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L'Edito

Ordre mondial

Par Nadia SALAH| Edition N°:5674 Le 13/01/2020 | Partager
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Ce n’est pas encore la grande forme des années 1970-1990, mais Alger a montré qu’elle était de retour sur la scène diplomatique, avec un communiqué concernant le projet des Turcs en Libye. Il est vrai que c’est une affaire qui concerne l’Algérie directement, sur un millier de km de frontière.

Pour comparaison, la Turquie dépense autant par militaire que le Maroc, mais elle en a presque 4 fois plus. Après avoir été assez décapitée par deux fois, l’armée turque est habituée depuis 7-8 ans à intervenir au-delà des frontières.

Le plus souvent sans le moindre mandat. En a-t-elle besoin? Pas vraiment puisque le président Erdogan a la main sur le plus vaste des réservoirs à migrants, 4 à 5 millions de personnes entassées sur sa frontière sud. On comprend la mollesse de la réaction européenne.

De son côté, Ankara a tenu à rassurer Alger. Les deux capitales n’ont pas informé leurs opinions publiques sur le ou les objectifs de cette opération. Les données qui ont «filtré» restent donc ahurissantes. Il s’agirait, dit-on, de protéger les intérêts communs sur le gaz off-shore en Méditerranée et le transport qui ira avec. Un lien qui, s’il existe un jour, passera plutôt de l’Egypte vers l’Europe, en traversant les îles grecques.

Avec tristesse, on voit encore une fois avec quelle facilité on peut se moquer des opinions publiques européennes fonctionnant à l’émotion, entre frayeurs et compassion.

Le président Erdogan et la Turquie sont certainement dans un autre voyage que la sécurité gazière. Il s’agit d’accroître puis monnayer des influences, y compris dans le domaine islamiste. C’est le nouveau commerce des relations internationales.

Dans cette affaire, la Libye ne compte que parce qu’elle ne peut pas se défendre. Il n’empêche qu’il faut vraiment tordre le droit international pour y prendre pied militairement. Une torsion qui en annonce d’autres.

A nos portes donc, la destruction de l’ordre mondial est en marche.

 

 

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