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La guerre commerciale de Trump peut affecter le Maroc

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5362 Le 02/10/2018 | Partager
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Stéphane Colliac est économiste senior du groupe Euler Hermes pour la France et l’Afrique. Si les mesures de protectionnisme de Washington s’étendent à l’automobile, prévient-il, la croissance en payerait une lourde facture en 2019 (Ph. Privée)

- L’Economiste: L’onde de choc des mesures protectionnistes américaines peut-elle atteindre la région Mena?
- Stéphane Colliac: A notre sens, l’impact de ces mesures est resté limité pour le moment. Tout d’abord, parce que leur recrudescence concerne une joute bilatérale sino-américaine qui met en présence deux pays qui ont su adopter des mesures (relance budgétaire américaine notamment) qui ont fait plus que compenser l’impact négatif du protectionnisme sur leur croissance. C’est une drôle de guerre commerciale, sans impact très déstabilisant. Toutefois, nous pensons que les dernières mesures américaines nous rapprochent de quelque chose de plus sérieux. Elles conduisent le tarif moyen américain à 5,5% en moyenne sur les importations, un niveau qu’on a plus vu depuis Reagan. Si une étape supplémentaire devait être franchie (taxes supplémentaires sur l’automobile par exemple), la croissance de l’ensemble des zones serait affectée, Mena y compris. Toutefois, pour le moment, c’est plus par l’intermédiaire des sanctions sur l’Iran que Washington a un impact sur la région Mena, puisque la baisse prévisible des exportations iraniennes de pétrole a largement contribué à porter le cours du baril à 80 dollars.

- Quelles incidences prévoyez-vous sur l’économie marocaine?
- A l’évidence, le Maroc serait parmi les pays de la région à souffrir d’un élargissement des mesures protectionnistes à l’automobile. Cette industrie est devenue en quelques années un maillon essentiel de son économie. L’application d’une telle mesure lors du dernier trimestre 2018 conduirait la croissance du pays à +1% en 2019, au lieu de +3%. Les entreprises marocaines restent peu préparées à une telle éventualité à notre sens. Des défaillances d’entreprises (nous prévoyons encore une hausse de +4% en 2019) et des délais de paiement toujours très élevés (83 jours) en sont symptomatiques. En plus de l’automobile, il apparaît que la construction et le textile sont les deux secteurs qui seraient les plus fragilisés. Le premier en raison de la sinistralité toujours très forte en cas de retournement de la conjoncture, le 2e parce qu’il connaît déjà une situation de liquidité relativement tendue.

- Un dollar haut et un pétrole qui monte. Faut-il s’en inquiéter?
- Un pétrole plus haut est à notre sens le coût principal. Le dollar s’est certes apprécié, mais assez marginalement (+1% contre le dirham en 1 an). Le pétrole lui était +39% plus haut en moyenne en septembre 2018 qu’un an auparavant. Cette hausse a deux impacts théoriques. Le plus visible tient dans la détérioration du déficit extérieur (déficit courant) qui devrait atteindre 4,5% du PIB en 2019. Ce n’est qu’un point en deçà de ce qu’on avait observé en 2017 (avant le début de la hausse du pétrole), mais un tel déficit indique une vulnérabilité du Maroc en cas de choc protectionniste plus prononcé ou même de choc sur les pays émergents, suite aux crises de change récemment observées en Turquie ou en Argentine. Ceci veut dire que le dirham peut être susceptible de se déprécier, mais également que la compétitivité des exportations marocaines peut souffrir de taux de change plus dépréciés chez certains de ses concurrents.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

 

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