Politique

Maroc-France: Le premier contact réussi

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5047 Le 16/06/2017 | Partager
Convergence de vues sur les questions bilatérales et régionales
Crise du Golfe, priorité à la désescalade de la tension
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Le président français Emmanuel Macron se dit «touché par cette marque d’amitié et la nature personnelle de la discussion qui s’est nouée entre nous. Nous avons évoqué de nombreux sujets bilatéraux qui font l’agenda de notre relation» (Ph. Bziouat)

Mission accomplie. Le nouveau président français est reparti jeudi matin de Rabat vers Paris, comblé par cette première prise de contact avec le Souverain. Emmanuel Macron, qui était accompagné de son épouse et ses proches collaborateurs, n’a pas dissimulé l’émotion que lui a procurée cette visite: «Je suis touché par cette marque d’amitié et la nature personnelle de la discussion qui s’est nouée entre nous.

Nous avons évoqué de nombreux sujets bilatéraux qui font l’agenda de notre relation», a souligné le président lors d’une conférence de presse donnée juste avant «le ftour familial» que SM le Roi a offert en son honneur. D’emblée, il reconnaît que l’entretien entre les deux chefs d’Etat a duré plus de temps que prévu, débordant de plus d’une heure sur l’horaire retenu pour sa conférence de presse. Et pour cause, l’objet de cette visite d’amitié et de travail était de couvrir le maximum de sujets d’intérêt mutuel, qu’il s’agisse des relations bilatérales ou régionales et internationales.

L’actualité riche de cette semaine leur a fourni assez de sujets de géopolitique régionale où les deux chefs d’Etat ont pris conscience de la proximité de leurs analyses et des solutions proposées. La crise du Golfe en fait partie. Le Maroc a mis sur la table une offre de médiation, pour éviter l’escalade et renouer le dialogue entre les parties en conflit.

Son principal souci est de conserver la stabilité de ces pays pour que le CCG préserve sa place distinguée en tant que modèle de coopération régionale. Rappelons-le, les protagonistes sont, d’un côté, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Egypte et, de l’autre, le Qatar. Cette initiative marocaine de résolution du problème n’a pas empêché Rabat de conserver son indépendance pour déployer une opération humanitaire, en dépêchant des avions chargés de produits alimentaires vers Doha.

Sur ce sujet majeur, le président français a pu constater que «le Roi du Maroc partageait la même préoccupation de la stabilisation de la région et une clarification de tous les liens avec le financement du terrorisme». Une désescalade de la tension créée durant les dernières semaines est impérative. «Notre souhait est que les pays du Golfe demeurent calmes et stables, d’autant qu’ils sont parties prenantes dans les crises de la Syrie et de la Libye. Le Roi du Maroc a eu l’occasion de s’entretenir avec les protagonistes de cette crise», a indiqué Emmanuel Macron qui aura également l’occasion de le faire.

Autre sujet abordé par les deux chefs d’Etat, «la politique africaine où Rabat joue un rôle croissant, avec une diplomatie très active». Emmanuel Macron a reconnu qu’il a vu dans le Souverain «un partenaire concerné, ayant une volonté de participer à nos efforts dans la stabilisation du Sahel tout en étant vigilant sur tous les foyers potentiels de déstabilisation de l’Afrique. Je souhaite que le Maroc puisse prendre part au travail que nous conduisons», a-t-il tranché.

Une sortie qui ne manquera pas de contrarier Alger, qui avait multiplié les manœuvres pour écarter Rabat des dossiers sécuritaires et de la lutte contre le terrorisme dans cette région. Le Mali en est le parfait exemple de cette phobie de notre voisin de l’Est. Aujourd’hui, Paris cherche à remettre Rabat au cœur de ce dossier. Pour le président français, l’entrée du Maroc à la Cédeao contribuera à faciliter son intégration dans la stabilisation du Sahel. Mais attention, au même moment, le chef de la diplomatie française est dépêché à Alger pour rassurer ses dirigeants.

La question politique n’a pas été le seul point à l’ordre du jour des entretiens. L’économie a eu sa part capitale. En effet, Rabat et Paris vont déployer leur «volonté commune de développer un entrepreneuriat, une croissance inclusive et une politique énergétique qui permettent un développement soutenable». Dans ce continent, le président français est conscient que les choses ne seront pas toujours faciles: «Nos entreprises seront parfois amenées à être en compétition, mais il faut que nos stratégies soient cohérentes. Nous pouvons conduire, dans la même direction, des politiques africaines qui ne sont pas totalement similaires mais dont l’objectif et les finalités sont largement partagés».

Au menu également de l’entretien, les évènements dans la région d’Al Hoceïma. Le président s’est empressé de préciser «qu’il ne lui appartient pas de porter un jugement sur un sujet de politique intérieure. Mais le Roi estime qu’il était naturel que des manifestations prévues dans le cadre du droit constitutionnel aient lieu, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays.

Le but est d’apaiser la situation en répondant aux prémices de ces mouvements et en apportant une réponse concrète dans le cadre des politiques publiques», dit-il. «La discussion que nous avons eue ne donne pas à craindre une volonté de répression quelle qu’elle soit, mais d’une réponse dans la durée et sur les causes profondes à l’origine de ces manifestations», a noté Emmanuel Macron. Selon lui, «le Roi est préoccupé par le sort de cette région qui lui est chère et où il a l’habitude de passer du temps».

La première dame au Musée

Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, sait mettre les petits plats dans les grands. Et montrer indirectement que l’art et la politique font bon ménage. En effet, pendant que le président français était en entretien avec SM le Roi, la première dame Brigitte Macron, en compagnie de la princesse Lalla Salma, s’émerveillait devant l’exposition «Face à Picasso», organisée au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat. Plus d’une centaine d’œuvres, dont notamment des tableaux, des sculptures, des dessins et des photographies, y sont exposées jusqu’au 31 juillet prochain. Elles sont issues des collections du Musée national de Picasso de Paris.

 

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