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    Médias

    Historien et journaliste, un redoutable duo d’enquêteurs

    Par Jihad RIZK | Edition N°:5472 Le 13/03/2019 | Partager
    Archives et témoignages pour déchiffrer les faits
    Les articles de presse comme source documentaire
    Plaidoyer à l’ESJC pour «la nouvelle histoire» et «le journalisme vivant»
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    Le Pr d’histoire contemporaine Tayeb Biad et notre collègue, Faiçal Faquihi, journaliste d’investigation à L’Economiste, en plein échange sur le rôle de l’histoire et de la presse. Leur première collaboration  sur l’histoire marocaine contemporaine remonte à dix ans. L’un plaide pour «la nouvelle histoire», l’autre pour le «journalisme vivant» qui puise dans la réalité propre du reporter qui devient à la fois acteur et narrateur de son sujet  (Ph. Fadwa Al Nasser) 

    Un tandem de choc! Encore faut-il que le journaliste et l’historien n’affrontent pas leurs légitimités respectives d’enquêteurs. «Le doute, le recoupement, l’analyse des faits sont autant de techniques utilisées par l’un et l’autre. A l’instar d’un juge d’instruction, l’historien doit se méfier des preuves préliminaires. Il doit faire parler un document en le confrontant à une réalité donnée, à d’autres sources...», estime le Pr d’histoire contemporaine Tayeb Biad.

    Son dernier ouvrage, «La presse et l’histoire», place ce sujet au cœur d’une agora d’universitaires, d’étudiants et de journalistes. Le débat qui s’en est suivi, mercredi 6 mars à Casablanca, a été parrainé par l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC) du groupe Eco-Médias dont la démarche est désormais une tradition. 

    «Le Pr Tayeb Biad s’est révélé un excellent avocat de cette production d’histoire qui exige un renouvellement des méthodes. Produire du sens avec une vision prospective. Au Japon, des historiens siègent au comité stratégique d’une entreprise pour apporter leur éclairage sur l’évolution des mentalités et des mœurs», déclare le Pr Jamal Fezza, sociologue spécialisé dans les organisations.   

    «La presse et l’histoire» s’apparente à un véritable manifeste pour les tenants de «la nouvelle histoire» qui honnissent les récits indolores, linéaires  et chronologiques des faits. L’école française des Annales a milité pour une écriture et une lecture composées de l’histoire via notamment l’essai fondateur de Marc Bloch, «L’étrange défaite». Ses partisans marocains engagent une révolution contre leurs confrères de l’Ecole de l’érudition méthodologique, selon les derniers échos académiques.

    Bref, les «querelles» d’historiens interpellent forcément le travail de journaliste. Est-il un éclaireur, un simple rédacteur, voire un scribouillard? «Qui détient la vérité et qui la gère? Il y a une frontière méthodologique entre les deux métiers dans leur recherche d’une vérité sociétale. Contrairement à l’historien, le journaliste peut se rattraper sur ses erreurs», selon l’expert en média Abdelouahhab Errami. L’historien peut aussi rectifier le tir suite à la révélation d’archives et de témoignages inédits....

    «Le journaliste travaille selon la logique du four. L’historien travaille selon la logique du frigidaire», estime le Pr Mostapha Bouaziz, spécialiste d’épistémologie historique. Une réflexion en partie recevable pour les professionnels des médias.

    «Car les genres journalistiques distinguent entre le compte rendu d’une actualité brûlante et l’enquête au long souffle. Un journaliste d’investigation qui se respecte a la minutie d’un archiviste. Il garde toujours dans son esprit que son enquête peut servir de matériaux à la recherche historique», estime Faiçal Faquihi, grand reporter et chroniqueur judiciaire depuis 13 ans à L’Economiste.

    Face au public, l’orateur dresse une carte inédite qu’il a réalisée à partir notamment des données du Conseil national des droits de l’homme sur les Années de plomb, leurs fosses communes, et leurs lieux de mémoire (cf. L’Economiste n°4855 du 14 septembre 2016).

    Doctorant à la faculté des lettres et des sciences humaines de Casablanca, Mohammed Nidam témoigne sur l’importance des articles de presse dans ses recherches sur «Les voyageurs marocains en France durant le Protectorat». Un journal de l’époque, Essaâda, lui a  permis de déceler la paternité d’un récit de voyage effectué en 1916 à Lyon par un certain Chraïbi.

    «Sans la presse, il est difficile de comprendre l’histoire contemporaine et de cerner par exemple le portait de certaines figures politiques, comme Allal El Fasssi. La presse est une institution fondatrice et complémentaire de l’histoire», estime le Pr Nezha Moutazaki qui enseigne à la faculté des lettres et des sciences humaines de Aïn Chok à Casablanca.

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    «Les documents de L’Economiste», l’un des grands rendez-vous avec nos lecteurs. Dans cette édition de juillet-août 2009, la rédaction analyse l’histoire économique et politique contemporaine: du thé au sucre, en passant «des péages avant l’autoroute» ou encore la douane et le protocole royal

    L’académicienne cite les travaux effectués avec ses étudiants à partir du Petit marocain, de l’Opinion et de la Vigie marocaine de 1940 à 1956. Jeune journaliste à Radio Plus, Imane Chadi insiste sur le rôle central de la langue dans la transmission de l’histoire. Son ancien professeur à l’ESJC, Tayeb Biad, note que «l’historien doit descendre de sa tour d’ivoire via une langue accessible et agréable à lire pour atteindre son public. La production historique doit tenir compte du marketing».

    D’où ses incursions avec son mentor, le Pr Mostapha Bouaziz, dans le monde des médias. Ils se sont d’ailleurs engagés en 2009-2010 aux côtés d’autres historiens, Lotfi Bouchentouf  et Ahmed Achaabane, dans une aventure avec L’Economiste pour se plonger dans «Une dynastie, un règne».

    «L’intérêt des anniversaires, ce n’est pas de compter les ans, c’est d’ouvrir un espace dans le temps, pour regarder d’où l’on vient, ce qu’on est et où on a l’intention d’aller», écrit Nadia Salah dans un éditorial en ouverture des grands dossiers de l’histoire publié par L’Economiste.

    Une aventure où nos journalistes vont s’engouffrer corps et âme avec quatre historiens. «Le journaliste est au confluent de toutes les sciences», relève l’expert en média Abdelouahhab Errami. Force est de constater que ce n’est pas une évidence dans une profession ravagée par les fake news, l’instantané et la course à l’audience.

    D’où par ailleurs la référence, quoique discutable pour le Pr Errami, au nouveau journalisme. Apparu dans les années 1960-1970, son style d’écriture emprunte les techniques littéraires via le «story telling». Raconter une histoire ne doit pas sacrifier la forme au contenu.

    Un journaliste doit aussi rester ancré dans une culture sans pour autant la cautionner. «Le journalisme vivant exige d’être immergé dans sa réalité sans escamoter la vérité des faits. Un article doit être une peinture personnelle et objective à la fois pour ne pas se périmer», prône en aparté le journaliste Faiçal Faquihi. 

    La préface de «La presse et l’histoire» s’interroge d’ailleurs sur «l’intellectuel comme médium qui peut être historien ou journaliste. Mais qui est avant tout un citoyen averti». Et pour qui «l’information n’est pas un but mais un moyen» pour se recentrer sur l’humain.

    C’est l’une des réponses qui pourraient assouvir les interrogations de Oumaima El Mansour. «Pourquoi étudier l’histoire, ce miroir du passé?», se demande l’étudiante de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC). L’histoire concentre le passé, le présent et l’avenir. La linéarité du temps est un leurre. Journaliste et historien peuvent aussi être dans la peau d’un futurologue. Le temps court, le temps long et le temps à venir appartiennent à la même dimension, celle de la vie.

    J.R.

                                                                             

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    L’Ecole supérieure de journalisme et de communication du groupe Eco-Médias initie régulièrement des débats très suivis par un public fidèle, notamment sur la presse et l’histoire. De gauche à droite, le Pr d’histoire contemporaine Tayeb Biad, à ses côtés, Jamal Fezza, sociologue spécialisé dans les organisations, l’expert en média le Pr Abdelouahhab Errami et Faiçal Faquihi, grand reporter et chroniqueur judiciaire à L’Economiste. «Le journaliste travaille selon la logique du four. L’historien travaille selon la logique du frigidaire», estime le Pr Mostapha Bouaziz, spécialiste d’épistémologie historique. Une réflexion en partie recevable pour les professionnels des médias. «Car les genres journalistiques distinguent entre le compte rendu d’une actualité brûlante et l’enquête au long souffle (Ph. Fadwa Al Nasser)  

        

     

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