Analyse

Matériaux de construction: Le béton prêt à l’emploi en rade

Par Nadia DREF | Edition N°:5427 Le 08/01/2019 | Partager
La filière BPE a réalisé un chiffre d’affaire estimé à 2,5 milliards de DH HT en 2018
Le taux de pénétration se situe à 13% contre 1,5% en 1994
Innovation, certification, éthique… les chantiers prioritaires de la profession
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Le béton prêt à l’emploi est un secteur à fort potentiel. L’avenir de la construction sera influencé par la recherche, l’innovation ainsi que la fiabilité des industriels (Ph. L'Economiste)

Malgré une année négative, l’optimisme est de mise chez les professionnels du béton prêt à l’emploi (BPE). «Ce n’est pas une année catastrophique, en dépit du repli des ventes. Le chiffre d’affaires réalisé durant l’année 2018 est estimé à 2,5 milliards de DH HT», tient à préciser Mohammed Khalid Lahlou, président de  l’Association marocaine des producteurs de béton prêt à l’emploi (AMBPE) qui représente environ 80% des opérateurs.

Les professionnels misent sur une relance dès 2019. Plusieurs signaux sont déjà visibles. «C’est la commande publique qui sauvera la mise», confie un dirigeant d’une entreprise BTP. De nombreux chantiers ont été attribués depuis novembre dernier (ONEE, OCP, CGI, Al Omrane, ministères…) et qui vont démarrer bientôt. «Nous attendons également des signaux de la part du secteur privé, surtout auprès des promoteurs immobiliers», souligne un autre opérateur. 

Le taux de pénétration du BPE reste faible. Il se situe à 13% actuellement contre 1,5% en 1994 (https://www.leconomiste.com/article/batiment-le-bpe-veut-briser-les-resi...). A titre de comparaison, ce taux se développe de manière rapide en France, passant de 15% en 1970 à 60% en 2017.

Par ailleurs, la consommation par habitant s’élève à 0,2 m3 contre 0,5 m3 en France et 1,4 m3 en Turquie. Ceci démontre la marge de progression possible du BPE. Pour renverser la tendance, les professionnels réunis au sein de l’AMBPE se sont restructurés pour mieux répondre au besoin du marché. Les entreprises misent davantage sur l’innovation et la qualité. De nouveaux investissements dans les produits en béton sont dans le pipe. Ils seront annoncés prochainement.

Pour booster les ventes, l’AMBPE a lancé un plan d’action intégrant l’échange avec les prescripteurs et les consommateurs finaux (auto-constructeurs et promoteurs immobiliers) pour un meilleur choix du béton. Plusieurs actions ont été engagées dont l’organisation de deux tables rondes en marge du salon SIB pour échanger avec les différents acteurs du BTP et de l’immobilier.

Côté formation, l’AMBPE a lancé le Massive Open Online Courses (MOOC béton). Des vidéos de vulgarisation créées en association avec la startup Welearn ainsi que d’autres fournisseurs de matériaux et de solutions à destination des prescripteurs.

Reste que les contraintes à dépasser sont énormes. Plusieurs pistes sont proposées par la profession. Comme le  renforcement du contrôle des résistances des bétons livrés sur chantiers par les laboratoires ainsi que des spécifications de la norme concernant la durabilité.

Les opérateurs appellent également à mettre à jour les cahiers des prescriptions spéciales (CPS) pour intégrer le respect de la norme marocaine du béton qui est obligatoire. Ils proposent l’arrêt de l’obligation des entreprises qualifiées de classes supérieures de disposer de centrales à béton dans leurs parcs.

Autre doléance: la facilitation d’installation des centrales à béton, pour les industriels, en périphérie des centres urbains. Les opérateurs insistent également sur la vulgarisation des dispositions de la norme béton auprès des prescripteurs clés, à savoir les promoteurs, les BET, les architectes, les bureaux de contrôle ou encore les assurances.

Une filière organisée

L'industrie du béton prêt à l’emploi concerne la production du béton et sa livraison jusqu’au chantier. Par ailleurs, il existe des entreprises qui disposent de leur propres centrales à béton installées sur des chantiers spécifiques (barrage, autoroute et autre ouvrage d’art...). Cette industrie contribue au développement d’une filière organisée dans différents domaines: exploitation des carrières, transport des matériaux, transport du béton et prestations industrielles.

N.D.

                                                                             

«L’arrivée de nouveaux opérateurs a bouleversé le marché»

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Mohammed Khalid Lahlou, président de l’Association marocaine des producteurs de béton prêt à l’emploi (AMBPE) (Ph. AMBPE)

- L’Economiste: Comment s’est porté le secteur du béton prêt à l’emploi en 2018?
- Mohammed Khalid Lahlou:
En 2018, nous avons pu remarquer un léger recul d’environ 8% du volume des ventes à l’échelle nationale. L’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché a bouleversé l’équilibre du marché surtout au niveau de l’axe Casablanca-Rabat. Une zone déjà très fragile vu le nombre des opérateurs et les  marges très réduites. Cette augmentation a eu comme effet une chute encore plus importante des  prix, mais aussi une crainte en ce qui concerne la qualité des produits et des services.

- Quelles sont vos prévisions pour 2019 ?
- 2019 reste une année de reprise au regard du nombre des chantiers lancés par les grands donneurs d’ordre publics ou semi-publics (ONEE, OCP...). Nous sommes également confiants par rapport au secteur privé aussi bien au niveau du logement social qu’au niveau du moyen et haut standing.

- Tous les opérateurs misent sur l'innovation, qu'en est-il des membres de l'AMBPE?
- L’AMBPE  prévoit de mettre en place une stratégie visant à mettre en évidence la problématique de la qualité et le respect des normes. Nous réfléchissons à un label béton avant l’étape ultime qu’est la certification des  produits  et des outils de production des sociétés membres. Pour nous, la certification est le meilleur moyen pour se différencier des autres opérateurs de la place et garantir ainsi une bonne prestation au niveau du produit et des services.
C’est un travail de longue haleine qui nécessite la contribution et les efforts de tous. Dans cette optique, une charte de l’association a été mise en place et signée par tous les adhérents. Pour accompagner toutes ces actions et bien d’autres, nous souhaitons fédérer autour de nous toutes les bonnes initiatives permettant de produire du béton de bonne qualité, régulier et durable.

Propos recueillis par Nadia DREF

 

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