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Pêche hauturière: L'arrêt biologique

Par L'Economiste | Edition N°:47 Le 01/10/1992 | Partager

L'arrêt biologique a pris fin cette semaine, après avoir été ramené de 2 à 1 mois. Il était une solution pour reconstituer les ressources halieutiques. Il est devenu un problème pour les finances du secteur. Des dizaines de bateaux pourraient ne pas reprendre la mer, faute d'argent pour payer le gasoil et les marins.

Les amours des céphalopodes seront-elles à nouveau perturbées par la flotte marocaine? Poulpes et calamars ont disposé de tout le mois de Septembre pour croître, multiplier...

Le "repos" biologique était en fait un repos pour les marins et les bateaux, montés en cale sèche pour entretien, le "carénage" dans le jargon des armateurs. Mais tous les bateaux reprendront-ils la mer?

Ils étaient 200 à 240, arrêtés au port d'Agadir. A partir du 28 Septembre au soir, ils sont autorisés à reprendre une "marée", c'est-à-dire une sortie en mer de trois mois où ils sont censés retrouver les espèces céphalopodières, en grandes quantités.

Des responsables de la pêche hauturière sont plus pessimistes que jamais. Ils prévoient que près de 50% des bateaux ne sortiront pas faute d'argent pour payer le gasoil, les sociétés de réparation, les primes d'assurances et les salaires des marins. "Le port d'Agadir prend une allure de Moussem, avec agitation, rumeurs de grève", confirme un armateur. A l'heure où nous mettons sous presse, une centaine de bateaux sont sortis et une soixantaine ne donnaient aucun signe de préparations pour reprendre la mer.

Dernière nouvelle en date, un syndicat de capitaines (l'équivalent en rang et en salaire à des directeurs généraux d'industrie) affiliés à l'U.M.T lance un ordre de grève pour réclamer une convention collective.

Le marin de base se soucie pour l'heure du paiement de son salaire.

Car c'est une crise aiguë de trésorerie que vit le secteur de la pêche hauturière.

Elle est venue se greffer sur une crise chronique, celle de ressources halieutiques, pour laquelle le repos biologique a été décidé pour les flottes marocaines et étrangère.

Autrement dit, une solution au problème de "fonds", celui des ressources, crée un problème financier, du moins l'aggrave.

6 mois sans recettes

Le repos biologique de deux mois a, d'abord été convenu avec la C.E.E, par le dernier accord de pêche. Les 150 bateaux européens, espagnols pour la quasi-totalité, devaient recevoir des subventions de la Communauté pour cet arrêt.

Les Espagnols y trouvent de toute façon leur compte: ce qu'ils reçoivent de la Communauté peut excéder les revenus tirés des côtes marocaines appauvries. Le repos biologique a ensuite été notifié aux sociétés marocaines qui ont aussi demandé des compensations pour cet arrêt.

Un arrêt de 2 mois, à partir du 1er Septembre, se termine fin Octobre. La marée reprend pour 3 mois, le poisson est déchargé fin Janvier et payé fin Février.

Les armateurs marocains allaient donc attendre 6 mois pour leur prochaine rentrée de fonds. Ils ont donc réclamé de leur ministère de tutelle des subventions, pensant qu'une partie de la compensation européenne devait leur revenir.

Ils réclamaient cette aide pour couvrir leurs charges fixes pendant l'année . Ils avancent, pour argumentation, que l'arrêt biologique n'existerait pas s'ils étaient seuls en mer. S'il existe, il est du fait de la surexploitation des Européens, qui doivent en conséquence payer pour les Marocains, combler leur manque à gagner. Comme compensation, le Ministère des Pêches n'a pu offrir que la réduction de l'arrêt biologique, de deux mois (Septembre, Octobre) à un mois (Septembre).

L'Europe n'a rien demandé

Le plus étonnant est que le Ministère s'est empressé de faire le même cadeau aux flottes européennes qui ne l'avaient pas demandé. Rien dans l'accord, conclu avec la CEE, n'indique qu'ils doivent bénéficier des mêmes avantages que les nationaux.

La réduction de l'arrêt biologique a soulagé les sociétés marocaines. En revanche, son annonce leur a causé des préjudices. Les Japonais, principaux clients des céphalopodes achetaient pour stocker, couvrir deux mois de vente. Les prix remontaient. L'annonce rapide de la réduction de l'arrêt biologique à un mois provoque la chute des prix. Le "Taco", céphalopode de référence vendu en 1991 à 7.300 Dollars la tonne, retombe à 4.300 Dollars en Septembre.

De la cale sèche à la panne sèche

Cette chute des prix et donc des recettes va aggraver les problèmes de trésorerie, et même financiers de la pêche hauturière. Elle s'ajoute à la chute des captures due à la raréfaction des ressources et aux coûts du "repli", de Las Palmas vers Agadir et Tan Tan. Les professionnels, expliquent que des Canaries, ils sont à 18 heures des zones de pêche.

D'Agadir, ils mettent 72 heures pour y parvenir, 8 jours pour l'aller-retour, pour chaque marée, qui dure 3 mois. Au total 40 jours par an sont perdus en chemin. De plus, les sociétés de pêche ont dû investir à Agadir en bureaux, infrastructurse de froid.

Elle ont, du fait du repli, perdu les facilités de trésorerie, des crédits-fournisseurs. Les réparateurs de bateaux concédaient des paiements en 2 à 3 tranches, le gazoil était payé à 3 mois... A Agadir, les fournisseurs de carburant, de pièces ou de services exigent désormais le paiement comptant. Surtout que le doute règne sur le secteur devenu mauvais payeur.

Aux dernières nouvelles les pétroliers ont décidé de suspendre le soutage: de la "cale sèche", des bateaux vont passer à la "panne sèche". Les arriérés de la caisse de compensation, vis-à-vis de ces pétroliers, se montent à 130 millions de Dirhams.

En définitive, le tourbillon financier s'aggrave, et ce sont des solutions financières spécifiques qui sont sollicitées des pouvoirs publics. L'"industrie" de la pêche hauturière n'attend plus qu'un régime de financement "agricole": elle se dit soumise aux aléas climatiques, à la "saisonnalité", à l'épuisement des "sols" (fonds marins), à la "jachère" (repos biologique).

"Les formules de financement des années 80-85, celles de la pêche florissante, sont inadaptées. La conjugaison de la chute des prix et des captures, des arrêts biologiques, du repli, appelle à un réaménagement des dettes; des financements spécifiques, comme le crédit campagne, devraient être mis en place", explique un professionnel.

Sinon le repli laisserait aux armateurs une impression de "guet-apens".

L'accord de pêche vu par la CEE

Les Européens se félicitent du dernier accord et n'y voient nullement une diminution de leur "effort de pêche". Industrias Pesqueras, journal espagnol spécialisé proche des milieux professionnels, rapporte le satisfecit de la CEE:

"Manuel Arnal, Directeur Général de la Pêche de la CEE, signale que l'accord de pêche conclu entre le Maroc et la CEE bénéficie à l'Espagne à hauteur de 95%.

M. Arnal nie que les possibilités de pêche aient été réduites et insiste, au contraire, sur le cas des céphalopodes et des maquereaux, spécialité où l'on réalise le plus de captures.

Le Directeur Général de Pêche de la CEE indique que les armateurs espagnols se montrent, en majorité, favorables à cet accord et souligne que le créneau des céphalopodes s'est accrû de 3% de 1988 à 1993, contrairement aux prétentions marocaines qui élèvent ce chiffre à 200%.

L'accroissement moyen global des différentes espèces de poisson entre l'actuel et le précèdent accord est de 8,5%, affirment les fonctionnaires de la Communauté.

Ils ajoutent que la cargaison des armateurs est passée de 15,5 d'Ecus (1.015 millions de Pesetas) à 16,5 millions (1.135 millions de Pesetas). Ce qui suppose que si auparavant les importations étaient de 18%, elles sont actuellement de 13,5% .

L'accord, selon Arnal est rationnel, logique, cohérent et conforme aux normes de conservation. Au moment de sa signature, le Maroc fera une déclaration publique s'engageant à appliquer et à faire respecter les normes convenues".


Khalid BELYAZID

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