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Politique

Enquête exclusive: Les ministres qui ne comptent guère ou pas du tout

Par Jihad RIZK | Edition N°:5033 Le 29/05/2017 | Partager
Des vedettes sont durement éliminées: Benabdallah, Elalami, Ramid, Boussaïd…
Les années passées au gouvernement ne font pas le pouvoir de l’homme
Tous les PJDistes sanctionnés alors que leurs chefs sont plébiscités
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Certes, on se dispute encore pour savoir ce qu’est une classe moyenne au Maroc, où elle commence et où elle finit. Ni si la catégorie socio-professionnelle «C» est effectivement le reflet de la couche moyenne. Mais sans vouloir couper les cheveux en quatre, il est évident qu’El Othmani attire davantage les suffrages des couches moyennes que n’importe quelle autre catégorie socio-professionnelle: 52% pour les C contre 50% chez les D/E et 43% chez les plus aisés. Rappelons qu’un écart de 2% n’a pas vraiment de sens en statistiques. Les «méfiants» et «très méfiants» sont très minoritaires. Ils sont plus nombreux chez les gens aisés, mais ils arrivent à peine à une personne sur trois

Nous voilà arrivés aux chiffres qui  suscitent les plus de protestations quand on présente les résultats d’une enquête! Depuis 25 ans, c’est toujours pareil. Les ministres qui n’arrivent pas au seuil de signification statistique (6%) se répandent partout en se plaignant des statistiques, de l’enquête et de L’Economiste. En oubliant que c’est d’abord à eux de faire en sorte que les citoyens les apprécient.  Cette année, on a pire: 15 ministres et secrétaires d’Etat ne sont même pas cités, pas une seule fois, chez un échantillon de 1.000 personnes (voir encadré).

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Et ceux qui ne sont même pas cités:

Rachid Talbi Alami, Mohamed Sajid, Ahmed Taoufiq, Mohamed Laâraj, Mustapha El Khalfi, Lahcen Daoudi, Abdelkrim Benatik, Othmane El Ferdaous, Mbarka Bouaida, Larbi Bencheikh, Najib Boulif, Mounia Boucetta, Hammou Ouheli, Charafat Afilal et Fatna Lkhiyel.
NB: Des personnes interviewées ont spontanémevnt cité Benkirane (3%) et El Othmani (11%)

Ensuite viennent les mauvaises nouvelles: une douzaine de ministres sont en dessous du seuil significatif. On trouve-là du beau monde comme Aujjar (RNI Justice), Boussaïd (RNI Finances) et Bourita (Affaires étrangères) avec un petit 5% de personnes estimant qu’ils vont compter et ce, en dépit du poids de leur département et/ou de leurs qualités personnelles.

Avec des voix de Casablanca issues de la catégorie A/B, on pourrait peut-être penser que Bousaïd plaît au monde des affaires, ou bien que des couches moyennes ont mis leur espoir dans Aujjar ou que la technicité de Bourita rassure les plus âgés. Mais c’est là tirer sur les chiffres au-delà de ce qu’ils peuvent dire: trop peu de gens votent pour ces trois ministres. C’est encore pire pour ceux qui viennent derrière, parmi lesquels le ministre de l’Intérieur  lui-même (4%).

Abdelouafi Laftit peut peut-être plaider un relatif noviciat, en dépit de son action vue et reconnue à Rabat. Son prédécesseur, Hassad,  n’avait pas fait mieux avec un petit 5% en 2014. L’Intérieur n’a donc plus la place centrale qu’il a tenue pendant des décennies.

Quant à Mustapha Ramid, l’ancien et remarqué ministre de la Justice de Benkirane, «promu» ministre d’Etat par El Othmani, comment expliquer son désastreux 3%?  On avait compris que le nouveau chef de gouvernement voulait amadouer les amis de Ramid (qui fait un procès au groupe de L’Economiste). Vu les résultats de l’enquête, ces amis ne doivent pas peser très lourd, sauf s’ils font de l’activisme d’opposition, sans rapport avec leur poids.

Du travail pour les sociologues et politologues

Dramatiques mais tout à faits habituels mauvais résultats de Moulay Hafid Elalami (RNI Industrie-Investissements-Commerce…), de Nabil Benabdallah (PPS Urbanisme-Habitat…) et de Abdelkader Amara (PJD Equipement, Transports…). Ils peinent à réunir 2% de voix alors qu’ils ont une exposition et des carrières  évidentes.  Benabdallah est de tous les gouvernements depuis quinze ans, Amara et Elalami en sont à leur deuxième mandat.

De manière générale, sous le gouvernement Benkirane comme avec El Othmani, les hommes et la femme du PJD ne sont pas classés en tant que «ministres qui comptent», pas même dans leurs fiefs électoraux. Serait-ce à dire que le PJD est devenu le premier mouvement politique marocain pour qui les options comptent plus que les hommes qui les portent? Avec une exception: celle de leurs chefs,  Benkirane et El Othmani, qui font mieux que leur score électoral. Cette bizarrerie veut-elle signifier que l’onction royale d’une nomination entraîne la confiance publique? Ce serait vrai s’il n’y avait pas le contre-exemple d’Abbas El Fassi.

Voilà du travail pour les sociologues et politologues.

                                                                

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La moitié du gouvernement n’intéresse personne!

La moitié du gouvernement  n’a recueilli aucune voix: personne n’a pensé qu’ils pouvaient avoir de l’importance.  Même quand le ministère, lui,  est important. Explication immédiate: le gouvernement est nouveau, les ministres n’ont pas eu le temps de se faire connaître. C’est vrai et c’est faux.   C’est vrai pour Mounia Boucetta (secrétaire d’Etat à la Coopération) qui a son premier maroquin.  Même remarque pour Fatna Lkhiyel (MP- Secrétaire d’Etat à l’Habitat).

C’est un peu moins vrai, voire complètement faux, quand des personnalités politiques, ayant des carrières derrière eux, ne trouvent personne pour les soutenir: ni en premier choix, ni en deuxième choix, pas même en troisième choix.  Il en est ainsi pour Hammou Ouhelli (MP- secrétaire d’Etat au développement rural et aux Eaux et Forêts) qui était déjà secrétaire d’Etat à la Solidarité avec El Youssoufi. A l’époque déjà, il n’avait pas marqué les esprits.

Il est encore plus difficile de plaider la nouveauté dans le cas de Rachid Talbi Alami (RNI, ministre de la Jeunesse et des Sports) qui n’a pas quitté le devant de la scène depuis plus de 20 ans. Impossible  de plaider la nouveauté pour Mohamed Sajid aussi: personne, même pas un Casaoui, n’a utilisé sa voix pour dire que l’ancien maire de Casablanca sera important à son poste. Pourtant, ce n’est pas n’importe quel poste pour la croissance du Maroc, puisque c’est le ministère du Tourisme.

Pas une voix, ni dans sa région, ni chez ses fidèles, pour une vedette du gouvernement sortant, comme Mustapha El Khalfi, envoyé aux Relations avec le Parlement par El Othmani. Personne pour Lahcen Daoudi dont les étonnantes prises de parole ne passent jamais inaperçues. Personne n’a pensé que Najib Boulif sera un ministre important chez El Othmani. Il avait pourtant été un  incontournable et puissant ministre des Affaires économiques de Benkirane. Boulif  (qui fait un procès au groupe de L’Economiste) a été recasé secrétaire d’Etat aux Transports chez Abdelkader Amara.

Ce dernier ne fait pas bien mieux: il est à 2%, trois fois moins qu’il en faudrait pour exister aux yeux des statistiques.

 

 

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