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    Reportage

    Après un passé glorieux, Amizmiz se bat seule pour son propre développement

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5454 Le 15/02/2019 | Partager
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    Le douar Sidi H’sain, en référence à un mausolée érigé sur cette terre, comme il en existe des dizaines autour d’Amizmiz. Le village, perché sur une colline, est traversé par l’oued portant le même nom que la ville

    Sidi H’sain, un douar d’Amizmiz, conçoit son propre développement en comptant sur ses propres moyens: eau courante, assainissement, traitement des eaux usées… Les militants associatifs créent une coopérative pour fabriquer des cabines de toilettes amovibles qu’ils proposent à la location dans les souks, au bord des barrages… Une activité génératrice de revenus et d’emplois: une centaine de femmes engagées, et une vingtaine de menuisiers.

    Tapie au pied des montagnes du Haut Atlas (province du Haouz), à 55 km de Marrakech, Amizmiz avait connu une histoire glorieuse pendant l’époque du protectorat. C’est l’une des premières communes à cette époque à posséder un réseau d’eau potable et d’assainissement, un plan d’aménagement, et sa terre était si généreuse et son climat si propice à la villégiature qu’une communauté européenne avait choisi d’y vivre, ou du moins à y passer ses vacances. 

    Si sa voisine, Lalla Takarkoust, à 22 km, jouit en ce début de 2019 d’une aura nationale et internationale grâce à son barrage et ses hôtels, Amizmiz, elle, ploie sous un oubli affligeant. A part les initiés, peu d’habitants de cette commune urbaine ont connaissance de ce passé glorieux, c’est plutôt la pauvreté et comment la combattre qui les préoccupent au plus haut niveau.

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    90 ménages vivent dans le village Sidi H’sain, dans des maisons souvent en pisé et pourvues désormais d’eau courante et d’un réseau d’assainissement

    Le chômage bat son plein à Amizmiz, si bien que la ville a été désertée par sa jeunesse, partie chercher ailleurs un avenir meilleur, souvent à Marrakech et Casablanca, ou en France, en Allemagne et en Hollande. D’autres, refusant de déposer les armes et de quitter leur ville, ont préféré retrousser leurs manches pour améliorer le sort de cette dernière.

    Nous sommes au douar Sidi H’sain, en référence à un mausolée érigé sur cette terre depuis des lustres, comme il en existe des dizaines autour d’Amizmiz. Moins d’une centaine de ménages y vivent, dans des maisons souvent en pisé. A Amizmiz, il faudra parcourir 3 km de piste pour y arriver, le village, perché sur une colline, est traversé par l’oued portant le même nom que la ville.

    Cette piste est l’œuvre d’une ONG locale, «l’association Chabab Al Manar pour l’éducation et le développement». L’idée du projet est conçue dès la création de l’association en 2007, mais il a fallu des années pour la concrétiser. La commune d’Amizmiz y a contribué en mettant camions et trax à la disposition de l’ONG, mais ce sont les enfants du village qui la construisent.

    «Nous n’avions pas le choix. Nous sommes partis de l’idée qu’ouvrir cette voie de communication est la seule issue pour désenclaver notre village. Les jeunes quittent cette terre les uns après les autres. Nous avons des arbres fruitiers, de l’eau en abondance, une nature à couper le souffle, et des bras solides à profusion qui ne demandent qu’à travailler.

    Tout ce qu’il faut pour gagner notre vie, développer nos douars, et retenir cette jeunesse qui ne sait quoi faire…», raconte Hicham Benouakrim, le président de cette association. 32 ans, ce jeune d’Amizmiz a du courage et de la détermination à revendre, si bien qu’il s’investit à fond dans le travail associatif pour mieux rebondir et son village avec.

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    L’oued Amizmiz traversant le village Sidi H’sain, où le forage du puits a eu lieu

    Apprentissage sur le tas

    Quittant l’école à 17 ans, bien que très passionné de maths, il s’est construit lui-même: un apprentissage sur le tas des techniques de menuiserie, d’électricité…, et une formation à celles de communication, d’animation et de plaidoyer au sein de l’Agence de développement social (ADS). Tout en menant son travail associatif, il crée une autoentreprise et participe à des marchés.

    A l’entrée de Sidi H’sain, une plateforme ceinturée d’un grillage en fer attire notre attention, un panneau solaire trône au milieu, ainsi que des affiches explicatives. Il s’agit d’une micro Step (station de traitement des eaux usées). Une fosse septique préfabriquée avec traitement des eaux usées, leur décantation et leur transformation en eau clarifiée utile pour l’irrigation.

    C’est l’ONG locale et GIZ (coopération allemande) qui ont réalisé ce projet. Les eaux usées, grises et noires, y sont immédiatement traitées par oxygénation, ce qui contribue à la protection de la santé des gens et de l’environnement.

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    Au lieu de la source, les habitants du village profitent désormais de l’eau courante chez eux

    D’une capacité de traitement de 6 tonnes, ce système, explique une affiche, est parfaitement adapté au milieu rural, facile à réaliser, qui évite en plus les mauvaises odeurs et une consommation excessive d’énergie, puisque la micro-station est actionnée par l’énergie solaire photovoltaïque. Le développement durable est au cœur de cette ONG locale. Mais avant de traiter ces eaux usées, il fallut d’abord concevoir un réseau d’assainissement.

    Certes, Amizmiz fut l’une des premières communes rurales (devenue urbaine en 2009) de la région de Marrakech à avoir un réseau d’eau potable et d’assainissement avec traitement des eaux usées, c’est le plus ancien du Haouz puisqu’il a été réalisé dès les années 1930, mais seul le centre de la ville en bénéficiait, les douars gravitant autour, sur les montagnes, en étaient exclus.

    L’une des décisions-phares que les militants associatifs du village Sidi H’sain ont prises, après la réalisation de la piste, est le forage d’un puits au bord de la rivière, et la conception d’un projet d’approvisionnement des habitants en eau courante chez eux, en partenariat avec la province du Haouz.

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    La population était réticente au départ: se voir facturer la tonne à 6 DH alors qu’elle s’approvisionnait à volonté et gratuitement de la source du village lui paraissait une entreprise absurde. D’autant plus absurde qu’elle ne comprenait pas par quel miracle l’on pourrait acheminer l’eau de la rivière jusqu’aux chaumières. Exactement comme dans les grandes villes. Mais l’euphorie s’empara de cette population le jour où ce rêve absurde devient réalité.

    «Un jour, à minuit, la joie était immense dans le village quand la population a ouvert les robinets pour voir l’eau couler chez elle, des youyous ont retenti dans l’obscurité de la nuit et les femmes tombent dans les bras les unes des autres. Il fallait voir…», relate Hicham.

    Les femmes, ce sont elles qui se déplacent pour puiser de l’eau de la source au long de la journée. Entre le forage du puits, les réservoirs et l’installation des conduites, des robinets et des compteurs, le projet aura coûté 400.000 DH. On est en 2014, comme les villageois commencent à consommer de l’eau sans compter (même en la payant), le dégât est immédiat: la pollution de la nature par des eaux usées abondantes, et leur infiltration dans les maisons. L’ONG prend alors la décision d’installer un réseau d’assainissement dans le village, avec un traitement de ces eaux usées, en attendant que ce dernier soit relié à celui d’Amizmiz. D’où cette micro-station réalisée par GIZ.

    Mais la plus grande action menée par cette ONG est celle qui a consisté à créer une activité génératrice de revenus et d’emplois: un projet de toilettes sèches est conçu et mené depuis 2017 par une nouvelle entité, la coopérative Cesar. Sur la base d’un plan, on construit le dispositif: une cabine, à l’intérieur une cuvette, un sceau, le tout en bois.

    Un business plan et un plan d’action sont élaborés: d’abord un prototype de cabine est construit et il est présenté à qui voudra investir. Par chance, GIZ était à Marrakech pour une série de formation. Elle adopte le projet, fournit le bois, les machines de menuiserie, de quoi fabriquer une douzaine de cabines de toilettes, montables et démontables en 3 minutes.

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    Ce projet a permis de créer de l’emploi, mais les revenus de l’activité ne sont pas encore là et les dirigeants de la coopérative restent confiants que ces cabines seront demandées en location dans les souks, les festivals, les plages, au bord des barrages, et autres lieux dépourvus de toilettes en dur.

    «Même au bord de la rivière du village quand la canicule s’installe et que les jeunes viennent d’Amizmiz s’y rafraîchir. Nous les proposerons aux fermiers aussi, pour qu’ils les mettent dans leurs plantations, pour éviter la déperdition du temps et la pollution de la nature. Pour les femmes, ce serait aussi une bonne solution», analyse Abdelwahed Benjaâkik, membre de la coopérative et cheville ouvrière de l’atelier de menuiserie qui fabrique ces cabines.

    Le plan d’action de 2019 prévoit la confection de pas moins de 200 unités, l’embauche d’une dizaine de menuisiers, et de 100 femmes pour le nettoyage et les vidanges (une femme pour 2 cabines), «de préférence extrêmement dans le besoin», précise Abdelwahed.

    «Nous ne demandons rien à l’Etat, aucune faveur. Nous lui demandons une seule chose: nous donner l’autorisation pour installer ces cabines de toilettes, et celle d’afficher nos sponsors, tous ces entrepreneurs jaloux du développement durable», conclut Hicham.

    «Une ville européenne par excellence»

    Connue pour ses huiles d’olive d’excellente qualité, mais aussi par ses noix et ses grenadines, par une communauté hébraïque importante y ayant habité dans le passé avant d’être forcée à l’exil en 1961, Amizmiz ploie en ce début 2019 sous l’oubli. Pourtant, économiquement parlant, cette petite ville, tapie au pied des montagnes du Haut Atlas, à 55 km de Marrakech, est plutôt riche par ses gisements d’or et de cuivre, dont les 22.000 habitants que compte la ville ne tirent aucun profit. «Même pas des recettes fiscales pour le compte de la commune, les habitants regardent, impuissants, des camions traverser leur ville, emportant ailleurs ce trésor sans en tirer le moindre avantage», révèle Mohamed El Faiz, un ex-fonctionnaire à la municipalité actuellement à la retraite. Amizmiz «fut une ville européenne par excellence, avec ses écoles de notables, son église, sa synagogue… Pendant le protectorat, plusieurs représentants de la communauté française ont choisi d’y vivre, ou du moins y posséder une maison de vacances», ajoute M. El Faiz.

                                                                                  

    Les deux Rois et le docteur

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    Dans cet ouvrage, l’auteur témoigne des évènements marquant l’histoire politique du Royaume et de l’amitié qui l’a lié aux deux Souverains défunts. Se trouvent rassemblées dans ce livre ses propres notes sur l’histoire du Maroc depuis le protectorat au récit de l’exil à Madagascar, jusqu’à l’aventure de l’indépendance. Des témoignages illustrés de photos et de lettres inédites

    Deux personnalités de cette époque coloniale ont laissé des traces dans cette ville, puisqu’ils y ont possédé des résidences secondaires, les vieux habitants en parlent encore à Amizmiz: Philippe Boniface, le contrôleur qui commandait la police de Casablanca, et Henri Dubois-Roquebert, le médecin personnel du Roi Mohammed V et du Roi Hassan II, jusqu’à sa mort dans la tuerie de Skhirat en 1971.

    Si le premier traîne le triste souvenir d’avoir voulu empêcher, en vain, le Sultan Ben Youssef de partir à Tanger en 1947 prononcer son célèbre discours, le second jouit encore de l’estime de la population d’Amizmiz pour avoir joué un rôle dans les négociations qui amènent le retour du Roi au Maroc. La ville s’enorgueillit encore du fait que le Roi Mohammed V venait assez souvent rendre visite au docteur, dans sa résidence d’Amizmiz.

    De cette amitié entre les deux Rois et le docteur naquit un livre du médecin, publié à titre posthume en 2003 («Mohammed V et Hassan II, tels que je les ai connus», Tarik édition, 2003). Le legs de ces deux personnalités, à Amizmiz, n’a pas disparu avec l’indépendance du Maroc: les deux enfants d’Henri Dubois-Roquebert, Béatrice et Bruno ont toujours gardé un pied dans cette ville en y bâtissant «Maroc Lodge», un superbe établissement hôtelier.

    Quant au «grand flic» de Casablanca, comme on le dénomme, qu’était Boniface, il a légué à ses enfants quelques terrains, dont 3 ha ont été achetés par Mohamed El Faiz, un fonctionnaire à la retraite, où il a construit «L’Oliveraie d’Amizmiz», un imposant hôtel au cœur de l’avenue Mohammed V.

    Jaouad MDIDECH
    (Ph. JM)

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