Société

Rabita Mohammadia des oulémas : Qui a «démissionné» Lamrabet?

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5234 Le 21/03/2018 | Partager
La réforme du champ religieux perd l'une de ses militantes les plus actives
Ce départ serait lié à ses positions modernistes sur le dossier de l’héritage

Les positions modernistes de Asmaa Lamrabet dans le dossier des droits des femmes semblent avoir été fatales pour sa carrière au sein des structures religieuses officielles. Ce médecin de formation, connue pour ses travaux autour de la femme dans l’islam, vient de quitter brusquement la Rabita Mohammadia des oulémas. Aucun détail ne filtre sur les dessous de ce départ. Contacté, Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita et seul autorisé à se prononcer en son nom, en vertu de ses statuts, est resté injoignable. Un communiqué laconique de la Rabita se contente d’annoncer que le Centre d’études et de recherche féminine en Islam sera désormais dirigé par Farida Zomorrod, membre de son bureau exécutif, également professeur d’enseignement supérieur à Dar El Hadith El Hassania. La direction de cette entité était assurée jusque-là par Lamrabet. Ce document précise que «la désignation de Mme Zomorrod à cette mission s’inscrit dans la droite ligne des idéaux prônés par Amir Al Mouminine, en matière de préservation des constantes religieuses et l’accomplissement des devoirs de la recherche scientifique, fondée sur les enseignements des textes religieux, et compte tenu du contexte actuel». Il est permis de penser que les positions de Lamrabet ont fini par irriter l’aile radicale de la Rabita. Les statuts de cette instance précisent qu’il est «interdit aux membres d’exprimer une position officielle, engageant la Rabita, sauf en cas de délégation explicite du secrétaire général ou du bureau exécutif». En face, les positions de Lamrabet concernant certains dossiers, particulièrement celui de l’héritage, semblent en désaccord avec les idées dominantes au sein du corps des oulémas. La Rabita vient de présenter un nouvel ouvrage sur la répartition de l’héritage, élaboré récemment par Ahmed Samadi, membre du Conseil académique de la Rabita Mohammadia. Cette publication a mis l’accent sur «l’importance de la répartition équitable de l’héritage», tout en insistant sur «les fondements de la distinction entre les hommes et les femmes dans ce domaine». Globalement, il s’agit d’une lecture traditionnaliste, qui tranche avec les positions modernistes de Lamrabet. Ce qui montre le long chemin qui reste à parcourir pour aboutir à un débat serein autour de la réforme du régime successoral, tendant vers une plus grande équité entre les sexes. Pourtant, la Rabita Mohammadia s’est illustrée par ses initiatives en matière d’accompagnement des transformations sociétales, notamment en matière de modération et de lutte contre l’idéologie extrémiste. L’instance présidée par Ahmed Abbadi est tête de pont de la démarche de déconstruction du discours obscurantiste, particulièrement au sein des jeunes. Visiblement, cette institution n’a pas été capable de préserver l’une de ses vitrines les plus ouvertes… 

Statuts

Les membres de la Rabita Mohammadia sont nommés par le Roi, à son initiative ou sur proposition du Conseil académique de cette instance. L’article 5 du Dahir portant statuts de la Rabita, prévoit la possibilité de démission de ses membres. Celle-ci ne peut être effective qu’après sa validation par le Conseil académique. Ce Dahir définit également les missions de cette entité, reconnue d’utilité publique en 2006. Il s’agit de la promotion des principes de l’islam et ses finalités, et du respect des valeurs de modération. A cela s’ajoute l’animation de la vie scientifique et culturelle dans les domaines des études islamiques. 

 

 

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