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    Chronique

    Un cadre de développement de l’ordre du souhaitable

    Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5438 Le 24/01/2019 | Partager

    Successivement directeur à la BNDE (Banque nationale pour le Développement économique, aujourd’hui disparue), haut fonctionnaire et professeur d’université, Mohammed Germouni (diplômé de Sciences Po et docteur ès-Sciences éco de Grenoble en France) a publié deux ouvrages de référence. Un sur l’ingénierie et l’investissement, le deuxième, qui gagnerait à être davantage connu, sur le bilan du protectorat: «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard»,Ed. L’Harmattan, Paris, 2015

    La conception et l’élaboration d’un éventuel modèle de développement ne peuvent être que le produit d’une réflexion collective à laquelle chacun peut apporter sa modeste contribution, et c’est l’objet du présent propos.

    D’un contexte de guerre froide et de l’avènement de l’indépendance politique, le Maroc avait hérité d’un modèle de développement relativement brutal avec de minces «filets de sécurité et de protection sociale» pour accompagner les ajustements divers et difficiles aux nombreuses évolutions de la conjoncture locale et internationale enregistrées depuis.

    Le contexte mondial actuel s’apparente à une phase d’un grand bond technologique en cours et d’une forte compétition sur terre, sur mer et dans l’espace entre quelques grandes puissances, avec l’interférence de nouveaux grands groupes économiques transnationaux efficients fondés sur le numérique, l’ensemble dans un climat que d’aucuns qualifient de nouvelle guerre froide aux issues problématiques.

    Sources utiles d’inspiration

    L’avenir appartient incontestablement aux avancées de la science et des techniques n’excluant que celles des nations qui n’y contribuent guère ou qui n’en ont pas fait une locomotive de leur développement. Sources utiles d’inspiration, les exemples de certaines entités asiatiques, parfois qualifiées légèrement de «dragons» économiques en l’espace de deux générations, forcent  non seulement l’admiration générale mais  font surtout la démonstration d’agendas rigoureux ayant permis d’améliorer substantiellement le niveau de vie moyen de leurs populations par une mise au travail progressive de leurs populations.

    Le Maroc est une grande et vieille nation, aux ressources limitées, cependant, pour s’engager sur plusieurs fronts de la compétition économique internationale en cours, il devrait faire jouer plutôt l’avantage de sa «petitesse» relative.

    Ceci en se concentrant sur quelques biens et services que ses structures de production peuvent réellement maîtriser, sur deux ou trois régions développées proches pouvant lui servir de  repères, et en usant de l’action concertée des grands groupes leaders locaux constitués ces dernières décennies.

    Si la liberté de chacun est la fin ultime de tout développement économique dans la pratique, le modèle qui s’en rapprocherait serait celui qui favoriserait un processus élargissant les libertés réelles des populations. Dès lors, les progrès à venir se jugeront sur l’avancée de ces libertés  dont la somme est de nature à  entraîner  ce que nous appelons une amélioration de la «qualité de vie» du plus grand nombre de ménages marocains.

    Un nouveau «dogme», une sorte de nouvelle «vérité»

    Après avoir été par le passé considéré comme une sorte d’hérésie, le «tout-marché» qui s’est installé progressivement est devenu un nouveau «dogme», une sorte de nouvelle «vérité» auxquels décideurs politiques et entrepreneurs semblent lui avoir prêté plus de vertus qu’il ne peut avoir, une stratégie de facilité. En encourageant la liberté des échanges, le modèle recherché doit concourir à renforcer celle d’un marché qui promeut effectivement les libertés des divers intervenants dans un cadre  transparent et sécurisé.

    Une véritable économie d’échange de biens et de services est à bâtir  pour garantir que personne ne peut voir sa liberté accrue sans porter atteinte à la liberté de tous les autres, ou que des «rentes de situation» puissent se perpétuer, et ce, en éliminant progressivement l’influence politique  mise au service du bénéfice économique.

    Cependant, un tel cadre d’échange de biens et services ne saurait offrir des solutions magiques à tous les problèmes économiques futurs d’une société en mouvement comme celle du Maroc, tant les résultats du mécanisme du marché sont tributaires de son encadrement «politique et social», autrement dit institutionnel.

    Les «biens publics», ceux consommés collectivement et non vendus exclusivement à une seule personne à la fois, comme l’éducation, l’ordre, la justice ou la santé doivent être non seulement préservés mais élargis et rendus effectifs pour les couches pauvres et moyennes de la population.

    Ainsi, à titre d’exemple, l’éducation publique, secteur stratégique du nouveau modèle qui commande et reflète un processus moderne de développement humain, ferait que les avantages retirés par la société dépassent les bénéfices individuels de chaque personne scolarisée, parce qu’il s’agit à la fois d’un bien public, d’un facteur de changement et un instrument de progrès économique, et mérite de ce fait de demeurer du ressort de la collectivité.

    En témoigne l’histoire plus que  parlante de l’expansion de l’alphabétisation des pays aujourd’hui développés tant à l’Ouest comme en Extrême-Orient, tels les cas du Japon, de la Corée du Sud, de la Chine ou de Taïwan des dernières décennies, qui a autorisé une éducation publique généralisée, de qualité et à faible coût, favorisant des bénéfices économiques partagés.

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    Les «biens publics», ceux consommés collectivement et non vendus exclusivement à une seule personne à la fois, comme l’éducation, l’ordre, la justice ou la santé doivent être non seulement préservés mais élargis et rendus effectifs pour les couches pauvres et moyennes de la population (Ph. L’Economiste)

    Préserver les solidarités intergénérationnelles d’antan

    L’investissement public alimenté par une fiscalité équitable doit demeurer essentiel pour renforcer les capacités élémentaires dans ces domaines notamment, à l’opposé de l’option hasardeuse recourant au jeu du mécanisme d’un marché sans aucun contrôle, dans une société  encore à  forte dominante pauvre. Des bilans d’étape vérifieront la pertinence des choix à travers une réduction effective des graves inégalités.

    Par ailleurs, le modèle s’attachera certes à réduire les déficits budgétaires, surtout ceux qui sont aggravés par le poids de la dette publique dont les raisons doivent être transparentes et distinguées d’une «orthodoxie» incantatoire visant à éliminer tous les déficits du budget, et ce, quel que soit le coût social de telles opérations.

    Sans préconiser quelque laxisme en la matière, la priorité portera sur une contribution massive aux côtés du monde de l’entreprise, en vue d’une réduction prioritaire mais économiquement et socialement significative du chômage durable qui constitue autant de privations de capacités des populations jeunes, avec l’éventualité d’un taux d’inflation plus élevé que de coutume.

    Les solidarités intergénérationnelles d’antan, actuellement en voie d’effilochage, qui ont constitué autant de filets familiaux de protection sociale, doivent être préservées et fiscalement repensées à la lumière des évolutions démographiques positives et d’une espérance de vie en hausse, évitant ainsi au pays des charges prohibitives futures pour faire face aux précarités prévisibles de diverses couches de la population.

    La femme aussi...

    Si la place de la femme a enregistré une avancée certaine dans la société marocaine au cours des dernières décennies, il convient de consolider son émancipation économique et son éducation qui représentent les meilleurs instruments de planning familial, tout en permettant de contribuer à l’élévation du niveau de productivité générale. Dans le nouveau processus de développement, son rôle central doit être conforté en mettant l’accent sur son accès au travail, et sur son droit à la propriété de biens. De nos jours, cela paraît  évident mais pas partout.

    Ne pas mimer des orientations d’allure plutôt dogmatique
    et surtout peu efficaces

    La nouvelle démarche méthodologique à préconiser devra surtout s’astreindre à ne pas mimer certaines orientations d’allure plutôt dogmatique et surtout peu efficaces. Pour ce faire, plusieurs réformes importantes initiées ou mises en œuvre requièrent d’être poursuivies sinon élargies, non sans un comité assurant une évaluation régulière des objectifs atteints. Le système d’éducation et de formation, la question complexe de l’emploi, les mécanismes de ciblage de la population pauvre à soutenir, la révision des statuts de la fonction publique et des traitements, ainsi que le renforcement de la pérennité des régimes de retraite  constituent quelques-unes des réformes urgentes  à parachever et de nature à renforcer les assises d’un modèle souhaitable.

     

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