourquoi il faut évaluer la performance globale

    Par Pr. Abdelmajid IBENRISSOUL | Edition N°:5481 Le 26/03/2019 | Partager

    Abdelmajid Ibenrissoul est Professeurde l’Enseignement supérieur à l’UniversitéHassan II de Casablanca. Il dirige leLaboratoire de Recherche en IngénierieScientifique des Organisations-ENCG.Il est docteur d’Etat en Sciences économiques(économétrie), docteur enIngénierie des Organisations. Sesrecherches portent sur la modélisation etl’évaluation des décisions organisationnellesdans le risque (Ph. Privée)

    Depuis que J. Dupuit (1844) a écrit son article sur l’évaluation des investissements publics, cette question est devenue le sujet central des débats économiques, dans les pays développés. Et ce, aussi bien dans les milieux académiques que dans les sphères de la décision publique qu’au sein des grandes institutions financières. Deux exemples significatifs témoignent de cette réalité.

    En France, où les travaux de chercheurs de référence mondiale (Lesourne, Boiteux, Quinet, Allais, Bonnafous, Roy, Guesnerie) sont très nombreux, on ne cesse de mener des réflexions (théoriques et pratiques) sur la question de l’évaluation des projets d’investissement public.

    Foisonnement de recherches fondatrices

    A titre d’exemple, on peut citer le rapport Boiteux (2001), qui présente les évolutions scientifiques et méthodologiques pour la monétarisation des externalités environnementales, le rapport Quinet (2013), qui recommande une révision de certaines valeurs (la valeur statistique de la vie, le coût de la pollution atmosphérique et des nuisances sonores, ou encore la valeur tutélaire du carbone), et les colloques annuels sur la sélection des projets d’investissement public, organisés par le CGEDD2.

    L’exemple américain est un autre qui se caractérise par un foisonnement de recherches fondatrices et d’expériences pratiques fort intéressantes. Il suffit de citer des économistes comme Samuelson, Arrow, Debreu, Kenny, Raiffa, Bergson, Simon, et bien d’autres, qui ont traité de l’évaluation des projets d’investissement public pour se rendre compte de l’intérêt qu’on accorde à cette question.

    D’autre part, dans ce pays, l’Etat fédéral édicte des «guidebooks» qui, bien que n’ayant pas de caractère obligatoire, constituent néanmoins des recommandations à suivre pour l’évaluation des projets publics, comme les infrastructures de transport, les centrales nucléaires, et la mise en place de réglementations importantes relatives à l’environnement, la santé et la sécurité, et ce depuis des décennies.

    Au Maroc, certaines de ces méthodes d’évaluation ont été mises en œuvre par les cabinets d’études internationaux, sous les recommandations des bailleurs de fonds, notamment la Banque mondiale ou les organismes de coopération bilatérale lors de l’évaluation des projets d’investissement public, notamment les projets qui ont un caractère de développement socioéconomique.

    Toutefois, force est de constater que l’évaluation des projets d’investissement public n’a pas pu être généralisée et se transformer en réelle pratique administrative ou managériale, et le débat sur cette question est absent aussi bien dans les milieux académiques que dans les milieux administratifs. Or, deux questions peuvent être posées à ce niveau?

    Premièrement, pourquoi l’évaluation des projets d’investissement public doit représenter une priorité incontestable des managers publics? Deuxièmement, comment doit-on les évaluer? Autrement dit, quelle est la méthode la mieux adaptée à ces projets?
    La première question trouve sa réponse dans le fait que les projets d’investissement public désignent les investissements dans les grandes infrastructures de transport, d’hydraulique, d’électrification, etc. Or, ces projets dont la vocation première est d’améliorer la croissance, et par là même, le développement économique engagent des quantités importantes de fonds financiers et il est donc du devoir des décideurs publics de veiller à la bonne gestion de ces fonds d’une part, en évitant leur éventuel gaspillage et d’autre part, en garantissant leur rentabilité.

    On peut dire que jusqu’aux années 1980, étant donné le caractère stable de l’environnement socioéconomique marocain, tout projet de développement était le bienvenu, parce qu’il présentait une rentabilité assez suffisante. Actuellement, les choses ont énormément changé.

    La mondialisation a provoqué une pression sur l’économie marocaine, ce qui a augmenté ses zones d’incertitude, de risque et de complexité. De ce fait, les projets de développement, actions stratégiques par nature, doivent être pris avec beaucoup de précaution. Tout projet de développement à réaliser doit recevoir une attention particulière grâce à une évaluation de sa rentabilité.

    En ce qui concerne la réponse à la deuxième question, les méthodes dont on dispose relèvent généralement de l’évaluation financière. Or, l’évaluation selon les critères de la rentabilité financière ne permet pas de connaître l’impact véritable d’un projet pour la société, et ce pour au moins les deux raisons suivantes. 

    La première raison est que les projets d’investissement public désignent la réalisation des grandes infrastructures dans les secteurs des transports, de l’hydraulique, de l’électricité, de l’agriculture, mais au-delà de cet aspect purement économique, ils possèdent un caractère collectif et visent à augmenter le bien-être de toutes les parties prenantes concernées par ces projets.

    Or, les critères de rentabilité financière ne se préoccupent que du seul promoteur du projet à évaluer. La deuxième raison est que, comme tous les pays, le Maroc est soumis à plusieurs défis: lutte contre le chômage, maintien des équilibres macroéconomiques, cohésion sociale, efficacité des services publics, lutte contre la pauvreté et la précarité, lutte contre les disparités sociales et régionales, compétitivité de l’économie, développement durable, digitalisation de l’économie, économie de la connaissance, etc.

    Dans ces conditions, l’évaluation des projets d’investissement public doit viser leur performance globale. Or, les méthodes d’évaluation financière sont incapables d’être d’une quelconque utilité dans ce sens. En réalité, il existe une multitude de méthodes d’évaluation des projets d’investissement public visant cet objectif, que l’on peut regrouper en deux grandes familles: les méthodes économiques et les méthodes d’aide à la décision multicritère.  

    Un nouveau courant à utiliser avec beaucoup d’intérêt

    L’évaluation économique calcule la contribution du projet au bien-être économique de la région ou du pays. Sa réalisation se fait au nom de la société, et pas au nom du promoteur du projet, comme dans l’analyse financière. Deux étapes sont importantes dans cette évaluation.

    D’une part, la définition de facteurs de conversion adéquats pour transformer les coûts et les bénéfices privés en coûts et bénéfices sociaux. Cette façon de faire part de la logique selon laquelle les marchés se caractérisent par des imperfections, ce qui éloigne les prix observés de la réalité économique et, par conséquent donc ces prix doivent être corrigés par des prix économiques.

    D’autre part, la création d’un marché des biens intangibles, comme le temps, la pollution, la vie humaine, etc. Pour tous ces «biens», l’évaluation économique définit des prix en termes de consentement à payer (CAP) ou de consentement à recevoir (CAR).  Le CAP est le prix maximum qu’un consommateur/usager potentiel accepte de payer pour se procurer un bien ou un service. Le CAR est le prix qu’un individu est prêt à accepter pour supporter un désagrément (bruit, pollution, etc.). 

    L’aide à la décision multicritère est un nouveau courant que l’on peut utiliser avec beaucoup d’intérêt dans l’évaluation des projets d’investissement public. En effet, l’AMD considère que l’évaluation d’un projet, qu’il soit privé ou public, ne peut pas se faire sur la base que d’un seul critère.

    Quelle que soit la qualité de ce dernier, il est incapable d’appréhender la performance globale d’un projet, qui est par essence multidimensionnelle. Les secteurs dans lesquels ces méthodes peuvent trouver des terrains fertiles d’application sont le transport, l’énergie, l’industrie, et l’environnement.

    Capital immatériel

    La nécessité de faire de l’évaluation des projets d’investissement public une priorité se trouve renforcée par les revendications de plus en plus pressantes d’inscrire ces projets dans une perspective de développement durable. Or, quand on sait que le Maroc s’est engagé de façon volontariste dans cette voie, il devient évident qu’il est important pour les décideurs publics de disposer de procédures qui leur permettent d’évaluer l’utilité de leurs projets sur les plans économique, social et environnemental. Dans le même ordre d’idées, dans la mesure où les projets d’investissement public comportent une dimension sociale, ils doivent être considérés comme des leviers pour l’augmentation du capital immatériel du Maroc. Or, le Maroc, depuis quelques années, reconnaît le capital immatériel comme un levier majeur de création de valeur. Par conséquent, il est important que les projets d’investissement public puissent être évalués sur leur capacité à augmenter le capital immatériel de notre pays, et sur sa capacité à lui permettre d’affronter les défis auxquels il sera confronté dans le futur.

     

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