Tribune

Une crise modernisée dans une économie mature

Par Mohamed BENJELLOUN | Edition N°:5323 Le 26/07/2018 | Partager

Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bank, et ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (Ph. L’Economiste) 

Selon de nombreux observateurs qui ont rapproché les statistiques des réalités sur le terrain, le contexte national actuel ne peut être étudié avec probité en dehors de toute polémique qu'à travers deux paramètres: d'une part une révolution silencieuse qui va remodeler les structures socio-économico-culturelles de notre pays, à savoir à la fois  l'avènement d'une classe moyenne ambitieuse et experte et le nouvel ordre des priorités des consommateurs accordées désormais à ce qui libère l'individu et renforce son autonomie  (portables, Internet…) ou qui offre le maximum de commodités dans la vie domestique (cuisinières, réfrigérateurs, chauffe-eau, écrans informatisés pour télévision et vidéo...). Il va de soi que ces nouveaux désirs de s’approprier les objets industrialisés sus-visés, viennent s'ajouter aux besoins classiques de se nourrir, se vêtir, se soigner, se loger, se déplacer, se former pour être un agent économique ou administratif aussi actif que possible ainsi que pour scolariser ses enfants et faire bénéficier les siens et soi-même de tous les droits de l’homme et libertés y afférentes. Nous nous trouvons donc devant une économie libérale en pleine phase de croissance marchande.  Précisément cette classe moyenne citée plus haut (pour laquelle il n’y a aucune étude ni quantitative ni qualitative) a largement investi cette économie marchande tout en cherchant à moderniser ses méthodes de production, de distribution, d’acquisition et de maîtrise de nouvelles technologies. 
Certainement les plus doués de cette classe moyenne dont on ignore l'étendue et les disparités peuvent avoir une bonne vocation pour être d'excellents hommes d’affaires innovateurs ou des cadres er dirigeants politiques et ou pourquoi pas les deux en même temps. N'oublions pas que l’essor de l’économie américaine est dû à ces «self made men» qui ne sont nullement les descendants de la féodalité ou de la bourgeoisie européenne.
D'autre part, ce qui représente en face de cette économie marchande libérale conquérante, l’autre paramètre caractérisant le contexte national, c'est l’instauration dans notre pays d'une démocratie parlementaire adossée à ce couple inséparable constitué par les droits de l'homme dans leur acception universelle telle que reconnue par le Royaume du Maroc auprès de l’ONU et le multipartisme bien ancré dans la société depuis le début de l'indépendance. La Constitution votée par Référendum le premier juillet 2011, organise les règles de fonctionnement de cette démocratie parlementaire et Sa Majesté Le Roi Mohammed VI Chef d'État veille à leur respect (articles 41 et 42).
Si au départ (novembre 2011) l'islamisme politique profitant de sa lancée par le Printemps Arabe de l’instrumentalisation politique de la religion et de l'usure du pouvoir ayant affecté les courants nationalistes, socialistes et ruraux, s'installe à la tête de l’Exécutif, le courant libéral, bien rodé vers la fin du dernier siècle, va démontrer toute l’efficacité de son apport et toute la confiance dont il bénéficie auprès des milieux d’affaires et ce au cours du premier quinquennat du PJD, lorsqu’il a réussi à faire rapatrier 22 milliards de DH de capitaux ayant fui depuis l’arrivée des islamistes. Cette contribution libérale s’annonce encore plus déterminante lors du 2e quinquennat PJD: la présidente de la CGEM, partenaire écouté à l’intérieur, est membre officiel de l'équipe africaine ayant mis en oeuvre cette coopération féconde avec les pays amis du Continent. Quant au RNI-UC , il s’est vu attribuer d’importantes responsabilités au sein du gouvernement El Othmani: justice, finances, agriculture et pêche, commerce et industrie, transport aérien, tourisme et artisanat, jeunesse et sports. Curieusement, le boycott a visé les principaux représentants de ce groupe et dont les actions s’inscrivent dans l’intérêt supérieur de la nation (voir encadré).
Aujourd'hui, une seule conclusion s’impose: le triomphe irrésistible de l’économie marchande libérale dans notre pays ne peut être géré que par une démocratie parlementaire au niveau de laquelle seuls les représentants élus du peuple votent la loi applicable à tous et donnent confiance à tous les investisseurs aussi bien nationaux qu'étrangers et c'est la voie idoine pour créer de l’emploi. 

Conflits d’intérêt artificiels

La majorité des observateurs tient à faire souligner que l’œuvre des gouvernements successifs en vue de réduire notre auto suffisance en produits alimentaires a été remarquable: l’importation de vaches laitières pie-noire a commencé il y a cinq décennies, nous sommes à présent l’unique pays de notre sphère à produire plus de 96% de nos besoins en lait  (à rappeler qu’au début de l’indépendance, nos maigres réserves de change étaient avant tout destinées à l’approvisionnement en blé, lait et sucre). L’on constate alors que les revendications exprimées sont confuses et créent de ce fait des conflits d’intérêt artificiels entre paysans producteurs de lait et salariés mis au chômage; pourquoi alors certains conseilleurs versent dans le populisme ou la politique politicienne ou encore la révision de la science économique étudiant l’équilibre du marché entre producteurs et consommateurs… enfin il a été même préconisé de suspendre droits et libertés et d’instaurer un état d’exception…
La situation semble évoluer dans deux sens: d’une part les récentes annonces des réseaux sociaux s’avèrent fausses (Mawazine et autres festivités, les colonies de vacances…). D’autre part, les négociations prévues bientôt entre gouvernement et syndicats vont évoquer en plus des questions sociales, des problèmes d’un intérêt vital pour l’avenir de l’ensemble des composantes de notre nation. 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc