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International

Prolifération nucléaire, serpent de mer ou réalité?
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3415 Le 01/12/2010 | Partager

L’arme atomique redevient d’actualité! Tout juste bombardée par ses frères ennemis du nord, la Corée du Sud imagine qu’un retour sur son territoire de missiles tactiques américains à tête nucléaire ne serait peut-être pas superflu. Au même moment, un savant américain, invité en Corée du Nord, révèle avoir été admis à visiter une nouvelle usine d’enrichissement d’uranium tournant à plein régime. Ce n’est pas le cas, en revanche, des centrifugeuses iraniennes. Les inspecteurs de l’agence de Vienne (AIEA) ont constaté qu’elles semblaient éprouver des difficultés à fonctionner, en raison peut-être d’un mystérieux virus informatique venu de l’étranger… Et il y a le nouveau concept stratégique de l’OTAN, évoqué la semaine dernière dans ces colonnes: soucieux de ne rien omettre des menaces que l’Organisation militaire intégrée doit se préparer à affronter, les rédacteurs de ce concept ont ajouté à la liste de leurs tracas la prolifération nucléaire. L’Iran n’était pas nommé mais tout le monde y pensait. Les documents diplomatiques américains diffusés par WikiLeaks révèlent «la peur des pays arabes» devant un Iran devenu une puissance nucléaire.Il en est, si l’on ose dire, du nucléaire comme de la mode et des jupes, un jour un peu plus longues, nettement plus courtes l’année suivante. Reste l’essentiel. Y a-t-il danger ? Est-ce vraiment important ? Et si la prolifération nucléaire n’était qu’un monstre du Loch Ness, mythe à la rigueur commode pour attirer les touristes naïfs, argument surtout idéal pour obtenir des élus qu’ils consentent à voter les crédits jugés nécessaires pour mieux défendre leur pays?!Que ne dit-on pas des conséquences, jugées inéluctables, d’une bombe iranienne? Les voisins plus ou moins proches de l’Iran s’empresseraient de l’imiter. Quinze à vingt ans suffiraient. L’ennui avec ce «domino nucléaire»(1), cent fois évoqué par les politiques et autres stratèges, est que rien ne le prouve. Surtout pas l’Histoire. Le Second conflit mondial une fois terminé, on craint de voir l’arme nucléaire se propager telle la poudre à canon après son invention au IXe siècle par les Chinois. Soixante-cinq ans après la première explosion atomique, survenue aux Etats-Unis dans le désert du Nouveau Mexique, le 16 juillet 1945, neuf pays seulement ont mis au point des armes de ce type. Il a fallu vingt ans entre l’émergence de la première puissance nucléaire, les Etats-Unis, en 1945, et celle de la cinquième, la Chine, en 1964. Les quarante années suivantes, seuls cinq pays ont accédé au stade nucléaire, l’Inde, Israël, l’Afrique du Sud, le Pakistan, la Corée du Nord. Et encore! L’Afrique du Sud s’est volontairement désarmée dans les années 1990. Trois Etats de l’ex-empire soviétique n’ont pas souhaité conserver par devers eux les armes laissées sur leur territoire par leur ancien maître: Belarus, Kazakhstan, Ukraine. Mieux encore, après la mise au point par Israël de ses propres armes vers la fin des années 1960, aucune nouvelle puissance nucléaire ne s’est fait connaître au Moyen-Orient, nonobstant les efforts de certains, l’Irak au premier chef. Même chose en Asie. La Corée du Nord a fait exploser sa première bombe le 3 octobre 1996. Ni la Corée du Sud, ni le Japon, qui en ont pourtant la capacité, n’ont trouvé utile de suivre cet exemple. Sans doute, ces deux pays jugent-ils suffisant le parapluie américain. Aujourd’hui, et même si l’on croit l’Iran capable d’accéder à la bombe d’ici deux ou trois ans, ses principaux voisins arabes sont très loin de pouvoir l’imiter, au cas où ils en éprouveraient le désir. Cette prolifération restreinte doit pourtant être combattue. Au-delà des sanctions internationales et de l’emploi de la force, les moyens d’agir pour freiner le mouvement ne manquent pas. Pour ôter aux Etats du Golfe toute envie de devenir à leur tour des puissances nucléaires, les Etats-Unis s’affirment disposés à leur installer un parapluie antimissile dont l’efficacité devrait être suffisante. C’est du moins ce que Madame Hillary Clinton avait explicitement proposé en juillet 2009 au cas, avait-elle précisé, où l’Iran persévèrerait dans son intention de se doter de la bombe. Une autre manière d’aborder la question est de poursuivre une politique active de non prolifération. Dans ce but, Washington a signé un accord en 2009 avec les Emirats arabes unis. Ceux-ci renoncent à tout enrichissement et retraitement du combustible nucléaire qui constituent autant d’étapes cruciales dans la mise au point d’une arme nucléaire. En échange, les EAU disposeront de toute l’aide et facilités requises pour développer des programmes d’utilisation pacifique de l’atome. Pareilles propositions ont également été faites à l’Arabie saoudite et à la Jordanie. Alors, pour diversifier leurs sources d’énergie, les EAU ont commandé à la Corée du Sud, le 27 décembre 2009, une centrale nucléaire à quatre réacteurs dont les premiers travaux devraient commencer en 2012. De plus, lors de la Conférence internationale pour la révision du traité de non prolifération nucléaire (TNP), tenue le 29 mai 2010 à New York, les Etats participants sont convenus d’un sommet régional destiné à créer au Moyen- Orient une zone dénucléarisée, c’est-à-dire libre de toute arme nucléaire. Ce sommet devrait se tenir en 2012. Bien sûr, le fait qu’Israël soit une puissance nucléaire complique le problème. Cependant, cette conférence pourrait promouvoir un courant de pensée en faveur de la non-prolifération dans cette partie du monde. Il n’est évidemment pas besoin de foyers nucléaires supplémentaires. Même lente, la prolifération est susceptible d’entraîner des conséquences fâcheuses pour le devenir de la paix et de la sécurité internationales. Plus dangereuse, peut-être, est la perspective, souvent évoquée, de l’accès d’un groupe terroriste à une arme nucléaire ou à un stock de matière fissile. Des erreurs humaines ou des défauts techniques constituent d’autres motifs d’inquiétude. La guerre froide a montré que des incidents de ce genre n’étaient pas inimaginables. Toutefois, bien des craintes éprouvées face à l’éventualité d’un Iran nucléaire sont loin d’être convaincantes: ses voisins arabes ne risquent guère de se voir contraints d’obéir aux ordres de Téhéran. Sans doute l’ex-empire perse y gagnerait-il un surcroît de prestige. Sa puissance affichée lui permettrait d’exercer une certaine pression sur les autres Etats de la région. Mais quoi? L’utilité offensive des armes nucléaires est tout sauf évidente. Celles-ci n’ont pas été employées depuis 1945. Toutes les puissances devenues nucléaires à la suite des Etats-Unis se sont servies de ces armes pour dissuader un adversaire. Le Pakistan et l’Inde ne se sont plus fait la guerre depuis près de 40 ans. Leurs forces nucléaires ne sont sûrement pas étrangères à leur retenue manifeste(2). Il est peu de raisons de croire que l’Iran se servirait de ses armes dans un autre but que de garantir sa propre sécurité.En agitant la menace d’une prolifération rapide et systématique au Moyen- Orient au cas où l’Iran se doterait de la bombe, certains Etats et leurs chefs nuisent par leurs propos à la compréhension de la situation dès lors qu’ils introduisent dans le débat des arguments sans trop de nuance.


La bombe et l’Iran: le plan américain

Ce plan consisterait à faire sortir le plus vite possible d’Iran les 3 tonnes d’uranium faiblement enrichi dont dispose désormais le régime islamiste et que Téhéran pourrait en quelques mois transformer en matière fissile pour la bombe.Pour convaincre les Iraniens, plusieurs «carottes» sont envisagées. a.- Pour soigner les malades, Téhéran dispose d’un réacteur atomique à vocation médicale qui va s’épuiser l’an prochain. Les Etats-Unis proposent d’aider les Iraniens à le remplacer. Problème? Ce réacteur, pense-t-on à Paris, pourrait être détourné à des fins militaires.b.- Envoyer les 3 tonnes problématiques en Russie pour y être enrichies à 20%. Une partie de combustible reviendrait ensuite en Iran pour alimenter la centrale atomique de Busher construite par les Russes. Cette solution constituerait pour la France une légitimation inacceptable du programme d’enrichissement iranien.c.- Si Téhéran consentait à exporter ses 3 tonnes en Russie, l’Amérique accepterait que l’Iran conserve une capacité d’enrichissement de l’uranium: les 4.000 centrifugeuses qui tournent déjà dans l’usine de Natanz pourraient continuer à fonctionner. Selon Paris, cette offre serait pour l’Iran un encouragement désastreux à continuer de violer les résolutions de l’ONU, d’après Vincent Jauvert, «Nucléaire iranien, le bras de fer franco-américain», Le Nouvel Observateur, n°2403, 25 novembre-1er décembre 2010.


Neuf chroniques publiées par L’Economiste sur ce même sujet, accessibles sur le site du journal, rubrique «archives»:

- 11 octobre 2006, «La drôle de bombe nord-coréenne»- 25 avril 2007, «Les Etats du Golfe face à la menace iranienne»- 03 octobre 2007, «Asie, la course aux missiles»- 12 décembre 2007, «L’Iran, la bombe, tout et son contraire»- 10 septembre 2008, «Les bombes sales, des armes de désordres massifs»- 21 janvier 2009, «Inde-Pakistan, la guerre ou la bombe»- 15 avril 2009, «Un terrorisme nucléaire est-il vraisemblable?»- 27 mai 2009, «Le retour de la dissuasion nucléaire» - 11 août 2010, «Hiroshima-Nagasaki, crime contre l’humanité ou rationalité stratégique?»---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Cf. Johan Bergenas, «The Nuclear Domino Myth», Foreign Affairs, 31 août 2010. (2) En particulier celle manifestée par l’Inde, après l’attaque du Parlement de New Delhi, le 23 décembre 2001, par deux groupes cachemiris basés au Pakistan, ou après les attentats de Bombay (Mumbaï) en novembre 2008, dont les auteurs étaient venus du Pakistan par voie de mer. Les deux pays ont fait beaucoup pour éviter l’escalade.

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