Economie

L’université trace les contours de la future licence

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5366 Le 08/10/2018 | Partager
Institution des crédits et des stages durant tout le cursus
Il faudra valider ses crédits dans 4 ans maximum
Généralisation des passerelles intra et inter filières
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Idriss Mansouri, président de l’université Hassan II de Casablanca: «Les filières seront obligatoirement élaborées avec les opérateurs économiques» (Ph. L’Economiste)

650 personnes au total -doyens des facultés, présidents d’universités, responsables de l’Enseignement supérieur, ministre en tête, représentants des organisations patronales- se sont réunies en milieu de semaine dernière à Marrakech pour dessiner l’architecture du premier cycle de l’université. Le schéma LMD reste en l’état, mais des transformations toucheront la licence.

Au cœur du brainstorming de Marrakech, le rapprochement de la formation de l’université aux besoins du marché du travail. Car ne pas réagir face au chômage massif des jeunes (40% des 15-24 ans en milieu urbain) c’est prendre le risque d’une implosion sociale. Interpellée par le Roi dans son discours du 20 août dernier, l’université tente de faire bouger les lignes en faisant de l’insertion professionnelle de ses lauréats sa mission première sans renier son rôle de production de connaissances.

Les recommandations de la rencontre de Marrakech seront éditées et diffusées auprès de tous les responsables des établissements d’enseignement supérieur, insiste le Pr Idriss Mansouri, président de l’université Hassan II de Casablanca. Le premier cycle -licence- dans les facultés dites à accès ouvert (c’est-à-dire celles qui ne pratiquent aucun filtrage à l’entrée) cristallise tous les problèmes de l’enseignement supérieur. L’échec et le décrochage y font des ravages. Durant les deux premiers semestres (c’est-à-dire en première année), le taux de réussite se situe à 25% et le taux d’abandon est de l’ordre de 33%, soit un étudiant sur trois.

A l’université Hassan II de Casablanca (la plus grande du pays avec 110.000 étudiants), 75% des étudiants sont inscrits en licence fondamentale. Comme pour le reste des universités, la pression démographique se concentre surtout sur les filières de droit (arabophone) et de sciences économiques. C’est donc tout naturellement que les transformations qui se dessinent ciblent ces «fabriques à chômage». Celles-ci devraient être entérinées aux assises de la formation-insertion attendues avant la fin de l’année.

La réforme de licence sera marquée d’abord par l’introduction du système des crédits transférables. La validation des crédits sera indépendante de la durée du cycle. Un crédit équivaut à 25 et 30 heures d’enseignements d’une matière. Une unité d’enseignement représente un volume horaire de cours entre 40 et 60 heures. Et un semestre équivaut à 30 crédits et un crédit c’est entre 25 et 30 heures. L’une des nouveautés est l’intégration du travail personnel de l’étudiant dans l’évaluation, des soft skills (modules personnels-sport, musique, etc.), des langues et de l’approche par compétence.

Dès la conception d’un module, il est précisé les compétences que doit acquérir l’étudiant. Ce n’est pas systématique aujourd’hui, concède le président de l’université Hassan II.  De fait, la partie présentielle des cours sera réduite, ce qui implique un changement de l’approche pédagogique et du rôle de l’enseignant. L’étudiant sera partie prenante de son parcours et de sa formation, assure Idriss Mansouri, président de l’université Hassan II de Casablanca. C’est lui-même qui choisira les crédits qu’il souhaite suivre qu’il validera au fur et à mesure.

Le cycle de licence n’est plus donc appréhendé en termes de durée. Pour autant, ce n’est pas non plus une «licence à durée indéterminée». Un étudiant qui aura validé la totalité de ses crédits en 3 ans se verra délivrer sa licence. En tous les cas, il faut avoir validé tous les crédits dans 4 ans maximum. Plus qu’une nouveauté, cette évolution inspirée du «processus de Bologne», est une mise en conformité avec la réalité indépendamment de la facilitation de la mobilité internationale des étudiants qui est mise en avant. Actuellement, en moyenne 13 à 15 % des étudiants achèvent leur licence en 3 années. Plus de 8 étudiants sur 10 sont largement au-dessus. En moyenne, la durée moyenne d’obtention d’une licence est de 4,5 ans.

L’autre transformation majeure que connaîtra le cycle de licence est l’introduction des stages obligatoires tout au long du parcours et non pas à la fin ainsi que des formations par alternance. Les entreprises seront donc en première ligne dans ce processus. Elles seront étroitement associées en amont à travers les associations patronales et les chambres de commerce à l’élaboration des modules et à leur mise à jour, insiste le président de l’université Hassan II. «Il en sera ainsi fini avec des filières conçues entre quatre murs par des enseignants; tout partira de l’approche-client, c’est-à-dire des besoins des opérateurs économiques». En gros, la règle sera la co-construction des filières.

La deuxième «révolution» annoncée est l’intégration des formations par alternance. Sur le papier l’idée est séduisante. Reste à résoudre l’équation logistique qui va se poser pour  les facultés de droit qui abritent de gros effectifs et qui ont les allures des voitures balais de l’université. Par ailleurs, la formation par alternance signifie une plus grande implication des établissements dans l’environnement économique. Sur ce point, il y a du gros travail à réaliser.

A l’exception de quelques initiatives personnelles, peu de responsables sont mobilisés dans cette direction, étant bien souvent absorbés par les questions d’intendance. Cela implique aussi un peu plus d’agilité et de marges de manœuvre aux responsables qui sont au plus près du terrain.  C’est-à-dire, plus de décentralisation et d’autonomie. Il se dit que le ministre actuel de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, lui-même ancien président d’université, y serait sensible.

Enfin, les passerelles intra et inter filières seront institutionnalisées. Elles seront obligatoirement mentionnées dans les descriptifs des filières proposées pour accréditation.

                                                                                 

La mécanique du système des crédits

LE système de transfert et d’accumulation de crédits (ECTS) est un schéma centré sur l’étudiant, qui repose sur la transparence des résultats et des processus d’apprentissage. C’est un outil visant également à faciliter la conception, la description et la mise en œuvre de programmes de formation et l’attribution de diplômes de l’enseignement supérieur.

Le système attribue des crédits à toutes les composantes d’un programme de formation. Elle est basée sur la charge globale de travail à  réaliser par l’étudiant afin d’atteindre les objectifs du programme qui se définissent en termes de connaissances et de compétences à acquérir.

Les crédits sont attribués à des programmes d’étude complets ainsi qu’à leurs différentes composantes pédagogiques (par exemple: modules, mémoires, stages,...). Le nombre de crédits attribués à chaque composante dépend de l’importance de la charge totale de travail nécessaire pour que l’étudiant parvienne aux résultats d’apprentissage exigés dans un cadre formel.

Le nombre de crédits affectés aux stages doit être inclus dans le nombre total des crédits de l’année académique considérée.

Les crédits sont attribués à des étudiants individuels (à plein temps ou à temps partiel), après achèvement des activités de formation requises par un programme d’études formel ou par une composante pédagogique particulière et après évaluation positive des résultats d’apprentissage obtenus.

Les crédits octroyés dans le cadre d’un programme peuvent être transférés vers un autre programme proposé par le même établissement ou un autre. Ce transfert n’est possible qu’à condition que l’établissement délivrant le diplôme reconnaisse les crédits et les résultats d’apprentissage correspondants. Les établissements partenaires devraient s’entendre à l’avance sur la reconnaissance des périodes d’études à l’étranger.

La charge de travail indique le temps en principe nécessaire aux étudiants pour suivre toutes les activités d’apprentissage et d’évaluation (cours, séminaires, projets, travaux pratiques, travail personnel, préparation aux évaluations, évaluations…) requises pour parvenir aux résultats d’apprentissage attendus.

L’estimation de la charge de travail ne doit pas être exclusivement basée sur le nombre d’heures de contact (c’est-à-dire le nombre d’heures où les étudiants sont accompagnés par le ou les enseignants en présentiel et/ou à distance). Elle englobe l’ensemble des activités d’apprentissage requises pour atteindre les résultats d’apprentissage attendus, y compris le temps passé à travailler seul, à effectuer des stages obligatoires, à préparer les évaluations et à passer les examens.

 

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