Reportage

Le musée Lalla Mimouna riche en objets anciens rares

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5356 Le 24/09/2018 | Partager
Tinjdad, à quelques encablures d’Erfoud, abrite une galerie d'art exceptionnelle: le musée des sources de Lalla Mimouna
Fondée par Zaid Abbou, un collectionneur hors pair, on y trouve, exposé, sous forme d'objets rares, tout un pan du patrimoine culturel berbère
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Atelier de menuiserie traditionnelle (Ph. JM)

A une cinquantaine de kilomètres sur la route nationale menant de Tinghir à Rissani, porte du désert, vous arrivez à Tinjdad. C’est un village a priori sans intérêt, traversé surtout par des touristes allant à la découverte du désert, mais il recèle un petit trésor artistique et culturel dont ses habitants sont fiers.

A votre gauche, à 2 km du village, un panneau indique: le musée des sources Lalla Mimouna. N'hésitez pas, entrez visiter ce site exceptionnel, fruit du labeur de trente ans d'un passionné d'art et de calligraphie, Zaid Abbou, un pur jus de Tinjdad.

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Ustensiles de cuisines, un  patrimoine culturel berbère (Ph. JM)

Polyglotte, passionné d'art et de calligraphie, collectionneur d'objets anciens, il retourne au Maroc en 1975 après avoir fait ses études supérieures en Allemagne, à l'institut des langues étrangères. Il travaille d'abord comme guide touristique international.

Une carrière très riche, tant au plan financier que culturel: une situation confortable, une villa à Agadir qu'il transforme, par la décoration qu'il lui choisit et les objets d’art qu’il collectionne, en petit musée: tapis anciens, bijoux centenaires en cuivre et en argent, tableaux calligraphiés de sa propre main... Un jour, la folie de l'art l'emporte, Zaid laisse tomber sa carrière professionnelle et tous les privilèges qui en découlent pour se spécialiser dans le domaine qu'il affectionne le plus dans sa vie, la calligraphie, les objets anciens, et l'art en général.

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Zaid Abbou à l'intérier de son atelier au musée des sources Lalla Mimouna (Ph. JM)

«Une idée folle aux conséquences imprévisibles», avoue-t-il sans regret. Il retourne à sa ville natale, pour fonder d'abord la «Galerie chez Zaid» en 1990 à Tinjdad même, et, quelques années plus tard, «Le musée des sources Lalla Mimouna», un site beaucoup plus grand et plus riche.

Pour ce dernier, il loue un terrain de trois hectares appartenant à la commune, qui abrite justement une source d’eau, objet de toutes les convoitises, dans une région pré-désertique où, on le comprend, l’eau est plus qu’ailleurs source de vie et de richesse. Sauf qu’après analyse, cette eau, outre qu’elle soit salée, est déclarée trop polluée. N’empêche, Zaid mène un combat auprès des autorités pour avoir ce terrain où installer son musée.

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Accessoires de la mariée (Ph. JM)

Il est au bord de la route et donc facilement accessible aux visiteurs. En 2007, fin des travaux de construction, sa nouvelle galerie est fin prête pour accueillir ses premiers visiteurs, après y avoir transféré d’Agadir ses objets collectionnés durant plus de vingt ans.

Résultat: un chef-d'œuvre digne des grands musées d'art qu'on peut visiter à l'international. Zaid, que nous trouvons concentré sur ses papiers -un futur recueil qu’il prépare sur l’écriture et la calligraphie arabes-, se lève de sa chaise pour nous accueillir. Le personnage est une mine de connaissances sur l’art et le patrimoine culturel, amazigh en particulier, qu’il tient à nous en parler tout en nous faisant promener à travers ses collections.

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Accessoires de la mariée dans le sud du Maroc (Ph. JM)

Répertoriée dans plusieurs guides touristiques (le routard), sites et journaux électroniques, dont «tripadvisor» et «le petit futé», sa galerie commence à être connue au plan international, et des commentaires favorables sur le musée fusent. L’intérêt de ce dernier réside en la variété et la richesse des objets qui y sont exposés, et la manière dont ils le sont: intelligente, fonctionnelle, didactique.

Plusieurs musées dans un seul en fait, qui renvoie chacun à une histoire, à une époque, à une culture, à des us et coutumes ancestraux. Mais c'est le patrimoine berbère du sud du Maroc qui est particulièrement mis en exergue. Exemple, le musée de l'eau: on y trouve tous les outils de creusement des puits et d'adduction d'eau, à travers le système ancestral des «Khattaras».

Le serveur de l'eau traditionnel, le guerrab, avec, en bandoulière, son outre, et entre ses mains, ses tasses jaunes en cuivre dans lesquelles il sert de l'eau aux clients. Une façon de mettre en scène l'eau de la source Lalla Mimouna, en lui conservant tout son caractère sacré. 

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Vêtement hayk, région de Tafraout (Souss) (Ph. JM)

Le musée du mariage berbère? Y sont exposés les bijoux de la mariée, ses produits d'embellissement, ses caftans, et même des exemplaires d'actes de mariage anciens, musulmans et juifs, que notre collectionneur a pu dénicher au fur et à mesure de ses recherches.

Le musée de l'écriture, le «qalam»? On y découvre des plumes anciennes et de l'encre qui servait à écrire sur les «louhas». A leur côté, le sempiternel bâton qui tombait sévèrement, via la falaqa, sur les pieds des élèves récalcitrants.

Et d'autres petits pavillons encore, reproduisant d'autres facettes du patrimoine culturel et artistique du Maroc: dans le domaine de la cuisine, de la maçonnerie, de la menuiserie, de la forgerie, de la monnaie, de la poterie… Tout un pavillon est consacré à l’agriculture, un autre à la vie nomade.

Le musée d’art des sources Lalla Mimouna de Tinjdad est une merveille artistique d’une valeur inestimable, un travail colossal, qui devrait être mieux connu, et c’est dans l’intérêt du ministère de la Culture de jouer un rôle en la matière.

«Un ministère de la Culture aux abonnés absents»

Zaid Abbou, le créateur du musée des sources Lalla Mimouna, a été invité ces dix dernières années à plusieurs expositions, dont l’une au théâtre Mohammed V, quand Hassan Maâouni était secrétaire d’Etat chargé de l’artisanat. Ce département avait joué en effet un rôle important dans la promotion du patrimoine culturel et artistique du Maroc. Il a été invité aussi par l’agence française «France arts et vie», spécialisée dans les voyages culturels, pour exposer à Aix-en-Provence, et où il a rencontré des calligraphes de renom. Mais s’il a des critiques à faire, c’est en direction du ministère de la Culture marocaine, «qui n’a entrepris aucun geste à l’égard de ce musée, ni financier, ni moral, ni promotionnel. Je ne demande pas d’argent, mais au moins qu’on fasse connaître auprès du public marocain l’existence de ce musée, aussi loin des grandes villes soit-il. J’ai accueilli avec optimisme l’arrivée de Touria Jabrane à ce ministère, hélas elle n’a pas fait mieux que ces prédécesseurs», s’indigne Abbou.

 

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