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Economie

Le Maroc, entre perceptions et réalitésPar le Pr Fouad Zaïm, conseiller auprès du Premier ministre

Par L'Economiste | Edition N°:1037 Le 13/06/2001 | Partager

Les lecteurs de L'Economiste et de la presse économique en général, dont je suis un, ont eu droit, ces dernières semaines, à un tir nourri d'articles sur la situation économique et sociale qui, pour l'essentiel, tendent à accréditer l'idée que si “les finances vont bien, le Maroc va mal” ou encore que “le pays est de moins en moins attractif aux investissements directs étrangers”.Quelques-uns de ces articles se sont fondés sur le Rapport Charasse, destiné au Sénat français dont la finalité, soit dit en passant, était moins d'établir l'état des lieux de la situation économique et sociale des pays du Maghreb que d'évaluer l'impact de la coopération française avec ces pays dans l'objectif de sa rénovation.. Le Maroc, pays moins avancé ou pays à revenu intermédiaire?Le préambule du rapport consacré au Maroc, quatre pages en tout et pour tout, sur la base desquelles beaucoup ont glosé sur “le Maroc, pays plus proche d'un pays moins avancé d'Afrique subsaharienne que d'un pays à revenu intermédiaire” appelait pourtant à un maximum de réserve. L'auteur admet en effet lui-même, d'emblée, que l'impression que lui laisse une mission très courte et limitée pour l'essentiel à Rabat, avec l'ex-ministre du Budget de François Mitterand, sympathique et gouailleur, ne passe pas pour un fin spécialiste des réalités maghrébines, encore moins marocaines.Une impression, une somme d'impressions, rédigées au pas de charge, bâties sur des données inexactes ou dépassées, témoignent pour le moins d'une légèreté dans la collecte de l'information et que nombre de journalistes, de L'Economiste et d'ailleurs, prompts à prendre pour argent comptant tout ce qui nous vient d'au-delà de la Méditerranée, ont répercuté avec un allant et une assurance pour le moins douteux. Voilà pour l'essentiel ce qu'est le Rapport Charasse dans sa brève partie “appréciation globale de la situation du pays”. Jugeons-on et commençons pour cela par les données sociales et humaines. Celles qui déterminent le rang d'un pays dans l'échelle des indicateurs de développement humain et qui fondent les “impressions” du rapport.C'est ainsi que la population rurale marocaine ayant accès à l'eau potable n'est plus, depuis longtemps fort heureusement, de 14%, mais de 43% grâce au renforcement, notamment par un effort budgétaire additionnel, du PAGER. D'un autre côté, la population des ménages ruraux ayant accès à l'électricité n'est plus de 18%, mais est aujourd'hui de 47% grâce à la dynamisation du PERG.Les données avancées par Michel Charasse datent en fait de ....1994, avant même le lancement du PAGER et du PERG. Les données actuelles, qui témoignent d'une accélération remarquable de ces deux programmes vitaux pour le monde rural peuvent aisément être vérifiées. Elles auraient pu et dû l'être par l'auteur du rapport, notamment auprès de l'Agence Française de Développement qui appuie depuis longtemps la réalisation de ces programmes.En fait, il n'y a pas un seul chiffre dans le préambule du Rapport Charasse consacré au Maroc, jusqu'à celui sur la superficie du pays -qui est de 710.850 km2 et non de 659.000 km2- qui ne soit erroné.Le taux d'accroissement de la population n'est, en effet plus, depuis longtemps, de 2,8%, mais de 1,7%. Le taux d'analphabétisme, selon l'enquête nationale sur le niveau de vie des ménages de 1998-99, n'est pas de 52%, mais de 48,3% et en milieu rural de 66,9%, non pas de 75%. Et surtout le taux de mortalité infantile n'est certes pas de 52 pour cent (sic) mais de 36,6 pour mille selon l'enquête “Pap-Child” de 1997.Par ailleurs, le taux de chômage en 1999, année de référence du rapport, n'était pas de 19% au niveau national, mais de 14,5% et 22,9 en zone urbaine, non de 25%. Ces chiffres sont passés respectivement à 13,7 et 21,5% au quatrième trimestre 2000.Il n'ya a pas lieu naturellement, ici, de se targuer de chiffres qui sont le reflet de déficits sociaux encore criants et d'inégalités sociales et spatiales toujours inacceptables, accumulées quatre décennies durant. Mais est-ce une raison pour ne pas reconnaître les progrès réels accomplis au cours des dernières années.Alors le Maroc, pays moins avancé, en 1994, peut-être, mais sans doute pas en 2001. Sur le plan macro-économique, les données avancées par le rapport ne sont pas moins approximatives. C'est ainsi que la dette publique externe n'est pas de 19 milliards de dollars en 1999, mais de 17,5 milliards. Ce chiffre est passé depuis à moins de 16 milliards. Par ailleurs, le taux d'inflation en 1999 n'a pas été de 2,9%, mais de 0,7%.D'un autre côté, durant la décennie 90, au cours de laquelle il y eu 6 années de sécheresse, 1998 n'a pas été la seule année qui ait connu une croissance du PIB supérieure à 3%, mais en réalité quatre années, à savoir: 1991, 6,9%; 1994, 10,4%; 1996, 12,2% et 1998, 6,8%. En 2001, il est prévu une croissance du PIB supérieure à 7%.. Le Maroc plus attractif qu'il ne l'a jamais étéEn fait, le plus intéressant dans le rapport en question est sans doute moins le diagnostic sur la situation socio-économique du Maroc que l'évaluation de la coopération franco-marocaine. Et sur ce plan-là, une partie de l'analyse est sans doute utile. Mais les deux pays n'ont pas attendu le Rapport Charasse pour en appeler à une rénovation de leur coopération, dans le sens d'une hiérarchisation des besoins et priorités, d'un meilleur ciblage des projets et actions et d'une optimisation des mécanismes et instruments, conscients qu'ils sont des aspects positifs de cette coopération, mais également de ses limites, au point qu'un rapport sur la rénovation de la coopération bilatérale a été élaboré et examiné lors de la quatrième réunion des chefs de gouvernement qui s'est tenue à Paris le 3 mai dernier.Il en a résulté, d'ores et déjà, l'amorce d'un recentrage de la coopération franco-marocaine en direction de deux axes essentiels: le développement social et humain durable, c'est-à-dire essentiellement les domaines sociaux -santé, éducation de base et infrastructures sociales- et le renforcement de la compétitivité globale de l'économie marocaine.“IDE, le Maroc de moins en moins attractif”, tel est l'intitulé d'un autre article plus récent de L'Economiste. Un intitulé insoutenable tant sur le plan de la simple déontologie journalistique que sur le fond.D'abord, parce que l'auteur, ne faisant que reproduire, à sa manière plutôt singulière, une note de la Direction des Investissements Extérieurs, se contredit dès le premier paragraphe: “Sur le plan des résultats, peut-on lire, l'année 2000 a été favorable pour les investissements directs étrangers, malgré une conjoncture moins porteuse”. Mais aussi parce que la Direction des Investissements extérieurs n'a, à aucun moment dans ladite note, déploré le manque d'attractivité pour l'investissement au Maroc mais plutôt identifié -c'est sont rôle- les pistes permettant d'accroître une telle attractivité. Ensuite, parce que les données de l'Office des Changes -on devrait le savoir depuis longtemps à L'Economiste- traitent non pas des IDE, mais des “investissements et prêts privés étrangers”, qui conjuguent trois types d'investissements étrangers: les IDE, les investissements de portefeuille et les prêts et avances en compte courant d'associés. L'intitulé est donc, à ce titre, doublement trompeur.En fait, il l'est triplement. L'année 2000 a été à tous points de vue exceptionnelle sur le plan des investissements étrangers: 12,3 milliards de DH. D'autant plus qu'elle ne comportait aucune opération remarquable. Et si baisse de 33% il y a, par rapport à 1999, c'est naturellement dû à la part de la deuxième ligne GSM dans les investissements étrangers en 1999. Le Maroc, un pays moins attractif aux investissements étrangers. Allons donc. Au cours des 39 derniers mois, le pays a reçu un volume sans précédant d'investissements étrangers, de l'ordre de 62 milliards de DH (5,4 milliards en 1998; 18,5 en 1999; 12,3 en 2000 et 25,6 durant les trois premiers mois de 2001), lesquels, même si l'on s'évertue à exclure les opérations remarquables qu'ont été l'octroi de la deuxième ligne de téléphonie mobile et l'ouverture du capital d'IAM, laissent une moyenne annuelle supérieure à 8 milliards de DH, de très loin plus élevée que la moyenne des années 1993-97. Sur les 62 milliards de DH, 65% représentent des investissements directs, 33% des prêts et avances en compte courant d'associés et 2% des investissements de portefeuille.Au cours des derniers mois, les groupes étrangers ayant choisi d'investir ou d'étendre leurs investissements dans notre pays sont légion: dans les télécommunications (Médi Telecom, Vivendi), les matériaux de construction (Simpor, Lafarge-Maroc, Holcim-Holderbank), l'industrie (Siemens-Nixdorf, Wolkswagen, St-Microelectronics, Yazaki), la pharmacie (Laboratoire Pfizer), la distribution et l'alimentation (Auchan, Supersol, Kraft Food International), les produits d'hygiène (Procter and Gamble) et surtout dans le tourisme (Accor, Fram, Oberoi, Movempick, Club Med, Sol Melia, Neckerman, Britannic Hotels, Virgin Hotels, Groupe LIWA, PRI...), sans parler de la multiplication des franchises dans de nombreux secteurs d'activité.Alors le Maroc, de moins en moins attractif aux investissements étrangers. Certes pas en 1999, ni en 2000, encore moins en 2001, année au cours de laquelle notre pays franchira sans doute, pour la première fois dans son histoire, la barre des 3 milliards de dollars (fin mars, nous étions déjà à 25.660 millions de DH).Mais il restera, en termes de perception et d'image, des articles et surtout des intitulés malencontreux, approximatifs et légers, peu dignes d'une presse que chacun voudrait plus professionnelle.


NDLR: Le coiffeur et le minaret

Le conseiller-professeur aurait dû se méfier avant de partir bille en tête pourfendre la presse indépendante en général et L'Economiste en particulier. Au lieu d'écouter sans discernement les sirènes politiciennes qui l'ont poussé, il aurait dû exiger qu'on lui remette réellement le fameux rapport au lieu des quelques extraits choisis pour le tromper. En effet, à lire les commentaires qu'il en tire, il est impossible de croire que le Pr Zaïm ait eu le rapport entier entre les mains. S'il l'avait eu, il se serait forcément aperçu que le Sénat français avait confié à un bureau le travail d'investigation et que ce n'est pas M. Charasse qui a fait le travail tout seul. Il aurait lu que ce rapport fait suite aux interrogations du principal bailleur d'aide du Maroc sur l'efficacité de cette aide. Il aurait pu se rendre compte que les autres partenaires de la France commencent à lui reprocher de verser beaucoup d'argent dans le sable et que cela ne peut pas durer. Il aurait vu aussi que plusieurs personnalités marocaines y sont citées, y compris Oualalou. Il aurait vu encore que les appréciations ne se bornent pas du tout aux quatre pages du préambule, mais sont aussi réparties à travers l'ensemble des 139 pages, y compris à l'occasion de comparaisons entre les trois pays du Maghreb. Il aurait vu que le Rapport Charasse a été discuté en novembre de l'année dernière au Sénat français, soit plusieurs mois avant le voyage de Youssoufi à Paris. Il se serait aperçu que le rapport contient aussi les réponses du Ministère des Affaires étrangères français aux critiques que lui adresse le Sénat et que dans ces réponses, il y a aussi beaucoup de critiques à l'endroit de la politique marocaine... Ces méconnaissances mises à part et dont le Pr Zaïm n'est sans doute pas responsable, il faut quand même en revenir au fond des choses, au lieu d'essayer de faire croire à un simple débat de statistiques. Des personnalités marocaines ont reçu les enquêteurs en juillet 2000, le Sénat français en a discuté, le gouvernement français a pris acte des critiques et a officiellement retenu bon nombre d'entre elles. Pendant tout ce temps, où était le gouvernement marocain qui savait pourtant parfaitement quels étaient les enjeux politiques et financiers du rapport? Les ministres marocains comme la plupart de leurs conseillers connaissaient l'existence de ce brûlot dont les conséquences les plus sérieuses sont encore à venir. Qu'ont-ils fait pour rectifier ce que le conseiller Zaïm considère comme devant être rectifié? Rien. Ils ont attendu que cela soit révélé aux Marocains pour envoyer le conseiller et sa fougue pas encore aussi connue que la «gouaille» de Charasse, pour... vilipender la presse indépendante. Le minaret tombe... qu'on amène le coiffeur!

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