Tribune

Quel est le secret de la Chine?

Par Gabriel BANON | Edition N°:5331 Le 08/08/2018 | Partager

Gabriel BANON, ingénieur civil, économiste et expert en géopolitique, a développé une double carrière, en politique et en tant que patron d’entreprises industrielles. Conseiller économique de différents chefs d’Etat, il fut appelé dès le début du processus de paix au Moyen-Orient auprès du président Yasser Arafat (1994-2004). Chroniqueur  sur Atlantic Radio, conférencier, consultant international, il a été élu, «Géopoliticien de l’année 2003», par un panel de journalistes spécialisés à Genève. Gabriel Banon a publié 6 livres. Le 7e un manuel de géopolitique vient juste de sortir  (Ph. L’Economiste)

Dans les années cinquante, lorsqu’on commençait à s’intéresser à la géopolitique,  on s’entendait dire: la Chine?...  C’est un monstre qui dort, surtout ne le réveillez pas!

Depuis, Alain Peyrefitte, en 1973, écrivait « Quand la Chine s’éveillera…le monde tremblera ». À cette date, la Chine était en pleine révolution culturelle, il s’en faudrait encore de trois ans avant la fin de la «Bande des quatre». Mais d’un certain angle, on peut dire que Pékin  se réveillait, dans une violence inouïe. Incapable qu’elle était  d’assurer des transitions  pacifiques vers d’autres politiques.  Fourbissait-elle déjà ses armes de conquête économique de la planète?

Planification

 La Chine d’aujourd’hui, première puissance économique du monde, n’est pas un accident fortuit, mais le résultat d’une planification rigoureuse, suivie à la lettre. L’intégration de la Chine dans l’économie mondiale repose sur un ensemble de mesures prises depuis les années  soixante-dix.

La réforme de la Chine a largement réussi parce que son modèle de développement s’est appuyé sur un éventail d’objectifs politiques et économiques dont la croissance économique a été la priorité absolue.

Après une étude minutieuse des différents modèles économiques du monde occidental, après avoir analysé les forces et les faiblesses de la finance internationale, après avoir défini les conditions à réunir pour justifier les investissements importants à faire dans l’économie nationale, les dirigeants chinois des années soixante déterminèrent leurs priorités, les réformes à entreprendre, le modèle économique à retenir et les étapes du développement.  

En renforçant la mainmise du parti sur tous les rouages de la société, on peut  dire que la Chine vit dans une paix sociale continue, toute relative pour certains observateurs (voir encadré).

Le gouvernement chinois, se donnant comme première priorité l’exportation, a entrepris dès la fin des années 1970, dès la sortie de la Révolution culturelle, l’industrialisation à marche forcée.

La décollectivisation des terres rurales a permis de libérer un important réservoir de main-d’œuvre. Le monde est alors inondé de produits « made in China » de qualité médiocre à bas prix. Une deuxième étape sera la recherche de la qualité et la délocalisation des productions à qualité médiocre à l’extérieur de la Chine, au Bangladesh entre autres.     

Dès 2014, le modèle économique chinois va être la consommation intérieure. Après le libéralisme extérieur, on va passer au libéralisme intérieur.

Pas de conversion au libéralisme

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L’ouvrage, L’Asie, quels enjeux…,  est un compte rendu d’un forum de l’Institut marocain des Relations internationales de Jawad Kerdoudi. Avec le travail de Fath Allah Oualalou («La Chine et nous» 2017 – disponible  gratuitement auprès de l’OCP-Policy center), ce sont les seules recherches sur les opportunités entre le Maroc et la Chine

Mais ce tournant commencé en 1979 est tout, sauf une conversion au libéralisme économique occidental. L’ouverture aux étrangers ne s’impose que par leur savoir-faire dont la Chine a besoin pour poursuivre sa modernisation et l’essor de son économie. C’est vrai aussi pour le choix de certains principes de l’économie de marché, considéré comme un moyen de générer la croissance économique et non comme une fin en soi. Cependant, on est de plus en plus loin des dogmes marxistes.

Qu’importe, Xi Jim Ping est lié par un accord tacite avec le peuple: «développement contre obéissance, abondance et aisance contre le silence politique». Sa réelle lutte contre la corruption l’a aidé dans sa popularité, mais aussi à mettre au pas ses opposants.

C’est ainsi qu’à la suite des réussites à l’export et la priorité donnée depuis à la consommation, s’est développée une classe moyenne riche, de plus de 300-400 millions de personnes aujourd’hui (Les Etats-Unis comptent 350 millions d’habitants dont une trentaine de millions de Chinois !). Cette classe moyenne chinoise qui donne la qualité d’un marché solvable, attire les investisseurs étrangers, rassurés par la stabilité politique, la paix sociale et l’État de droit.

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La Révolution culturelle commence en 1966 et fera quelques millions de morts en dix ans, jusqu’à la mort de Mao Zedong et l’élimination de son épouse ainsi que de trois de ses collaborateurs les plus fidèles.
La photo en couleur date de 2012 quand Xi Jin Ping prend le pouvoir avec six hauts cadres du parti. Ils donnent un élan sans précédent à la croissance du pays, lequel, soulignons-le, est hautement formé. Entre 200 millions et 400 millions de personnes accèdent à la consommation de masse en moins de dix ans

La Chine a construit en une trentaine d’années une économie majoritairement industrialisée et tertiaire.
Après avoir dépassé la phase de «l’atelier du monde», les autorités chinoises abordent maintenant une autre étape : celle d’une grande puissance industrielle, dotée de grands groupes capables d’innover et d’investir à l’étranger.

Pour ce faire, des investissements de plus en plus importants de la part de l’État et des entreprises sont consacrés à la recherche et au développement. En 2015, la Chine a déposé plus de 1,1 million de brevets, devenant le pays qui a fait le plus de dépôts au monde. 

Et dire que dans les années cinquante, la Chine était un des pays les plus pauvres de la planète.

                                                              

L’Etat de droit devant la démocratie

Dans les années 1970-90, on mit en route les réformes pour:
- assurer la stabilité politique
- la paix sociale
- un État de droit
- le développement de la classe moyenne.
Pour la stabilité politique et éviter les révolutions de palais, pour assurer la continuité des relations avec l’étranger en évitant trop de  changements d’interlocuteurs, on établit un calendrier des réunions du Parti et des organes de l’État fixé par la Constitution.
Une loi limita les mandats à deux termes et, toujours par la loi, on institua la retraite obligatoire à 70 ans pour le Président et tous les postes clés du gouvernement.
Le succès du régime de Deng Xiaoping, à partir de 1978, est dû en grande partie au maintien de la plus longue période de stabilité politique en Chine depuis 1842.
Après avoir donné leur indépendance aux juges, et procédé à une réforme essentielle, la création d’un système de droit ou «FAZHI» (État de droit en mandarin), la Chine se targue dès lors d’être un État de droit. Cette transition représente un progrès significatif, car elle adopte les normes internationales, assurant une protection constitutionnelle des droits des citoyens.

 

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