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    Reportage

    Phosboucraâ, les grands projets structurants prennent forme

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5434 Le 18/01/2019 | Partager
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    Bacs de stockage de l’acide phosphorique (Ph. JM)

    Pour la production d’engrais et d’acide phosphorique, les projets lancés par Phosboucraâ sont en phase de construction. La nouvelle laverie sera opérationnelle courant 2019. L’unité de séchage est en phase Feed. Les bacs de stockage de l’acide sulfurique et du soufre liquide et solide ont atteint 80% de leur réalisation.

    Fin des travaux de terrassement pour le nouveau port. Autre indicateur, 95% de l’électricité utilisée par Phosboucraâ sont éoliens. Tous ces chantiers structurants donneront un coup de fouet à l’emploi dans la région.

    Ce sont 20 milliards de DH qui sont injectés par Phosboucraâ, la filiale de l’OCP à Laayoune, pour développer ses infrastructures de traitement afin d’améliorer la productivité des phosphates extraits dans cette région du Maroc. Jusqu’à présent, Phosboucraâ exporte la roche concassée sans subir aucune transformation, privée ainsi de cette valeur ajoutée réalisée à Jorf Al Asfar par l’OCP, qui abrite le plus grand complexe d’engrais du monde.

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    La surélévation du convoyeur, une autre contrainte de l’exploitation du phosphate de Boucraâ (Ph. JM)

    Depuis trois ans, la filiale de l’OCP est sur un mégaprojet pour une meilleure valorisation du produit: une nouvelle unité de traitement, de nouvelles trémies de criblage, de nouveaux silos de stockage, une nouvelle laverie, une nouvelle unité de séchage, une unité de dessalement de l’eau de mer.

    Un projet majeur dans ce programme: la construction d’un complexe pour la production d’engrais sur une superficie de 36 hectares, qui permettra de transformer le phosphate extrait de Boucraâ en acides phosphoriques et en engrais: 0,5 million de tonnes/an pour les premières, et un million de tonnes/an pour les seconds. Un autre projet d’envergure en cours, la construction d’un nouveau port.

    Le management de l’OCP ambitionne à travers ce méga chantier, outre la création de la richesse au niveau local, l’amélioration de la compétitivité de cette région du Maroc, à travers le développement d’un tissu industriel de PME et PMI, et de nouveaux métiers liés aux activités de transformation du phosphate en engrais (ingénierie, construction, maintenance, gestion de projets…).

    Un convoyeur de 100 km, le plus long du monde

    Phosboucraâ est déjà, avant même ce grand projet, le premier employeur privé de la région Laâyoune-Sakia El Hamra, avec 2.194 employés, dont 400 sur la mine de Boucraâ, et une soixantaine d’ingénieurs. 70% de ces employés sont du Sahara.

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    L’un des 3 bassins d’eau de mer d’une capacité de 26.000 m3 destinés à la nouvelle laverie en construction  (Ph. JM)

    Nous sommes à Laâyoune-plage, à 26 km de Laâyoune-centre, pour s’enquérir de l’avancement de cet ambitieux mégaprojet. C’est sur cette plate-forme au bord de l’océan que la filiale de l’OCP reçoit, depuis les mines Boucraâ, via un convoyeur long de 100 km (le plus long du monde), la roche phosphatée extraite, après concassage et criblage. Elle y est lavée et stockée avant d’être acheminée vers les cales des bateaux en partance vers l’export.

    Comme nous l’explique, sur le site, Hamza Jihad, chef des projets à Phosboucraâ: «Ce grand projet permet la transformation du phosphate pour une meilleure rentabilité. Pour cela, il nous faut importer de l’ammoniac, du soufre et du potassium. Il faut construire un nouveau port, qui remplacera celui en fonction et qui permettra l’importation de ces produits et l’exportation du phosphate enrichi, sous forme d’engrais et d’acide phosphorique».

    L’OCP livre en effet aux cinq continents de la planète. Ses exportations représentent 25 à 30 % du commerce international des phosphates et de ses dérivés. Sur une capacité de 3 millions de tonnes-an à Boucraâ (1,6% des réserves nationales), la filiale de l’OCP a exploité 2,5 millions en 2017.

    Un nouveau port s’impose donc, avec des digues de protection au lieu d’un wharf découvert (un pont long de 3,6 km) en pleine mer, qui sera opérationnel toute l’année. Celui existant, devra être fermé une partie de l’année (250/365 jours) à cause des conditions météorologiques marquées par le vent du désert.

    Contrainte énergétique

    Cette contrainte géographique et climatique n’est pas la seule, il y en a d’autres qui rendent l’exploitation du phosphate de cette région 2,5 fois plus chère que dans les autres mines d’OCP à travers le Royaume, comme nous l’explique sur place le directeur de l’extraction, Kamal Aghbal: «il y a une contrainte majeure: le ratio du gisement de Boucraâ donne moins de phosphate que tous les autres sites d’exploitation. Il faudra extraire et décaper le double volume du gisement pour avoir le même rendement du produit». 

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    Le projet de la nouvelle laverie (Ph. JM)

    Une troisième contrainte est énergétique: 95% de l’électricité utilisée sur le site de Boucraâ est green, énergie éolienne (les 5% restants sont fournis par l’ONEE), elle est transportée via des pylônes de Laayoune-plage jusqu’aux mines d’extraction, loin de 202 km, «avec un coût 2,5% supérieur que les autres sites du Royaume», explique Aghbal.

    Pour se rendre directement des mines de Boucraâ à Laâyoune-plage sans passer par la ville de Laayoune (plus de 100 km), Phosboucraâ a construit une route goudronnée sur une longueur de 50 km (ouverte à la circulation en 2015) longeant une bonne partie du pipeline transportant le phosphate.

    Au km 90, nous apercevons des engins de désensablage affairés à dégager le sable d’une dune sous un pont métallique, là où le convoyeur est surélevé sur une dizaine de km «pour éviter le couloir de vent et de dunes de sable traversant toute cette partie du désert, de Tarfaya jusqu’en Mauritanie. «Voilà une contrainte qui s’ajoute aux autres…», note Aghbal. Si l’exploitation des mines de Boucraâ n’a été rentable que tout récemment, c’est en raison de toutes ces contraintes, assure le management de Phosboucraâ.

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    Une partie de la  laverie en construction opérationnelle courant 2019 (Ph. JM)

    C’est sur une nouvelle plate-forme de traitement ceinturée d’un mur de clôture de 7 kms  qu’une bonne partie de ces projets sont en construction pour être opérationnels, prévoit le plan, d’ici 2022. Mais quelques-uns sont déjà bien avancés.
    En juin 2019 sera livrée la nouvelle unité de recyclage de l’eau de la laverie. Une digue de 12 mètres de hauteur est en train d’être construite pour former un petit barrage de 36.000 m².

    «Nous allons y récupérer quelques déchets, soit les fines couches du phosphate lavé, y récupérer l’eau de la laverie pour être réutilisée pour le même lavage du phosphate au lieu d’être jetée à la mer, et sauvegarder ainsi l’environnement», explique Abdelhadi Ejjaouj, chef des travaux des nouveaux projets. La réalisation de ces différents projets, assure le management de Phosboucraâ, se fera en total respect de l’environnement.

    Les nouvelles trémies de criblage seront prêtes en 2022, (après lavage, le phosphate est soumis à des opérations de tamisage pour avoir des fractions commerciales souhaitées par le client, soit 205 mm – 80). La nouvelle laverie (d’une capacité de 3 millions de tonnes par an et 7 milliards de DH), est presque terminée et sera opérationnelle courant 2019.

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    La plate-forme de l’unité acide sulfurique (Ph. JM)

    Idem pour la nouvelle unité de séchage, d’une capacité de 2 millions de tonnes par an destinées à l’export (600 millions de DH), elle est en phase FEED. Pour le complexe de production d’engrais, les installations sont en construction: les plates-formes de l’unité sulfurique où seront construits des bacs de stockage de l’acide sulfurique, du soufre liquide et solide importé, d’eau de process (pour le refroidissement) et d’eau d’incendie, ont atteint 80% de leurs travaux.

    Le tout sera livré dans les délais (2021-2022). Quant au nouveau port, d’un coût de 4,2 milliards de DH, il est en phase de préparation de la construction, le terrassement est terminé, «nous attendons maintenant les fournitures en préfabriqué (poutres, poutrelles…)», informe Ejjaouj. Ces projets structurants donneront un coup de fouet à l’emploi dans la région, pas moins de 1.270 en seront créés ou en cours de création.

    Toute la richesse investie localement

    Le bassin phosphaté d’Oued Eddahab fait partie des quatre bassins phosphatés du Maroc. Il s’étale du Sud-Est de Laâyoune jusqu’au Nord de la ville de Dakhla sur une longueur de 650 km et une largeur de 20 km. Sa reconnaissance a été effectuée en six campagnes géologiques réalisées entre 1962 et 1965. D’autres campagnes de reconnaissance ont été réalisées à partir de 1988 pour une meilleure caractérisation du gisement. Phosboucraâ, la filiale de l’OCP, a été créée en 1962 par l’Institut national espagnol de l’industrie (INI). Au lendemain de la récupération des provinces du Sud en 1975, l’OCP a acquis une participation de 65% de cette entreprise. Ce n’est qu’en 2002 que Phosboucraâ devient filiale de l’OCP à 100%. Le partenaire espagnol a cédé le reste du capital qu’il détenait, soit 35%, à un dirham symbolique, tellement l’exploitation de ces mines lui occasionnait des pertes. On estime ces dernières à 650 millions de dollars par an. La mine de Boucraâ ne devient rentable qu’en 2007-2008, avec l’augmentation du coût du produit à l’international. Jusqu’à présent, il n’y a pas de remontée de dividendes, tous les bénéfices de Phosboucraâ sont investis localement: on estime cet investissement à 20 milliards de DH pour les projets en cours, en plus du technopôle en cours de réalisation.

                                                                               

    Advice process

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    Deux draglines sur la mine de Boucraâ pour le décapage de la roche du phosphate (Ph. JM)

    312 sondeuses, deux draglines, plusieurs bulldozers (une partie de ce matériel est héritée de l’époque espagnole), sont mobilisés pour l’extraction et le décapage de la roche des mines de Boucraâ. 400 employés sont à l’œuvre sur le site, logés et nourris à la cité minière construire en 2016.

    «En 20 ans, ce site a connu, au plan des infrastructures et du management, une évolution majeure. Ce n’est plus le boss qui donne des ordres et le reste qui exécute, les décisions sont prises sur la base de consultations collectives (advice process), et c’est cette culture qui est développée par l’OCP avec le nouveau management. On écoute tout le monde, de l’ouvrier au directeur du site. La sécurité avant tout, avant même la production, c’est ce qu’on essaye d’inculquer aux employés ici, une formation coachée par une entreprise spécialisée en la matière», note Kamal Aghbal, directeur d’extraction. 

    Sur ce même site Boucraâ, deux projets sont en cours: celui de dessalement de l’eau dont la construction vient de démarrer, adossé à la cité minière, un autre d’assainissement, les deux portés par la région au profit aussi bien de la cité minière que de la population du village Boucraâ. Une station d’épuration est déjà fonctionnelle, elle est construite et gérée par Phosboucraâ pour l’arrosage des jardins de la cité minière.

    Jaouad MDIDECH

     

     

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