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Politique Internationale

Rencontre avec le Pr Idrissi Alami Machichi : Droits de l'Homme: Valeur universelle, applications spécifiques

Par L'Economiste | Edition N°:403 Le 18/12/1998 | Partager

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la proclamation de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, les débats se multiplient. Le Pr Mohamed Idrissi Alami Machichi, ancien ministre de la Justice, aujourd'hui professeur à la Faculté de Droit de Rabat, apporte sa pierre, avec un angle de vue original.

- L'Economiste : Les principes des droits de l'Homme doivent-ils à votre avis être appliqués de manière universelle ou en fonction des spécificités sociales et culturelles des pays?
- Professeur Alami Machichi:
Le principe des droits de l'Homme en soi est un principe universel. L'homme est le même partout, quelle que soit la société à laquelle il appartient. Mais la manière de définir, d'appliquer et de mettre en uvre le droit relève d'une autre sorte de droit: c'est le droit positif.
Donc il est naturel que des sociétés se distinguent les unes des autres et introduisent des nuances. Mais celles-ci ne restent tolérables et tolérées que dans la mesure où elles respectent le principe des droits de l'Homme. Je soutiens donc le principe des divergences d'application du droit dans les sociétés ayant des spécificités culturelles, mais je dis non à toutes les formes d'injustice et de violence qui transforment les sociétés en ghettos humains.

- Que pensez-vous de la revendication du travail par les diplômés-chômeurs? Est-ce légitime de leur part?
- Leur revendication est légitime. Il faudrait que le gouvernement favorise la création de travail pour tous les chômeurs, qu'ils soient diplômés ou non. Leur droit à revendiquer le travail ne doit pas être confondu avec un droit à ce que le gouvernement lui-même les emploie. Ils ont le droit de revendiquer un emploi, soit dans la fonction publique, soit dans le secteur privé, et encore mieux en créant leur propre entreprise, initiative que les autorités devraient encourager davantage.

- Les procédures administratives et judiciaires sont entravées à tous les niveaux par les problèmes de corruption? Comment, selon vous, résoudre ce problème?
- Il existe au Maroc plusieurs formes de corruption. Il faut savoir que celle-ci ne disparaîtra jamais, mais il faudrait agir de telle sorte à réduire son ampleur au minimum pour qu'elle devienne quelque chose d'exceptionnel. Donc il y a un travail de fond sur tous les fronts à mener sur le plan de l'éducation, de la sensibilisation et de la responsabilisation, surtout dans le monde professionnel. Il s'agit aussi de mener un travail qui consiste à supprimer les occasions favorisant la corruption. Par exemple, en supprimant le pouvoir de décision des petits fonctionnaires, qui souvent tendent à vouloir le monnayer. Enfin, il faut multiplier les niveaux et les moyens de contrôle, responsabiliser les gens et mettre en oeuvre une transparence aussi totale que possible.

- En 1993, le Maroc a ratifié une convention interdisant toute forme de violence à l'égard de la femme. Notre pays a pourtant émis quelques réserves à ce sujet. Qu'en pensez-vous?
- Les violences exercées à l'encontre des femmes proviennent certainement des conditions de vie rigoureuses, de l'ignorance, de la pauvreté.
Je suis complètement opposé à ce genre de comportements et je n'ai aucune réserve à émettre à ce sujet.
Le problème vient du fait que l'on interprète parfois un verset coranique dans le sens de la possibilité de la correction manuelle des maris envers leurs femmes. Je pense qu'on ne peut avoir la prétention d'interpréter le Coran que quand on dispose de tous les moyens de le faire. Et en premier lieu les circonstances dans lesquelles les versets coraniques ont été révélés au Prophète. Dans la mesure où nous ne connaissons pas ces circonstances, ou dans la mesure où nous découvrons que ces circonstances ont changé, la règle coranique reste circonstanciée et conjoncturelle. Donc, il ne faut pas lui faire dire ce qu'elle ne dit pas et il ne faut pas l'appliquer là où elle n'a jamais eu comme but de s'appliquer.

- Des discriminations subsistent dans la Moudouwana. Serait-il possible à plus ou moins court terme, qu'elle soit basée sur des principes d'égalité entre l'homme et la femme?
- Je n'en doute pas. Je suis très confiant et je suis sûr que beaucoup de discriminations ne subsistent que pour des raisons de temps et de circonstances. Mais le moment viendra certainement très rapidement où elles disparaîtront, sauf celles qui ont un rapport avec un dogme religieux. Mais je crois qu'elles sont très rares, si ce n'est qu'elles n'existent pas.

Propos recueillis par Nadia BELKHAYAT

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