Economie

Ecoles privées: L’amateurisme règne!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5044 Le 13/06/2017 | Partager
76% des établissements primaires-secondaires souffrent de dysfonctionnements
En matière de pédagogie, 37% sont en difficulté ou manquent aux standards

Notre système d’enseignement collectionne les tares. Le ministère de l’Education nationale vient de partager, pour la première fois, quelques résultats d’un méga audit réalisé auprès d’un échantillon de 459 écoles dans les 12 régions. Soit 12% du total des établissements privés. Deux aspects ont été étudiés: le management (gestion administrative, infrastructures, matériels, RH, organisation…) et la pédagogie (choix et orientations pédagogiques, programme scolaire, activités parascolaires…).

L’aspect management est de loin le plus problématique. Plus des trois quarts, soit 76%, des établissements connaissent des dysfonctionnements moyens (48%) à profonds (28%), et nécessitent la mise en place de plans d’action urgents, en concertation avec les  académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref). Une école a même déjà été fermée. La tutelle reste, cela dit, discrète sur les détails des «dysfonctionnements» relevés par son inspection générale.

«Les rapports de l’inspection générale sont confidentiels», avance une source au ministère. C’est aussi le cas des rapports des autres inspections dont les écoles font l’objet durant l’année scolaire (direction provinciale de l’Education nationale, fisc, CNSS, transport scolaire…). Comment les acteurs du système peuvent-ils rectifier le tir s’ils ignorent ce qui leur est reproché?

«Nous nous attendions à ce que les résultats de cet audit soient catastrophiques», reconnaît Abdeslam Amor, secrétaire général de l’Alliance de l’enseignement privé au Maroc. «La quasi-totalité des directeurs d’établissements n’ont aucune expérience ni formation préalables dans l’administration. La loi régissant le secteur exige simplement qu’ils soient âgés de 25 ans au minimum, et qu’ils justifient d’une expérience de 3 ans en classe», poursuit-il.

Qu’attendre de cadres non formés et peu expérimentés, qui plus est, qui doivent consacrer plus de 60% de leur temps à des rencontres avec les parents, au détriment de leurs autres tâches? Pour l’Alliance, il est de la responsabilité du ministère d’assurer des formations pour les cadres pédagogiques du privé, au même titre que ceux du public. Toutefois, il existe aussi de nombreux directeurs pédagogiques engagés pour la forme. Alors que les vrais gestionnaires ne sont autres que des investisseurs à l’affût de bénéfices... 

«Nos enseignants, non plus, ne sont pas encadrés par les inspecteurs de l’Education nationale, à l’instar des profs du public. Ils n’ont, en fait, aucune idée de comment il faut appréhender le programme scolaire», regrette-t-il. Sur le plan de la gestion pédagogique, 63% des écoles fonctionnent «normalement», selon le ministère. Néanmoins, 26% rencontrent des difficultés, tandis que 11% enregistrent des manquements sérieux, nécessitant un engagement «écrit» à redresser leur situation, sous l’encadrement de leur Aref.

Manque de compétences, improvisation… A l’instar du système public, les écoles privées traînent leurs propres travers. Mais elles restent peu contrôlées et peu encadrées.

 

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