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Culture

Mais d’où vient donc l’esprit d’entreprise?!
Par Robert J. Shiller

Par L'Economiste | Edition N°:2170 Le 13/12/2005 | Partager

Robert J. Shiller enseigne l’économie à l’université de Yale et dirige Macro Securities Research LLC. Il a récemment publié Irrational Exuberance (Exubérance irrationnelle) et The New Financial Order: Risk in the 21st Century (Le nouvel ordre financier et les risques au XXIe siècle)Les gouvernements du monde entier souhaitent encourager la création d’entreprises. Même si de nombreuses start-up ne prendront jamais d’ampleur, chaque petite entreprise est une expérience, et il en faut beaucoup pour donner naissance à une seule susceptible de transformer l’économie d’une nation ou même simplement d’acquérir une dimension internationale. En bref, la création d’entreprises est un incubateur, par ailleurs essentiel au succès économique à long terme.. Différences de mentalitésDe nos jours, pour expliquer les différences en termes de créations d’entreprises d’un pays à l’autre, on se penche sur les différences des mentalités et des politiques nationales. Mais il faut aussi tenir compte des grandes différences à l’intérieur des pays. Les habitants de Shanghai sont paraît-il plus entreprenant de ce point de vue que ceux de Beijing. Les habitants de la ville ukrainienne de Kherson le sont davantage que ceux de Kiev. Dans une étude récente, Mariassunta Giannetti et Andrei Simonov, de la Stockholm School of Economics, ont montré l’ampleur des différences dans le domaine de la création d’entreprises dans les villes suédoises. Ils définissent les entrepreneurs comme des gens qui déclarent des ressources émanant d’entreprises qu’ils contrôlent et dans lesquelles ils travaillent au moins à temps partiel, et constatent que la proportion de dirigeants d’entreprises dans la population diffère de façon conséquente dans les 289 villes qu’ils ont étudiées, variant de 1,5 à 18,5%. Que nous disent ces différences sur les vraies causes de la création d’entreprises? Les variations politiques au niveau national ne peuvent justifier à elles seules les variations constatées par Giannetti et Simonov. . L’exemple suédoisDans les années 80 et au début des années 90, les accords centraux sur les seuils de salaires ont été dissous et le gouvernement suédois a diminué les impôts sur le revenu et des entreprises. En conséquence, le nombre de création d’entreprises a doublé dans le pays, mais la réponse a été très différente d’une ville à l’autre. Pourquoi? Les variables culturelles semblent y prendre une grande part: la moitié des variations est à mettre sur le compte de la religion et de la politique municipale. Les villes comptent davantage de chefs d’entreprise lorsqu’elles ont une grande proportion de retraités membres de l’Eglise de Suède (église d’Etat officielle jusqu’en 2000) et un électorat de droite conséquent. . Plus il y a d’entrepreneurs, moins ils gagnent!En outre, il existe un phénomène de rebond: les villes qui comptent le plus d’entrepreneurs ont tendance à en créer encore davantage. Une fois qu’une culture de création d’entreprises prend racine, elle s’étend à mesure que les gens en savent davantage sur le monde des affaires et commencent à se sentir attirés -même si les bénéfices ne sont pas immédiatement palpables. En effet, Giannetti et Simonov ont constaté que le revenu moyen des PDG est plus bas dans les villes comptant le plus de créations d’entreprises que dans celles qui en comptent moins. De la même manière, des études issues d’autres pays montrent que les entrepreneurs gagnent souvent moins au départ et voient leurs revenus augmenter moins vite que s’ils avaient été salariés. Ces études suggèrent que les différences en termes de création d’entreprises sont peut-être moins dues à de meilleures opportunités économiques (le côté “offre” de l’équation de création d’entreprises) qu’à des différences culturelles qui rendent la création d’entreprises plus gratifiante d’un point de vue personnel (la “demande”). Cette hypothèse est mise en avant par Giannetti et Simonov, qui estiment que les différences de prestige des entrepreneurs dans les différentes villes peuvent justifier les disparités. Dans certaines municipalités, les chefs d’entreprise jouissent d’un statut social élevé, qu’ils soient couronnés de succès ou pas; ailleurs ils ne sont pas considérés et d’autres activités sont plus admirées. L’idée que le prestige est important n’est pas nouvelle. Dans son ouvrage «La morale et l’argent», la sociologue Michèle Lamont compare les définitions du succès en France et aux Etats-Unis. Elle demande à des habitants des deux pays ce que signifie être “une personne de valeur.” En fait, elle les consulte sur ce qu’ils estiment important dans la vie et sur leur notion personnelle de l’identité. Pratiquement tous les pays sont des ensembles de cultures locales qui diffèrent dans leur façon de motiver les gens et de façonner leur identité. Les différences dans la façon dont ces cultures définissent ce que signifie être une personne de valeur, et comment cette valeur se voit, expliquent probablement beaucoup des variations de niveaux des créations d’entreprises. Les économistes ne sont pas les seuls à considérer souvent les pays dans leur ensemble, et à désigner les attitudes et les politiques nationales comme les principaux facteurs d’encouragement ou de découragement de la création d’entreprises. Mais, en fait, le succès national dans ce domaine dépend de l’évolution des cultures locales et de leur interaction avec les politiques nationales. L’enthousiasme pour la création d’entreprises peut prendre racine dans n’importe quelle région culturellement attirante de n’importe quel pays, une fois levées les contraintes économiques qui lui font barrage, puis acquérir une importance nationale en se nourrissant de lui-même.


Le Middle West et Clermont-Ferrand

L'étude de Lamont a confirmé l’adage conventionnel selon lequel pour les Américains, le succès en affaires est important, alors que les Français placent avant tout culture et qualité de vie. De la même manière, un mépris ouvert des hommes d’affaires “âpres au gain” et de la compétition est plus souvent exprimé en France qu’en Amérique.Mais alors que Lamont se concentre sur les différences entre Français et Américains, la découverte la plus intéressante de sa recherche est celle de différences significatives entre diverses régions françaises. Elle compare Clermont-Ferrand, chef-lieu de l’Auvergne, dans le centre de la France, et Paris. Les Auvergnats ont une réputation de parcimonie et de rigueur, et malgré de récents progrès très consistants, de relative pénurie culturelle. Lamont a trouvé que tant les Parisiens que les Clermontois ont tendance à éprouver du mépris envers l’avidité.En revanche, les Clermontois estiment la simplicité, le pragmatisme, le travail, et la volonté, alors que les Parisiens s’attachent davantage à la vigueur et au talent. Elle conclut que, sous beaucoup d’aspects, les Clermontois sont plus proches des Hoosiers (les habitants de l’Etat américain d’Indiana, dans le Midwest) que des Parisiens. Ses recherches suggèrent qu’à Clermont-Ferrand, la demande intrinsèque de création d’entreprises est plus forte qu’à Paris.Copyright: Project Syndicate, 2005Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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