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    Chronique

    Les gilets jaunes en France: Les leçons d’un mouvement atypique

    Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5479 Le 22/03/2019 | Partager

    Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

    170 millions d'euros de dégâts, plus de 10.000 déclarations de sinistres, un impact sur la croissance de 0,2 point, des centaines d'arrestations... c'est l'heure des comptes pour l'exécutif français face au mouvement contestataire des gilets jaunes.

    Celui-ci, apparu en octobre 2018, est un mouvement social spontané issu d’appels à manifester sur les réseaux sociaux. A partir du 17 novembre 2018, il s’organise autour de blocages de routes et ronds-points, et de manifestations sociales chaque samedi.

    Les protestations ont lieu à Paris et dans les grandes villes françaises, ainsi que dans les zones rurales et périurbaines. D’abord pacifiques, les manifestations hebdomadaires ont connu des violences provoquant la mort de onze personnes, des centaines de blessés, et ont donné lieu à d’importants dégâts matériels.

    Pour l'acte 18 du samedi 16 mars, marqué par un rebond de participation, au total 32.300 personnes (dont 10.000 à Paris) se sont mobilisées dans toute la France, selon le ministère de l'Intérieur, tandis que les «gilets jaunes» ont revendiqué le chiffre de 230.766 manifestants dans un décompte posté sur Facebook.

    Le bilan humain est très lourd: une soixantaine de blessés chez les manifestants et une trentaine parmi les forces de l’ordre. Le bilan matériel est également impressionnant: 80 boutiques et restaurants des Champs-Elysées ont été saccagés, pillés et même incendiés comme l’emblématique Fouquet’s. Les forces de l’ordre ont interpellé 274 personnes.

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    Si au départ la mobilisation a été motivée par l’augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, elle s’est ensuite élargie à d’autres revendications fiscales et sociales: hausse du pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires, maintien des services publics, taxation du kérosène et des fiouls maritimes, rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune.

    La mobilisation a pris également un aspect politique avec l’amélioration de la démocratie représentative notamment par le référendum d’initiative citoyenne, et par l’appel à la démission du président Emmanuel Macron.

    Au fur et à mesure, d’autres revendications sont apparues en faveur des automobilistes, des retraites, de l’éducation, de la culture ou encore de la santé. Une partie du mouvement a marqué son opposition au Pacte mondial sur les migrations signé par la France.

    La réponse du pouvoir exécutif a été diverse et a évolué dans le temps. Elle s’est traduite tout d’abord par une très forte mobilisation des forces de l’ordre les samedis, l’utilisation de véhicules blindés de la Gendarmerie, et des mesures judiciaires dont la loi anti-casseurs en cours d’examen par le Conseil constitutionnel.

    D’abord opposé à toutes les revendications, le gouvernement a annoncé en novembre 2018 la revalorisation de la prime de conversion et l’augmentation du nombre de bénéficiaires du chèque énergie et du système d’indemnités kilométriques. Le 4 décembre, le Premier ministre annonce un moratoire de six mois sur la hausse des taxes sur les carburants, qui est transformé par la présidence le lendemain par une annulation de la hausse dans le projet de loi de finances pour 2019.

    Le 10 décembre 2018, Emmanuel Macron dévoile un paquet de mesures sociales évalué à 10,3 milliards d’euros, mais s’oppose au rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune. Il annonce également le lancement d’un grand débat national du 15 décembre 2018 au 15 mars 2019, pour faire remonter les souhaits sur quatre grands thèmes: transition écologique, fiscalité, services publics et débat démocratique.

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    «Le Fouquet’s» incendié lors d’affrontements avec les forces de police anti-émeute sur les Champs-Elysées à Paris le 16 mars 2019, lors du 18e samedi consécutif de manifestations du mouvement des gilets jaunes (Ph. AFP)

    Depuis le démarrage des contestations, quelles leçons tirer du mouvement des gilets jaunes? Tout d'abord, il est atypique par l’absence de structure et d’encadrement partisan, et par le grand nombre de revendications parfois contradictoires. Il peut être analysé comme une rébellion de la classe moyenne et populaire qui se sent marginalisée socialement et géographiquement. La contestation concerne essentiellement les zones rurales et périurbaines: proportion élevée d’ouvriers et d’employés, forte exposition aux taxes,...

    Une enquête d’opinion montre que 42% des électeurs du «Rassemblement national» se définissent comme gilet jaune, contre respectivement 20% pour la «France insoumise» et 5% pour le parti «En marche».

    En se référant aux programmes des candidats à la présidentielle de 2017, les revendications des gilets jaunes sont très proches de la gauche radicale, compatibles avec l’extrême droite, et très éloignées des programmes libéraux du centre et de la droite. En conclusion, l’avenir du mouvement des gilets jaunes en France est incertain.

    Les éléments positifs sont la forte mobilisation pendant près de quatre mois et lors de la manifestation du 16 mars 2019 à Paris, ainsi que le soutien relatif de l’opinion publique (61% de sympathie en mars 2019 selon le sondage Elabe). Cependant, ce mouvement reste minoritaire, hétérogène, et non structuré, qui n’a pas de représentants officiels. Autres éléments négatifs, le très grand nombre des revendications et les énormes dégâts humains et matériels.

    Aujourd'hui, la France est plus que jamais sous haute tension et les semaines à venir seront décisives pour ce mouvement, notamment en fonction des décisions que prendra l’exécutif  suite au grand débat qui a officiellement pris fin le 15 mars 2019.

    Une symbolique qui s’exporte

    Belgique, Espagne, Serbie, Pologne, Russie, Portugal, Italie, Royaume-Uni, Burkina Faso, Afrique du Sud, Liban, Jordanie,... prenant de l’ampleur en France, les manifestations des gilets jaunes se sont étendues hors des frontières françaises. L’appartenance au mouvement d’origine est parfois ténue car les revendications sont propres à chaque pays, le port du gilet étant souvent symbolique. En Egypte, par exemple, craignant une contagion révolutionnaire (à l’approche notamment du huitième anniversaire de la révolution égyptienne du 25 janvier), les autorités interdisent préventivement la vente de gilets jaunes aux particuliers, après que Mohamad Ramadan, un avocat d’Alexandrie, se soit affiché sur Facebook avec un gilet jaune.

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