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Culture

Le choc des civilisations: peut-on reconstruire le monde?
Quatorzième partie: Les quatre valeurs montantes en Asie

Par L'Economiste | Edition N°:1334 Le 16/08/2002 | Partager

. RésuméNous avons vu comment l'Asie a commencé à peser lourd dans l'équilibre mondial. Elle est entrée dans la deuxième moitié du XXe siècle dans une phase de reconquête économique avec les taux de croissance les plus rapides du monde. Pour ce faire, elle a largement emprunté les outils de la modernisation à la civilisation occidentale et elle se trouve en ce moment dans une phase de résilience de ses identités. Le phénomène est assez puissant maintenant pour que sa modernisation se nourrisse de ses identités.Outre sa puissance démographique, l'Asie a ceci de particulier qu'y coexistent cinq des grandes civilisations mondiales: chinoise, japonaise, islamique, hindoue et bouddhiste. Les pays qui réussissent leur envol économique ont développé un ensemble d'attitudes culturelles à quatre composantes majeures. - Premièrement, «les Asiatiques y croient« Ils ont confiance dans le fait que l'Extrême-Orient connaîtra un développement économique rapide, dépassera l'Occident par son produit économique et sera donc de plus en plus puissant dans les affaires internationales par rapport à l'Occident. La croissance économique déjà acquise stimule dans les sociétés asiatiques le sentiment de puissance et favorise l'affirmation de leur aptitude à se dresser contre l'Occident. “L'époque durant laquelle, lorsque les Etats-Unis éternuaient, l'Asie prenait froid, est finie”, a déclaré en 1993 un journaliste japonais important. Un responsable malaisien a repris la métaphore médicale en disant que “même une grosse fièvre en Amérique ne donnera plus le rhume à l'Asie”. Les Asiatiques, selon un autre dirigeant d'Asie, “sortent de leur état de soumission vis-à-vis des Etats-Unis et vont désormais pouvoir répondre”. “La prospérité de plus en plus grande en Asie, a affirmé un Premier ministre malaisien, signifie qu'elle est désormais en situation d'offrir une alternative sérieuse à l'ordre mondial politique, social et économique dominant«. Cela signifie aussi, soutiennent les Extrême-Orientaux, que l'Occident perd rapidement sa capacité à pousser les sociétés asiatiques à se conformer aux normes occidentales en matière de droits de l'homme et dans d'autres domaines de valeurs.- Deuxièmement, les Asiatiques s'appuient sur leurs culturesIls croient que leur réussite économique est en grande partie un produit de la culture asiatique, ou des cultures asiatiques. Ils les voient comme supérieures à celle de l'Occident, culturellement et socialement décadent. Durant les beaux jours des années 80, lorsque l'économie, les exportations, la balance commerciale et les réserves de devises japonaises connaissaient un boom, les Japonais, comme les Saoudiens avant eux, sont fiers de leur puissance économique nouvelle. Ils évoquaient avec un certain mépris le déclin de l'Occident et attribuaient leur succès ainsi que les échecs de l'Occident à la supériorité de leur culture et à la décadence de la culture occidentale. Au début des années 90, le triomphalisme asiatique s'est exprimé de manière moins agressive mais nettement plus efficace. On peut le résumer avec “l'offensive culturelle de Singapour”. Les dirigeants de Singapour ont proclamé la montée de l'Asie dans les relations avec l'Occident et ils ont opposé les vertus de la culture asiatique, fondamentalement confucéenne, qui seraient responsa- bles de sa réussite: l'ordre, la discipline, la responsabilité familiale, le goût du travail, le collectivisme et la sobriété. Ils ont opposé cette culture à la complaisance, la paresse, l'individualisme, la violence, la sous-éducation, le manque de respect pour l'autorité et “l'ossification mentale” qui seraient responsables du déclin de l'Occident et le non-développement des autres civilisations. Pour parvenir au niveau d'organisation de l'Asie, soutenaient-ils, les autres civilisations, à commencer par les Occidentaux, “doivent remettre en question leurs présupposés en matière sociale et politique et, ce faisant, apprendre des sociétés extrême-orientales”.Pour ses habitants, la réussite de l'Extrême-Orient est en particulier le résultat de l'importance culturelle accordée en Extrême-Orient à la collectivité plutôt qu'à l'individu. Les valeurs et les pratiques plus communautaires des Extrême-Orientaux (Japonais, Coréens, Taïwanais, Hong kongais et Singapouriens) ont à l'évidence beaucoup contribué au décollage. Les valeurs que défend la culture extrême-orientale, comme la primauté des intérêts du groupe sur ceux de l'individu, favorisent l'effort de tout le groupe pour se développer rapidement. De même se comparent-ils entre eux: l'éthique du travail des Japonais et des Coréens est donnée en exemple aux Malaisiens par leur propre gouvernement qui y souligne la discipline, la loyauté et la diligence. «Cette éthique du travail est issue de la philosophie selon laquelle le groupe et le pays sont plus importants que l'individu”, répètent inlassablement les élites asiatiques.- Troisièmement, les Asiatiques soulignent leur communauté Même s'ils reconnaissent les différences entre sociétés et civilisations asiatiques, les Extrême-Orientaux soutiennent qu'il existe aussi des points communs significatifs. Parmi eux, on trouve en particulier, selon un dissident chinois, “le système de valeurs confucéen, consacré par l'histoire et partagé par la plupart des pays de la région”, surtout l'importance accordée à l'autorité, à la famille, au travail et à la discipline. Tout aussi important est le rejet commun de l'individualisme et la primauté de l'autoritarisme doux avec des formes très limitées de démocratie. Les sociétés asiatiques trouvent un intérêt commun à défendre vis-à-vis de l'Occident ces valeurs particulières et à promouvoir leurs propres intérêts économiques. Selon elles, cela requiert le développement de nouvelles formes de coopération intra-asiatiques, telles que l'extension de l'ANSEA et la création de l'EAEC. L'intérêt économique immédiat des sociétés extrême-orientales est de préserver leur accès aux marchés occidentaux. Mais à long terme, le régionalisme prévaudra, de sorte que l'Extrême-Orient doit de plus en plus favoriser le commerce et les investissements intra-asiatiques. En particulier, le Japon, en tant que chef de file du développement asiatique, abandonnera certainement (il a déjà commencé) sa politique traditionnelle de “dé-asiatisation et de pro-occidentalisation” pour entrer dans la voie de la “ré-asiatisation” ou encore, plus généralement, pour promouvoir “l'asiatisation de l'Asie”, comme l'ont choisi les responsables singapouriens.- Quatrièmement, le développement de l'Asie et les valeurs asiatiques fondent un modèle Les Asiatiques font la promotion de leur modèle auprès des autres sociétés non occidentales comme un moyen de s'affirmer par rapport à l'Occident. “Le modèle de développement anglo-saxon, considéré ces quarante dernières années comme le meilleur moyen de moderniser l'économie des pays en voie de développement et de construire un système politique viable, ne marche pas”, pensent-ils. Le modèle extrême-oriental se fait une place, à mesure que, du Mexique au Chili et de l'Iran à la Turquie, en passant par les ex-républiques soviétiques, on tente de tirer les leçons de sa réussite, tout comme les générations précédentes avaient tenté d'apprendre de la réussite occidentale. L'Asie doit transmettre au reste du monde les valeurs asiatiques qui sont d'intérêt universel (...).


Mondialiser l'Asie

LA transmission de cet idéal signifie l'exportation du système social asiatique, extrême-oriental en particulier. Le Japon et les autres pays d'Asie commencent à se sentir un devoir de promouvoir “un globalisme pacifique”, “mondialiser l'Asie” et donc “influencer de manière significative le nouvel ordre mondial”.Les civilisations puissantes sont universelles; les civilisations faibles sont particularistes. La confiance en soi grandissante de l'Extrême-Orient a fait émerger un universalisme asiatique comparable à celui qui était caractéristique de l'Occident. “Les valeurs asiatiques sont des valeurs universelles. Les valeurs européennes sont des valeurs européennes”, avait déclaré le Premier ministre asiatique aux chefs de gouvernement européens en 1996. Qui plus est, une sorte «d'occidentalisme” asiatique dépeint l'Occident de la même façon, uniforme et négative, que l'orientalisme occidentaliste avait, naguère, de présenter l'Orient. Pour les Extrême-Orientaux, la prospérité économique est une preuve de supériorité morale.

Ainsi va le monde…

Si l'Inde (bientôt un milliard d'habitants) supplante un jour l'Extrême-Orient comme la zone connaissant le développement le plus rapide au monde, on débattra de la supériorité de la culture hindoue, de la contribution du système des castes au développement économique et du fait que c'est en retournant à ses racines et en abandonnant l'héritage occidental moribond laissé par l'impérialisme britannique que l'Inde a finalement réussi à trouver sa place parmi les civilisations majeures. L'affirmation culturelle suit la réussite matérielle et la nourrit; la puissance dure engendre la puissance douce.

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