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    Economie

    Le modèle de croissance imaginé par la Banque mondiale

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5442 Le 30/01/2019 | Partager
    Il devrait être davantage axé sur les exportations
    Adapter le coût et le code du travail aux besoins de l’économie
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    Emmanuel Pinto Moreira, économiste principal pour le Maroc auprès de la Banque mondiale: «Autre défi important est celui de l’amélioration du climat des affaires, considéré comme imprévisible et bureaucratique malgré les améliorations significatives au classement de Doing Business…» (Ph. Banque mondiale)

    La vigueur de la croissance au Maroc dépendra de la mise en œuvre des réformes (climat des affaires, marché du travail, compétitivité…), selon les experts de la Banque mondiale (cf. notre édition N° 5429 du 10/01/2019). De 3,2% en 2018 (grâce à une récolte agricole abondante et une conjoncture touristique favorable), le taux devrait s’établir à 2,9% en 2019 et 3,5% les deux années suivantes (2020-2021). Un appel récurrent: revoir le modèle de croissance. Décryptage avec Emmanuel Pinto Moreira, économiste principal pour le Maroc auprès de la Banque mondiale.

    - Quel est votre diagnostic de l'état de l'économie marocaine?
    - Emmanuel Pinto Moreira:
    Le Maroc a construit un modèle de développement qui évolue au rythme des réformes mises en œuvre. Les déséquilibres résultant de ce modèle risquent de s’accentuer si la croissance économique reste modérée sans une forte création d’emplois et une accélération des réformes structurelles.
    Avec un taux d’investissement dépassant les 30% du PIB depuis 2008, cet effort d’investissement est certes très louable, mais l’impact sur la création de l’emploi reste marginal. Au regard de l’accélération du rythme d’accumulation du capital, la tendance baissière actuelle de la croissance reflète en grande partie l’incapacité de l’investissement public à générer des gains de productivité significatifs. Cela appelle à une évolution vers un modèle davantage axé sur les exportations, dans lequel le secteur privé jouerait un rôle plus important en tant que moteur de la croissance et de l'emploi.
    Or, la croissance reste tirée vers le bas en raison de la stagnation de la productivité globale, et du côté de la demande, de la dominance de la demande intérieure, dont le rythme de croissance est en diminution par rapport à la décennie précédente. La croissance reste essentiellement portée par un taux d’investissement élevé, estimé à 32,4% du PIB en 2018. Dans une moindre mesure, une augmentation de la productivité du travail a aussi eu un impact positif modéré sur la croissance réelle de l’économie.

    - Comment jugez-vous la politique du commerce extérieur?
    Le Royaume a fait de l’ouverture commerciale un élément clé de sa politique mais la balance commerciale est structurellement déficitaire malgré la diversification des exportations. Toutefois, le déficit commercial, et plus largement celui du compte courant (estimé à 4,3% du PIB en 2018), est atténué par la bonne performance des autres composantes du compte courant, dont principalement les transferts des MRE et les IDE au niveau du compte capital.

    - Avez-vous des craintes particulières sur les finances publiques?
    - Concernant les finances publiques, la politique d’assainissement entamée depuis 2013 a permis de réduire le déficit budgétaire à 3,6% en 2018, un niveau permettant la stabilisation du ratio de la dette publique au taux de croissance économique actuel (64,9 en % du PIB) et le maintien de la confiance des investisseurs et des créanciers. Cette confiance découle de la structure de la dette, –financée principalement sur le marché intérieur, malgré un accroissement récent des financements extérieurs–, ainsi que la discipline budgétaire dont fait preuve le Maroc. Il est à noter aussi que la combinaison d’un endettement croissant de l’État et de celui des ménages a structurellement affaibli les comptes extérieurs du pays. Le déséquilibre croissant entre l’épargne et l’investissement des agents publics et privés se traduit par une détérioration de l’équilibre épargne-investissement au niveau national et, donc, par un fort déséquilibre de la balance des paiements courants.

    - Que faut-il revoir au modèle de développement actuel?
    - Le modèle de croissance économique qui a été jusqu’à présent basé sur l’expansion de la demande interne a produit des résultats remarquables aux plans économique et social. Cependant, ce modèle montre ses limites car il ne permet pas au pays de générer une croissance inclusive et créatrice d’emplois. Par ailleurs, le modèle social étroitement lié au modèle économique ne permet pas non plus de réduire significativement les inégalités sociales. Conformément à l’appel de Sa Majesté, il est donc impératif que le Royaume change de modèle de croissance pour un développement économique et social plus inclusif et équitable.
    Ce nouveau modèle de croissance devrait promouvoir la transition des activités intensives en main-d’œuvre vers des activités d’innovation intensives en capital technologique, l’augmentation des investissements publics dans les infrastructures avancées, une amélioration de la qualité de l’éducation et celle de la productivité et de la valeur ajoutée dans des secteurs clés tels que l’agriculture, le tourisme haut de gamme et les énergies renouvelables. Par ailleurs, ce nouveau modèle devrait contenir des mesures et politiques spécifiques qui permettent de promouvoir la participation des femmes au marché du travail et réduire les inégalités de genre. Le Maroc aurait tout intérêt à inscrire ces réformes dans le cadre d’une vision stratégique plus fortement ancrée autour des principes d’équité, d’impartialité et de transparence et d’une approche collective associant réellement tous les acteurs du développement économique.

    Les défis sociaux

    Le Maroc doit impérativement remédier aux défis sociaux qui minent la société et que nous venons d’énumérer. En priorité, il s’agit de stimuler la croissance inclusive créatrice d’emplois, notamment pour les jeunes diplômés. Ensuite, il s’agit d’améliorer l’accès aux infrastructures, à l’éducation et aux services de santé de base, notamment dans les zones rurales afin que les populations les plus défavorisées voient leurs conditions de vie s’améliorer. Le renforcement de la gouvernance des services publics demande de placer le citoyen-usager au cœur du système comme bénéficiaire et régulateur de celui-ci et notamment de lui donner pleinement la parole, de systématiquement informer le public et de rendre des comptes, de simplifier et de rapprocher la décision de l’usager et d’expérimenter et d’évaluer de nouvelles approches en matière de service au public. Des programmes sociaux et des transferts monétaires ciblés vers les plus défavorisés devraient être appliqués.

                                                                                    

    Une thérapie de choc au système éducatif

    La création d’emplois de qualité est au cœur des défis de développement du Maroc. Les inégalités sociales et territoriales persistent et le taux de chômage reste élevé particulièrement chez les jeunes, les femmes et les diplômés du supérieur. Ces faibles taux de participation soulignent la nécessité de favoriser un marché de travail plus inclusif en adaptant le coût et le code du travail aux besoins de l’économie.

    En outre, le système éducatif ne parvient pas à fournir les compétences requises pour l’évolution des entreprises et du marché du travail. D’où la nécessité d’une amélioration substantielle des résultats, une sorte de thérapie de choc du système éducatif par la modernisation de l’écosystème éducatif et une refonte de la gouvernance de l’école publique.

    Les réformes de gouvernance publique devraient être axées quant à elles sur une meilleure prestation de services publics, un meilleur accès à l’information et une transparence et redevabilité accrues, sans oublier la modernisation de l'administration publique et la mise en œuvre de la régionalisation avancée.

    Les défis auxquels fait face le pays pour augmenter sa productivité et développer son capital immatériel sont essentiellement les deux faces d’une même médaille: améliorer l’environnement dans lequel s’opère l’accumulation des facteurs de production.

    Autre défi important est celui de l’amélioration du climat des affaires, considéré comme imprévisible et bureaucratique malgré les améliorations significatives au classement de Doing Business. Les contraintes les plus souvent mentionnées par le secteur formel sont la corruption, la concurrence du secteur informel, le faible niveau d'éducation de la main-d'œuvre et les difficultés d'accès au financement.

    Aussi, l'absence de conditions équitables de concurrence pour tous les acteurs du marché entrave-t-elle l'émergence d'un secteur privé dynamique et diversifié, capable de créer des emplois.

    L’ouverture progressive de l'économie marocaine au commerce et à l'investissement est un signe positif. Le Maroc deviendra le plus grand constructeur automobile d’Afrique d’ici 2020 grâce aux IDE français et chinois. Le défi consiste cependant à intégrer les PME locales dans les chaînes de valeur - le nombre de PME exportatrices stagne en effet depuis 2000.

    Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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