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Entreprises

Les industriels et la zone de libre-échange : "Des mesures, pas des voeux pieux"

Par L'Economiste | Edition N°:203 Le 09/11/1995 | Partager

Alors que la signature de l'accord de libre-échange est annoncée comme imminente, les industriels se réunissent en commissions pour préparer la parade à l'ouverture du marché local: amélioration de la compétitivité et de la productivité, fonds de restructuration, mesures préalables sur les coûts des facteurs...


"Nous sommes dans un sas", c'est l'image qui revient chez les leaders de l'industrie, appelés à réfléchir sur la zone de libre-échange, en cours de négociation avec l'Union Européenne. Le sas exprime bien leur sentiment commun, celui d'être enfermés dans un espace réduit (la marge de négociation) avec une seule porte de sortie, la signature.
Pour avancer, les industriels ne se contentent plus de promesses, ils veulent du concret. M. Abderrazzak Mossadaq, secrétaire général du MCIA, confirme que l'industrie a toujours demandé des mesures d'accompagnement ou des mesures préalables. "Ceci revient à inscrire sur le plan juridique des mesures qui, éventuellement, peuvent se réaliser même après l'entrée en vigueur du désarmement douanier", indique-t-il. Il cite en premier les laboratoires de normalisation de métrologie, les centres techniques sur tout le territoire, le fonds de restructuration et l'énergie qui doit aller jusqu'à la libéralisation (auquel cas la Samir ne serait plus vendable). Mais le terme même de "mesures d'accompagnement" doit être remplacé par "mesures préalables", pour avancer.
"Nous sommes désormais obligés d'y aller; or le débat a été escamoté, et n'a même jamais été posé. En Europe, l'adhésion d'un pays a toujours été précédée d'études, de grandes discussions et même d'un référendum", rappelle d'abord M. Abdellatif Bel Madani, directeur général de NRF et jusqu'à il y a peu président de la Fédération de l'Industrie de la CGEM, Fédération aujourd'hui disparue en tant que telle des structures de la CGEM.

Décision fermée

La décision d'ancrage à l'Europe a en effet été présentée comme une "décision politique" qui s'imposait par la proximité géographique et la tendance mondiale à la libéralisation consacrée par le GATT. Le postulat est qu'il n'y a que les marchés ouverts pour générer la croissance et l'emploi. Même dans cette perspective de "décision fermée", chacun regrette qu'il n'y ait jamais eu de simulation pour évaluer les avantages et les risques de cet ancrage.
Pourtant, "la construction européenne a eu lieu sans chiffrage préalable, il y a eu de la casse sociale, et le processus a continué grâce à de gros budgets de reclassement et de restructuration. Elle était fondée sur la conviction générale que la croissance est tributaire de l'ouverture des marchés", nuance M. Bousta, administrateur délégué de Frumat et secrétaire général de l'AMG (Association Marocaine de Gestion).
Aujourd'hui, au Maroc, l'industrie sera seule à faire un effort pour la ZLE, avec le démantèlement tarifaire.

Car si le Gatt et la Zone de Libre-Echange ouvrent, pour l'industrie, des marchés nouveaux à l'export, ils la mettent à nu sur le marché local. Mais à ce jour, l'impact social, en terme de perte d'emplois d'une industrie fragile n'est pas évalué, pas plus que le montant du "Fonds de restructuration" qui devrait la sauver. Ni l'Administration, ni aucun secteur ne peut avancer de chiffre; c'est à peine si l'on évoque la situation tunisienne: son accord d'association avec l'Europe devrait aboutir à la destruction du 1/3 des entreprises, imposer la restructuration d'un autre tiers et ne pas affecter le dernier tiers.
Sur le manque d'évaluation, M. Mossadaq affirme que "la zone de libre-échange est un acte de foi pour des raisons géopolitique, géostratégique et géo-ce que l'on voudra. Nous n'avons pas réussi les zones de libre-échange avec la Tunisie et l'UMA. On ne s'est pas demandé pourquoi".
Une commission se réunit depuis le mois d'avril pour poursuivre avec le MCIA une réflexion sur la ZLE (voir encadré). L'objectif est d'évaluer les conséquences sur l'industrie de l'ouverture accrue par le démantèlement douanier.

Libre échange-des marchandises, pas de personnes

Par ailleurs, les membres de la Commission relèvent que le Maroc s'est soumis à la volonté européenne de circonscrire le "libre-échange" aux "marchandises", excluant la libre-circulation des personnes. Les technocrates de Bruxelles ont néanmoins inventé le concept de libre-circulation des "hommes-clefs" pour permettre la circulation des hommes d'affaires.
Même le délai, 12 ans (plus un an de grâce, permettant aux 15 Parlements européens de ratifier l'accord) est accepté comme incompressible; il avait été fixé par l'UE pour l'ensemble des pays méditerranéens.
Sur le calendrier du désarmement, M. Mossadaq dit "on ne vend pas la peau de l'ours...". Le calendrier, tout comme les taux douaniers, servent d'éléments de négociation.
"Si nous étions libres, nous serions allés beaucoup moins vite", indique pour sa part M. Abdelhak Mounir (Maghreb Elastoplast, président de l'Amica et vice-président de la FIMME), très sensible au timing de la négociation. Pour lui, le moment n'est pas opportun. D'abord parce que le pays est en "crise", ensuite parce qu'il est en train de chambouler ses textes législatifs. Le Parlement a adopté le code de l'eau et la charte de l'investissement; le gouvernement a lancé les réformes du code des sociétés, de la concurrence et du travail, sans les finir. "Comment accepter le libre-échange avec l'UE, qui se traduira par des compressions d'effectifs pour maintenir la compétitivité alors que le code du travail ne les autorise pas et que la flexibilité du travail n'est pas introduite?", s'interroge M. Mounir.

Mais il reconnaît un point positif: "Notre industrie doit faire un saut qualitatif. Elle ne peut le faire sans la pression de la zone de libre-échange. Sinon, elle ne le fera pas".
Tous s'accordent a voir là le plus grand pari auquel le Maroc ait jamais eu à faire face, "peut-être aussi difficile que l'Indépendance, mais sans l'enthousiasme qu'il y avait à cette époque".
En fait, il n'y a de risques que pour le secteur industriel, qui se voit livré comme contrepartie des avantages accordés à l'agriculture ou la pêche.
Crainte nuancée chez M. Mounir: "l'UE n'ira pas nous détruire. Son objectif politique est justement la stabilité de la région et le maintien des populations en place par l'emploi".
La différence entre le futur accord avec l'UE et les précédents est qu'il y a une réciprocité. Auparavant, il n'était question que de quotas, ou de prix de référence, mais en sens unique, Maroc-Europe. Demain, le libre-échange devrait être à double sens. Outre l'accord de pêche (droit de pêche contre compensations financières), l'Europe continuera d'entrouvrir ses marchés aux produits agricoles marocains (tomates, agrumes...). Le fait nouveau est qu'elle exige l'ouverture du marché marocain hors douane à ses produits industriels, biens d'équipement ou de consommation.
Le Maroc devrait donc démanteler la protection de son industrie et supprimer les droits de douane correspondants. L'Administration des Douanes semble réticente vis-à-vis du principe de 0% et préfère un taux plancher de 2,5%.

Restructurer l'Administration

Au passage, l'Etat perdrait des recettes, alors que son budget n'en a jamais eu autant besoin. "L'Administration devra d'abord se restructurer elle-même. Elle subit un défi mais sans le risque de disparition", disent les industriels.
Et M. Hamid Bousta de renchérir: "le défi de l'Administration est supérieur à celui de l'industrie. L'efficacité de son budget de fonctionnement sera posé en même temps que le problème des moyens. Son rôle, ses objectifs et sa compétitivité, par rapport aux administrations concurrentes, seront sur la table. L'architecture même du budget marocain devra être revue dans le sens d'une diminution des dépenses de fonctionnement, d'une plus grande solidarité sociale et d'une augmentation substantielle de la part consacrée à l'investissement, notamment dans les infrastructures".
Dans ce contexte, l'Etat est averti qu'il devra consentir d'autres efforts au niveau budgétaire, par exemple en allégeant la fiscalité sur l'énergie qui grève, en amont, la compétitivité des industries.
Sur l'énergie, sur la fiscalité, les terrains ou le crédit, l'Etat est attendu au tournant pour alléger le coût de facteurs. Il doit lever les contraintes administratives, arrêter la spéculation sur les terrains ici, accélérer la libéralisation là.

Les vieilles revendications du privé, maintes fois répétées, toujours entendues, jamais résolues, reviennent ici.
Dans ce débat, l'industrie affiche sa vocation "corporatiste", et défend ses intérêts, comme l'ont fait la pêche ou l'agriculture. "Mais nos intérêts ne sont pas contre l'intérêt général". Pourtant, la protection génère des rentes de situation. Elle est souvent à l'encontre des intérêts des consommateurs, qui préfèrent l'ouverture, la concurrence qui améliore la qualité et fait chuter les prix.
Longtemps frustré, le consommateur goûte à peine à ses premiers bienfaits.
"Mais avant d'être consommateur, il faut percevoir un revenu et donc produire", disent en choeur nos industriels, impliquant dans leur bataille leurs personnels et leurs clients.
En fait, chacun sait que la difficulté résidera là: il faudra comprimer des effectifs, alors que la législation l'interdit et qu'il n'y a pas de caisse de chômage pour les victimes du licenciement économique.
A l'inverse, la création d'emplois, par la restructuration et les perspectives du marché européen, n'est pas si sûre. L'Europe, en dépit de sa croissance ces 20 dernières années, a perdu des emplois plus qu'elle n'en a créé, a fortiori au Maroc.

L'industrie compte surtout sur le "fonds de restructuration" ou de mise à niveau pour entrer dans la concurrence. L'Europe a promis des fonds. Le montant pourrait être un pourcentage de la formation brute de capital fixe ou une compilation des secteurs. Mais aucun chiffre n'est encore avancé. Le Maroc demandera probablement un montant "politique", c'est-à-dire élevé, et le marchandage maroco-européen commencera. C'est désormais une vieille habitude.
Le montant fixé, il faudra trouver un organisme pour le distribuer. L'UE, de son côté, cherche à développer la "coopération décentralisée, vers les entreprises, les communes, les associations". Les 4,6 milliards d'Ecus réservés aux pays méditerranéens, dans le cadre de la politique qui devrait être consacrée par la conférence de Barcelone, ne devraient pas passer par les gouvernements. Aussi au Maroc, un organisme paritaire devrait-il gérer le fonds, suivant des procédures. Le tout est de déterminer les bénéficiaires.
Là encore, la réflexion n'est pas plus avancée.
"Ce ne devront pas être les grandes entreprises. Elles ont les moyens de se restructurer. Si elles ne le font pas, c'est qu'elles sont vraiment mal gérées, explique M. Abdelhak Mounir. Les PME devraient avoir la priorité surtout qu'elles sont les plus menacées avec leur main-d'oeuvre de surcroît".
Il ne plaide pas pour sa paroisse. Lui et les autres sont des patrons d'entreprises qui opèrent déjà à l'export.
Les industriels sont désintéressés, pour une fois qu'ils s'affichent corporatistes.

Public-privé: La manière de travailler

Les travaux sur la zone de libre-échange ont commencé l'année dernière avec le Ministère du Commerce et de l'Industrie, la Fédération de l'Industrie et les associations professionnelles telles que ces dernières existaient à cette époque.

Les travaux se font dans des commissions verticales, ainsi nommées parce qu'elle s'intéressent à un secteur précis et réunissent les associations professionnelles du secteur et la direction correspondante au Ministère.

Il y a aussi une commission horizontale, qui regroupe les différents secteurs avec le secrétaire général du Ministère, M. Abderrazzak Mossadeq, et les directeurs de départements.

C'est au titre de la commission horizontale que l'on retrouve du côté du privé les ténors, tels que MM. Abdellatif Bel Madani (président de la Fédération de l'industrie ancienne version, qui regroupait tous les secteurs industriels), Abderrahim Chaouki, Omar Amraoui, Avanzini, Abdelhamid Ayouche, Belrhandoria, Mostapha Bensahhou, Omar Berrada-Sounni, Michel Laugier, Paolo Citadini, Taya Benmlih, Abdelhak Mounir, Abderrahmane Atfi, Abdelhamid Bousta....

Entre-temps, les structures de la CGEM (Confédération Générale des Entreprises Marocaines) ont été profondément remaniées. Le Conseil National du Patronnat (CNP) qui devait clore ce processus s'est tenu en octobre dernier. Mais en attendant la mise sur pied de ces nouvelles structures, les travaux sur la zone de libre-échange ont continué, sur la base des compositions antérieures, pour assurer le suivi des dossiers.

Tout le monde gère avec prudence cet état de fait, où M. Bel Madani fait figure de plaque tournante, bien que la Fédération de l'industrie en tant que telle se soit scindée en plusieurs fédérations sectorielles.

On retrouve, au niveau des participants aux commissions MCI-privés sur la zone de libre-échange, les ténors des nouvelles fédérations, à l'exception du président de l'ancienne Fédération. Cette situation repose le problème de la représentativité, mais apparemment, chacun considère qu'assez de temps a déjà été perdu pour que l'on n'y ajoute pas des chicanes sur la composition des commissions. "Les invitations ou convocations se font par le Ministère", indique M. Abdellatif Bel Madani. Le Ministère explique qu'elles sont envoyées au Secrétariat de la CGEM, qui les dispatche auprès des personnes chargées des dossiers.
Khalid BELYAZID

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