Economie

Pourquoi le Maroc «jette» ses oranges!

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5414 Le 18/12/2018 | Partager
Crise d’export et désorganisation du marché local
Les leviers de valorisation et de distribution en panne
Débat aujourd’hui à Skhirate sur le bilan des filières productives
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LE contrat-programme de la filière agrumicole (2009-2018) s’assignait pour objectif de réaliser 50.000 ha de plantations dont 20.000 d’extension et 30.000 ha de renouvellement. Pour porter le verger à 105.000 ha. Aujourd’hui le verger a atteint 125.000 avec une production estimée, cette saison, à 2,6 millions de tonnes. Parallèlement, l’export devait être porté, à l’échéance de la convention à 1,2 million de tonnes. Un objectif qui n’a été réalisé qu’à hauteur de 50%.
 Pourtant, la  promotion des exportations et restructuration du marché intérieur faisaient partie des objectifs principaux.
Les subventions accordées aux nouvelles plantations d’agrumes  varient entre 4.000 DH/ha (oranges) et 11.000 DH/ha (petits fruits).
Irrigation, matériel agricole et transformation bénéficient également d’aides substantielles variant entre 30 et 80%, voire 100% pour l’irrigation localisée des superficies de moins de 5ha.
Au total, le contrat-programme était doté de 8 milliards de DH dont 3 milliards à la charge de l’Etat.

Pourquoi le Maroc jette ses agrumes? D’importants volumes de clémentine ont été en effet abandonnés dans les vergers ou déversés sur les bas-côtés dans les campagnes. En particulier dans la région de Berkane, berceau de ce fruit labellisé, et dans le Souss qui constitue la première zone de production et d’exportation des agrumes. D’aucuns parmi les exportateurs parlent d’une «situation de surproduction».

Ce qui ne résiste point à l’analyse des objectifs et moyens mis en place par la stratégie agricole, notamment en ce qui concerne les filières productives. Dans le cas précis des agrumes, le contrat-programme, qui est arrivé à échéance la campagne écoulée, tablait sur une production de 2,9 millions de tonnes.

Or, cette année  le volume global attendu devrait s’établir à 2,6 millions de tonnes. (Source: ministère de l’Agriculture et Association des producteurs d’agrumes du Maroc). On est donc un peu éloigné de l’objectif. Mais il ne tardera pas à être atteint d’ici 2020, du fait de l’entrée en pleine production des nouvelles plantations. Surtout que les superficies ciblées par le contrat-programme ont été dépassées de 20%: 125.000 ha contre 105.000 arrêtées initialement.

En revanche, l’objectif de l’export n’a été réalisé qu’à hauteur de 50%. A peine 650.000 tonnes d’agrumes ont été exportées lors de la campagne 2017-2018, alors que l’objectif à cet horizon porte sur 1,2 million de tonnes.

D’où l’inquiétude des producteurs quant à l’avenir de son secteur. Car il n’est pas viable sans une part exportable conséquente. D’autant plus que le coût des intrants, importés pour l’essentiel, augmente d’année en année. «Et le marché intérieur n’est rémunérateur que pour l’armada des intermédiaires qui s’y active», dénonce la profession.  

Mais comment s’explique la situation? Pour les professionnels, elle tient au retard pris dans la réforme des marchés de gros et de manque de diversification des marchés extérieurs, voire le déficit de consolidation des débouchés traditionnels.  Pour les groupes d’exportateurs, l’inertie constatée à ce niveau est dictée par la forte concurrence rencontrée sur les marchés européens, notamment en provenance d’Espagne, de Turquie et d’Egypte. Ce qui est vrai pour les oranges.

Des variétés que le Maroc exporte de moins en moins au profit des petits fruits. «Bénéficiant de la proximité et de l’appartenance à l’UE, les concurrents du Maroc n’hésitent pas, en dehors des avantages dont ils profitent, à faire du lobbying pour freiner le développement de nos exportations, d’où l’intérêt de s’ouvrir sur les marchés africains et asiatiques», arguent les exportateurs.

Toujours est-il que peu d’avancées ont été enregistrées en ce qui concerne la diversification. Ceci, malgré l’octroi d’une subvention dédiée variant entre 500 et 1.000 DH la tonne selon les destinations.

En ce qui concerne la valorisation, les quantités transformées restent marginales: 50.000 tonnes/an. Alors que les importations de jus et concentrés d’agrumes dépassent annuellement l’équivalent de 120.000 tonnes d’agrumes.

Il y a donc urgence d’inverser la donne. Ces dysfonctionnements touchent aussi les filières des autres fruits et légumes. «La production agricole emprunte un régime turbo alors que la distribution et surtout la valorisation restent au stade de la manivelle», ironise un professionnel d’Agadir. A tel point que de nombreuses filières considèrent la stratégie agricole «victime de son succès».

Le débat sur la situation devrait se poursuivre aujourd’hui mardi à Skhirate après avoir été lancé le 18 octobre à Marrakech lors du lancement de la présente campagne agricole. Le ministère promet de faire le bilan avec les professionnels des programmes transverses du plan Maroc Vert: financement, investissement, eau et irrigation, les projets de l’agriculture solidaire et de l’agriculture productiviste ainsi que la promotion des exportations.

A.G.

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