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Les Etats-Unis vont-ils disparaître parce qu'ils sont trop puissants?
Dernière partie: Les jeux sont déjà largement faits
La thèse d'Emmanuel Todd

Par L'Economiste | Edition N°:1653 Le 02/12/2003 | Partager

. Résumé:L'élévation du niveau d'éducation de la planète, l'extension des systèmes démocratiques et la révolution démographique ont fondamentalement changé la face du monde. Ce sont des mouvements de fond qui remettent progressivement en cause l'acceptation de l'hégémonie américaine. Les Etats-Unis ont saisi l'occasion du terrorisme international pour asseoir cette hégémonie, mais cela ne durera pas, prophétise Emmanuel Todd.------------------------------------Les Etats-Unis n'ont pas réussi à contrôler les vraies puissances de leur temps: tenir le Japon et l'Europe dans le domaine industriel, casser la Russie dans le domaine du nucléaire militaire. L'Amérique a dû, pour mettre en scène un semblant d'empire, faire le choix d'une action militaire et diplomatique s'exerçant dans l'univers des non-puissances: «l'axe du mal» et le monde arabe, deux sphères dont l'intersection est l'Irak. L'action militaire, par son niveau d'intensité et de risque, se situe désormais quelque part entre la vraie guerre et le jeu vidéo. On met sous embargo des pays incapables de se défendre, on bombarde des armées insignifiantes. . Militarisme démonstratif, risque insignifiantOn prétend concevoir et produire des armements de plus en plus sophistiqués, ayant, justement, la précision de jeux vidéo, mais on applique en pratique, à des populations civiles désarmées, des bombardements lourds dignes de la Seconde Guerre mondiale. Le niveau de risque est presque insignifiant pour l'armée des États-Unis. Il n'est pas nul pour les populations civiles américaines puisque la domination asymétrique engendre, venant des zones dominées, des réactions terroristes dont la plus réussie a été celle du 11 septembre 2001. Ce militarisme démonstratif, censé prouver l'incapacité techno-militaire de tous les autres acteurs mondiaux, a fini par inquiéter les vraies puissances que sont l'Europe, le Japon et la Russie, et les pousse désormais à se rapprocher. C'est ici que le jeu américain se révèle le plus contre-productif. Les dirigeants des États-Unis ont cru que ce qu'ils risquaient était, au maximum, un rapprochement entre la Russie, puissance majeure, la Chine et l'Iran, puissances mineures, qui aurait eu pour effet de maintenir sous leur contrôle leurs protectorats européens et japonais. Mais ce qu'ils risquent effectivement, s'ils ne se calment pas, c'est un rapprochement entre une puissance nucléaire majeure, la Russie, et les deux puissances industrielles dominantes que sont l'Europe et le Japon.. Transition vers l'éducation et la démocratieDans la douleur d'une transition éducative et démographique qui s'achève, la planète tend vers la stabilité. Le tiers-monde, à travers ses poussées de fièvre idéologiques et religieuses, est en marche vers le développement et vers plus de démocratie. Aucune menace globale ne requiert une activité particulière des Etats-Unis pour la protection des libertés. Une seule menace de déséquilibre global pèse aujourd'hui sur la planète: l'Amérique elle-même qui, de protectrice, est devenue prédatrice. Alors même que son utilité politique et militaire cesse d'être évidente, elle s'aperçoit qu'elle ne peut plus se passer des biens produits par la planète. Mais le monde est trop vaste, trop peuplé, trop divers, trop traversé de forces incontrôlables. Aucune stratégie, si intelligente soit-elle, ne peut permettre à l'Amérique de transformer sa situation semi-impériale en empire de fait et de droit. Elle est trop faible, économiquement, militairement, idéologiquement. C'est pourquoi chaque mouvement destiné à raffermir sa prise sur le monde engendre des rétroactions négatives qui affaiblissent un peu plus sa posture stratégique.Pour qui s'intéresse aux modèles théoriques, l'action américaine est donc une merveilleuse occasion d'étudier l'inévitabilité des rétroactions négatives lorsqu'un acteur stratégique s'assigne un objectif qui n'est plus à sa mesure. Chaque pas américain tendant à assurer le contrôle de la planète aboutit à de nouveaux problèmes.Le jeu est lent, parce que chacune des puissances -et non seulement l'Amérique- présente plusieurs déficiences fondamentales. L'Europe est fragilisée par son manque d'unité et sa crise démographique, la Russie par son état d'affaissement économique et démographique, le Japon par son isolement et sa situation démographique. C'est pourquoi la partie d'échecs ne se terminera pas par un mat, symbolisant la victoire d'une seule puissance mais par un pat, formalisant l'incapacité de chacune à dominer. Ensemble, Europe, Russie et Japon représentent plus de deux fois et demie la puissance américaine. L'activisme étrange des États-Unis dans le monde musulman pousse sans cesse les trois puissances du Nord dans la voie d'un rapprochement à long terme.L'Amérique actuelle épuise son énergie dans sa “lutte contre le terrorisme”, ersatz de lutte pour le maintien d'une hégémonie qui n'existe déjà plus. Si elle s'obstine à vouloir démontrer sa toute-puissance, elle n'aboutira qu'à révéler au monde son impuissance.


L'euro change tout

Avant l'euro, l'Amérique pouvait compter, quoi qu'elle fît, sur un phénomène d'asymétrie. Les variations du dollar agissaient sur l'ensemble du monde. Celles des petites monnaies se compensaient et n'avaient pas d'effet sur les Etats-Unis. Ceux-ci vivent désormais sous la menace de mouvements globaux unidirectionnels. Exemple: la chute de l'euro de sa création à février 2002. Ce processus ni voulu ni anticipé a certes correspondu à une fuite de capitaux vers les Etats-Unis; mais il a eu pour effet de faire baisser tous les prix européens de 25%. L'euro a de fait mis en place une barrière tarifaire. Protester ensuite contre l'élévation des droits de douane américains sur les produits sidérurgiques relève, de la part des Européens, d'une certaine mauvaise foi. Pis, cela révèle une non-conscience de leur puissance effective. Les maîtres protestent comme s'ils étaient des serviteurs. La remontée de l'euro peut symétriquement favoriser à long terme l'industrie américaine, mais assécher en contrepartie l'approvisionnement en capital financier des États-Unis, brutalement, à très court terme.L'existence de l'euro conduira à plus de concertation économique entre nations européennes et à l'émergence vraisemblable d'une politique budgétaire commune, formes inédites. Si ce processus n'aboutit pas, l'euro disparaîtra. Mais les Européens doivent savoir que l'émergence d'une politique budgétaire à l'échelle du continent aura des effets macroéconomiques planétaires et brisera de fait le monopole américain de la régulation conjoncturelle. Si les Européens commencent à faire des politiques de relance globales, ils annihileront du même coup le seul service réel des États-Unis au monde, le soutien keynésien de la demande. Si l'Europe devient un pôle autonome de régulation keynésienne, ce qui est souhaitable, elle casse de fait le système américain.. Le pétrole, une erreur à ne pas commettreLe contrôle des champs pétroliers du Golfe persique ou d'Asie centrale se présente comme l'objectif rationnel de l'action américaine dans la sphère des pays faibles. Il n'est rationnel qu'en apparence puisque la dépendance américaine est désormais universelle, et non simplement pétrolière. Mais c'est justement ici que l'action des États-Unis produit les rétroactions négatives les plus frappantes. L'inquiétude et l'agitation entretenues par les Américains dans le Golfe, leur volonté manifeste de contrôler les ressources en énergie des Européens et des Japonais ne peuvent que conduire les protectorats à considérer, de plus en plus, la Russie, redevenue deuxième producteur de pétrole mondial, et qui reste le premier producteur de gaz naturel, comme un partenaire nécessaire. La Russie, quant à elle, se trouve bénéficier d'un soutien de fait au cours du pétrole, dopé à intervalle régulier par la fébrilité américaine au Proche-Orient, don gracieux dont elle ne peut que se féliciter. L'agitation et l'incertitude entretenues par la diplomatie américaine n'aboutissent qu'à augmenter la rentrée en Russie de devises gagnées par l'exportation de pétrole. . La marche stratégique américaineDeux empires bien réels étaient face à face, durant la moitié du XXe siècle. Ils ont façonné notre monde et souvent notre manière de penser. L'un, l'empire soviétique, s'est écroulé. L'autre, l'Américain, était également engagé dans un processus de décomposition. La chute brutale du communisme a néanmoins engendré l'illusion d'une montée en puissance absolue des États-Unis. Après l'effondrement soviétique puis russe, l'Amérique a cru pouvoir étendre son hégémonie à l'ensemble de la planète, alors même que son contrôle sur sa propre sphère était déjà en train de faiblir.Pour atteindre une hégémonie planétaire stable, deux conditions auraient été nécessaires, dans le champ des rapports de force réels: d'abord maintenir une emprise intacte sur les protectorats européens et japonais qui constituent désormais les pôles de force économique réels, l'économie réelle se définissant par la production plutôt que la consommation.Abattre définitivement la puissance stratégique russe: obtenir une totale désintégration de l'ex-sphère soviétique et une disparition complète de l'équilibre de la terreur nucléaire, laissant les Etats-Unis seuls capables de frapper, de manière unilatérale et sans risque d'entraîner les moindres représailles, n'importe quel pays du monde.Ni l'un ni l'autre de ces deux objectifs n'a été atteint.

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