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    Tribune

    Cannabis: Le commerce international s’organise… sauf au Maroc

    Par Khalid TINASTI | Edition N°:5464 Le 01/03/2019 | Partager

    Khalid Tinasti est secrétaire exécutif de la Global Commission on Drug Policy et chercheur invité au Global Studies Institute de l’Université de Genève (Ph. KT)

    Depuis 2013, pas moins de dix Etats américains et la capitale fédérale, ainsi que le Canada et l’Uruguay, ont autorisé l’usage légal du cannabis pour leurs résidents adultes. Dans les mois qui viennent, le Mexique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Nouvelle Zélande leur emboïteront le pas.

    Encore plus impressionnant, une cinquantaine de juridictions ont légalisé l’usage médical du cannabis, de la Thaïlande à l’Allemagne, et bientôt la France. Au Maroc, que font alors les responsables de notre culture centenaire du cannabis, de nos jeunes consommateurs et de nos cultivateurs précarisés socialement et pénalement?

    Plus encore, le système mondial de contrôle des drogues est en train de connaître des bouleversements importants mais qui passent inaperçus. Les pays qui légalisent cherchent la manière de commercer entre eux à travers des dispositions légales offertes par la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969 – option Inter se.

    La Commission des stupéfiants des Nations unies peut décider dès 2020 de retirer le cannabis de la liste des substances sans valeur thérapeutique, donnant ainsi un coup d’accélérateur à cette nouvelle industrie pharmaceutique dominée actuellement par les entreprises canadiennes, celles qui bénéficient du meilleur cadre légal à leur épanouissement.

    Pour avoir une opportunité, même minime, d’être un leader de cette industrie émergente, le Maroc doit légaliser le cannabis avant qu’il ne soit trop tard. Voici quelques raisons pour lesquelles le pays ne peut laisser passer son opportunité à cause d’une idéologie aveugle:

    - Le pays a un réel savoir-faire, avec une longue tradition de culture du cannabis dans les régions historiques de production au Nord et une connaissance des techniques de production de différentes souches et de différentes variétés de la plante. Le pays bénéficie d’un climat propice à cette culture, en opposition à des pays comme le Canada qui doivent utiliser d’importantes quantités d’eau et d’électricité pour cette même culture. La culture marocaine est ainsi plus durable et plus bénéfique à la planète.

    - Le Maroc a des cultivateurs qui dépendent économiquement de la culture du cannabis et de sa transformation, et doivent souffrir de peines pénales lourdes alors que leur savoir-faire est actuellement recherché en Amérique du Nord. Le Maroc a également un marché intérieur important de consommateurs, une consommation non problématique lorsque celle-ci est comparée aux ravages de l’alcool ou des drogues synthétiques. Pourtant, les jeunes croupissent en prison alors que leurs homologues dans les pays du Nord peuvent profiter légalement de la même consommation.

    - Le Maroc a adopté un modèle de prohibition qui lui a été imposé par les puissances mondiales, et dont ces mêmes puissances se retirent maintenant pour leur unique profit. Ce fut le cas pour l’Inde avec l’opium également. La prohibition fut imposée aux pays pauvres à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, au moment où les efforts de reconstruction occupaient l’Europe, où la décolonisation était amorcée, et où les Etats-Unis devenaient la puissance hégémonique. Ainsi, l’usage culturel du «Sebsi» fut sacrifié sur l’autel des substances socialement acceptées par les puissances mondiales – l’alcool et le tabac.

    - Le Maroc ne sait pas mettre en place la prohibition. Depuis des dizaines d’années, les cultures de cannabis sont éradiquées, les consommateurs de toutes drogues arrêtés, et les trafiquants pourchassés. Toutefois, la production, le trafic et l’usage sont en augmentation; le système de santé est démuni devant le poly-usage des drogues; et le détournement de la méthadone dévaste les quartiers, alors même que l’accès légal à cette méthadone connaît des listes d’attentes de deux ans pour les patients qui en ont besoin.

    - Le monde est entré aujourd’hui dans de nouveaux modèles multilatéraux et économiques, avec des marchés ouverts à la concurrence où les pays se battent à armes égales, mais où chacun doit développer sa spécialisation et en faire profiter sa population. La renégociation de l’accord de libre-échange en Amérique du Nord en est la preuve, les Etats-Unis voyant le Mexique comme un concurrent et non plus comme un sous-traitant. Dans ce schéma, le cannabis a le potentiel de devenir «l’or vert» du pays.

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    «Le Maroc dispose d’un réel savoir-faire, avec une longue tradition de culture du cannabis dans les régions historiques de production au Nord et une connaissance des techniques de production de différentes souches et de différentes variétés de la plante» (Ph. Bziouat)

    - Le Maroc a des chercheurs, des sociologues, des économistes, des botanistes et des agronomes du cannabis qui sont de qualité. Il a aussi des spécialistes des politiques publiques capables de concevoir un modèle de légalisation qui restreint l’accès au cannabis, contrairement à la situation actuelle dans laquelle l’accès au cannabis illégal est d’une facilité navrante malgré la répression policière.

    - Le trafic illégal du cannabis produit au Maroc nourrit un trafic international important, mobilisant des ressources humaines et financières importantes contre les groupes criminels et le blanchiment d’argent, sans que les saisies et les arrestations ne réduisent ce trafic. Ceci va sans compter l’impact de ces groupes criminels de plus en plus puissants sur le déroulement de la vie institutionnelle, le développement du clientélisme et de la corruption.

    - La Californie estime que son marché du cannabis atteindra cinq milliards de dollars en 2020, le Canada de même. Ils ont tous les deux des populations similaires au Maroc, certes avec un niveau de vie plus élevé. Surtout, le Maroc pourrait devenir un des grands fournisseurs du cannabis médical dans le monde, s’il met en place les législations nécessaires à développer cette industrie.

    Le Maroc doit légaliser, et vite. L’horloge tourne. Le Maroc perd au profit des grands groupes de cannabis nord-américains – et bientôt les Européens entreront dans le jeu – ses souches qui devraient normalement être sous le régime d’origine protégée. Ce patrimoine d’une valeur monétaire non négligeable a été laissé hier aux criminels, il le sera demain aux entrepreneurs étrangers.

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