×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

Le pèlerinage printanier aux Sept Saints Regraga
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3253 Le 13/04/2010 | Partager

Comment initier les citadins envoûtés par les mythologies modernes, à toute la subtilité de l’âme rurale, échappant l’espace d’un instant aux préoccupations quotidiennes, pour plonger dans une magie intemporelle!Chaque année, selon une tradition immuable, s’effectue à l’équinoxe de printemps, dans l’arrière-pays d’Essaouira, une tournée printanière de quarante étapes en quarante-quatre jours: c’est le pèlerinage circulaire des Regraga, appelé «Daour», aux sanctuaires des Sept Saints.D’aucuns choisiront de débuter ce périple avec l’avènement de l’Islam. D’autres moins portés par la lecture conventionnelle de l’histoire remonteront jusqu’à la nuit des temps, à la fois pour indiquer que cette région n’était pas terra nullus en matière religieuse et pour marquer cette insertion dans l’ordre cosmique et la connexion entretenue avec les lois de l’univers. Car dans le monde cyclique des Regraga, il n’existe ni de début ni de fin, mais un éternel retour: alternance perpétuelle de la nuit et du jour, du rythme des saisons, de la mort et de la résurrection de la végétation dont dépend la vie des Hommes…Mais d’abord, qui sont ces Regraga, moines-guerriers et mendiants célestes dont on quêtait si ardemment la baraka? Formant une tribu d’origine berbère Masmouda, les Regraga possédaient un vaste territoire englobant, selon Mohamed Mokhtar Soussi, les deux rives de Oued Tensift à son embouchure sur l’Atlantique jusqu’à Oued Chichaoua, ainsi que Haha, Chiadma, le Souss et le Sahara jusqu’à Seguia Hamra. Un territoire limité aujourd’hui à leur zaouïa du mont Hadid au nord-est d’Essaouira, ainsi qu’à une petite tribu chez les Chiadma.Dits initialement en amazigh «Iyragrāgn» (au singulier Argrāg, probablement du verbe Arg, signifiant bénir) leur histoire est entretenue par une tradition vivace, consignée dans leur légende dorée nommée «L’Ifriqiya». Professant depuis toujours la foi monothéiste abrahamique, les Regraga étaient, selon les récits anciens, des Apôtres (Hawâriyyûn), adeptes de Jésus (Sidna Aïssa) par l’intermédiaire de Sidi Yahya (Saint Jean-Baptiste). Dans son magistral ouvrage dédié aux Regraga, le sociologue Abdelkader Mana avait relevé à ce titre des rites et des chants rappelant étrangement l’épisode biblique de la Table servie.Professant une croyance proche de l’arianisme dans sa proclamation de la transcendance divine, les Regraga auraient été persécutés par l’Eglise orthodoxe, en la personne de leurs ancêtres Artoun, Ardoun, Amijji et Alqma, lesquels fuyant par voie de mer, auraient accosté sur les rivages de Oued Tensift, à Kouz où ils fondent un lieu de prières, appelé Timzkden n’houren (La Mosquée des apôtres). De leur filiation seraient issus nos sept hommes dont les descendants et adeptes sont les fondateurs de célèbres zaouïas. Ce sont Sidi Ouasmine sultan des Regraga, enterré au sommet de Jbel Hadid; Sidi Boubker Chemmas enterré à la zaouïa d’Aqermoud; son fils, Sidi Saleh ben Boubker; Sidi Abd-Allah Adnas; Sidi Aïssa, surnommé Bou Khabia (l’homme à la gargoulette) enterré sur la rive de Oued Tensift; Sidi Saïd ben Yebqa, enterré à Tamazat et Sidi Yaâla ben Moslin enterré au Ribat Chakir, haut lieu d’enseignement et de mysticisme. Contemporains de l’avènement de l’Islam, les Sept Hommes auraient quitté leur Haha natal pour se rendre en Arabie à la rencontre de l’élu de Dieu dont ils attendaient la prophétie. L’anecdote renvoie d’ailleurs leur nom au verbe arabe «Rajraja», dans le sens de bredouiller, conformément au mot que la fille du Prophète Lalla Fatima-Zahra aurait employé pour décrire la particularité de leur langue. Islamisés en Arabie, ils seraient de ce fait des Compagnons (Sahaba), premiers introducteurs de l’Islam au Maroc, avant les troupes du conquérant Oqba Ibn Nafiî, bien que cette thèse soit mise en doute par les ouléma de Fès du XVIIe siècle.En tant que moines-guerriers, adeptes de l’orthodoxie, les Regraga s’illustrent du VIIIe au XIIe siècle par leur lutte contre les hérétiques Berghouata de la Tamesna qui résidaient entre les deux fleuves-frontières Oum-Rebiî et Bou-Regreg auquel les Regraga auraient laissé leur nom. On leur doit également l’introduction du rite juridique chadilite au Maroc par l’intermédiaire de l’Imam Abou Zaïd Ou-Ilias Regragui (m. 1314) suite à ses vingt années de séjour en Orient. C’est à travers lui que le chadilisme est passé au Cheikh Sidi Saïd Retnani, maître d’Abou Abd-Allah Amghar, maître d’El-Jazouli qui est le fondateur au XVIe siècle de la célèbre confrérie portant son nom avec ses innombrables ramifications. Dans la mouvance de la Jazouliya, fer de lance de la guerre sainte, les Regragra se démarquent par leurs combats contre les occupants portugais en fournissant une armée valeureuse de Moujahidine.Autant de raisons pour imposer l’aura des Regraga dont le Daour est interprétée comme une reproduction de la tournée des moines-guerriers afin de s’assurer que les tribus n’ont pas apostasié, même si la symbolique profonde semble autrement plus complexe. «Sur le sillage de leur trajectoire, précise Abdelkader Mana, les Regraga dessinent sur l’espace géographique des Chiadma deux énormes roues qui semblent reproduire une constellation cosmique sur la terre. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’une des tribus s’appelle justement Njoum: les étoiles». Ajoutons à cela que l’une des particularités majeures des Regraga reste leur rôle fécondateur symbolisé durant le Daour par la tente sacrée (Khaïma rouge) habitée par l’esprit des Saint Hommes, dispensant la baraka le long du parcours et par la ‘Aroussa, fiancée de l’eau qui ouvre cette errance printanière par un vœu de renaissance.Des rites qui ne sont pas sans rappeler le pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants d’Ephèse en Turquie ou le Tour de Bretagne autour des Sept Saints évangélisateurs de l’Armorique, tissant au-delà des spécificités culturelles et religieuses des uns et des autres, des liens magiques entre les Hommes.

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc