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La grande bataille de l'eau: Des enjeux pour le Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:1427 Le 31/12/2002 | Partager

Au Maroc, dont le développement repose sur l'agriculture, l'eau est un facteur essentiel dans l'économie nationale. Aussi, est-il tout à fait normal de s'en préoccuper au plus haut degré.En 1980, la consommation globale de l'eau(1) a été estimée à environ huit milliards de mètres cubes (8 milliards de m3 par an), dont l'agriculture consomme à elle seule 7,3 milliards de m3 et le reste, soit 700 millions de m3, revient à l'industrie et aux ménages.L'eau fournit actuellement 35% de l'énergie électrique totale; ce qui fait ainsi économiser à l'Etat plus de 400 millions de dirhams correspondant au coût de plus de 450 mille tonnes de fuel(2).Les projections de consommation pour l'an 2010 tablent sur 12 milliards de m3 par an pour l'agriculture en vue d'assurer l'irrigation de plus de 1,2 million d'hectares.En ce qui concerne la consommation industrielle et des ménages, elle dépasse vraisemblablement les deux milliards de m3 par an. Ceci d'une part.D'autre part et à titre comparatif, il est utile, face à la prévision de la consommation, d'avoir une idée sur les ressources potentielles du pays.Les précipitations apportent annuellement un volume évalué à 150 milliards de m3, dont 80% s'évaporent et 20% ruissellent et s'infiltrent. Seuls donc 30 milliards de m3 peuvent être considérés comme constituant le potentiel des ressources en eau nationales. Elles se répartissent en:- 22,5 milliards de m3 d'eaux de surface, - 7,5 milliards de m3 d'eaux souterraines. Comme nous l'avons évoqué ci-avant, ces ressources se concentrent dans le nord et le nord-ouest du pays(3).Sur la base des technologies maîtrisées et les conditions économiques actuelles, il semble que sur les 30 milliards de m3 de ressources potentielles, seuls 21 milliards de m3 peuvent vraisemblablement être mobilisés, dont 16 milliards de m3 pour les eaux de surface et 5 milliards pour les eaux souterraines(4). En 1980, les ressources réellement mobilisées étaient estimées à 10 milliards de m3 environ, dont 7,5 milliards d'eaux de surface et 2,5 milliards d'eaux souterraines.Partant de cette situation, il est projeté de mobiliser en l'an 2010 environ 14,5 milliards de m3 (10 en eaux de surface et 4,5 en eaux souterraines), soit 90 % des eaux souterraines potentielles et 60 % des eaux de surface potentielles.Si en 1980, le disponible des ressources potentielles s'élève à 10 milliards de m3 et la consommation globale à 8 milliards, soit un écart positif de 2 milliards de m3, en l'an 2000, le disponible des ressources potentielles ne sera, dans le meilleur des cas, que de 14,5 milliards de m3 et la consommation atteindra vraisemblablement 14,3 milliards de m3, soit seulement un écart positif de 0,2 milliard de m3.L'écart, comme on peut le constater, se rétrécit très sensiblement et risque, si d'autres mesures n'interviennent pas entre temps, d'être négatif et c'est là où réside tout le drame d'un Maroc qui aura besoin d'eau pour développer son agriculture et faire face à la pression démographique.Actuellement, au Maroc, les superficies agricoles utiles irriguées couvrent moins d'un million d'hectares. Ce chiffre devra être dépassé dans moins de vingt ans si les objectifs tracés à la politique d'irrigation sont réalisés dans les échéances prévues, à savoir, en l'occurrence, la construction d'un barrage par an à partir de 1987 jusqu'en l'an 2000.Il est indubitable que les besoins en eau du pays en général et de l'agriculture en particulier ne cessent de croître à un rythme très rapide. Par ailleurs, le régime pluvial est aléatoire et irrégulier.Aussi faut-il agir pour essayer de mobiliser les potentialités du pays pour en exploiter le maximum au profit de l'agriculture, sachant notamment que les quatre cinquièmes de la superficie nationale se trouvent dans les zones arides ou semi-arides, dans lesquelles la production agricole ne saurait s'intensifier ou se stabiliser sans un minimum d'apports en eau d'irrigation.Ces apports sont d'autant plus nécessaires que les aléas climatiques, qui caractérisent principalement ces régions, provoquent d'inquiétantes fluctuations des récoltes d'une année à l'autre. Aussi l'irrigation est-elle de nature à atténuer ces fluctuations, à garantir un revenu stable à l'agriculteur et à assurer la nourriture à la population, dont le taux d'accroissement est l'un des plus forts du monde.C'est pour toutes ces raisons que le Maroc, dès l'aube de son indépendance, a cru devoir engager la bataille de l'eau. Cette bataille consiste à maîtriser le maximum des ressources potentielles en eau pour les mettre au service de l'économie nationale. Pour ce faire, des objectifs de construction de barrages ont été tracés en vue de pouvoir irriguer plus d'un million d'hectares avant l'an 2000.La petite et moyenne hydrauliques, négligées dans les années 60 et 70 au profit des grands barrages, semblent bénéficier, dans les années 80, d'un regain d'attention en même temps que l'intérêt qu'on semble accorder de plus en plus à l'agriculture en zones arides ou ce qu'on appelle communément «l'aridoculture«.Dans le même sens, le Maroc envisage de mener la même bataille sur un autre front, en l'occurrence celui du dessalement de l'eau de mer. Le Maroc baigné sur plusieurs milliers de kilomètres par la mer méditerranée et l'Océan Atlantique, compte profiter de cet avantage, non seulement en faveur de la satisfaction en eau potable des ménages mais aussi pour l'agriculture.Dans la situation actuelle, le coût du dessalement est prohibitif et ne peut, en conséquence, s'opérer que pour de petites quantités. Toutefois, les progrès technologiques rapides et l'intérêt économique et social que présente l'opération présagent d'ores et déjà d'une baisse progressive du coût et d'un accroissement parallèle de la quantité d'eau produite.Cette perspective présente une voie nouvelle pour l'exploitation de la mer au profit de l'homme en la faisant participer à résoudre les problèmes de pénurie d'eau, aussi bien pour la consommation humaine que pour l'irrigation en agriculture. A ce titre, la recherche agronomique doit être associée à cette importante opération stratégique.. La recherche agronomique et l'eauLa recherche agronomique, dont le rôle est d'éclairer l'agriculture, ne peut que s'intéresser en profondeur, à tous les aspects de l'eau et à l'étude des relations et des interactions existant entre celle-ci et la plante, le sol et l'atmosphère.Ces relations et interactions se traduisent essentiellement par la dynamique de l'eau dans le sol, la détermination des besoins en eau des plantes, l'évaluation de la disponibilité en eau du sol aux plantes, les effets mécaniques de l'eau sur le sol ou l'érosion.La recherche agronomique doit, donc, étudier l'interaction de plusieurs facteurs et l'eau, notamment:- des facteurs pédologiques: la structure, la profondeur et la texture du sol;- des facteurs phytologiques: les espèces, les variétés de plantes, leur densité, leur système racinaire, leur résistance à la sécheresse, la durée de leurs périodes de croissance et de fructification, leurs maladies;- des facteurs climatiques: les précipitations, les vents et les températures.a - La dynamique de l'eau dans le sol et les méthodes d'irrigationPour que l'irrigation puisse être efficace, il est utile de choisir la meilleure méthode, de connaître la période adéquate, de déterminer le plus exactement possible la dose des apports. Aussi, faut-il déterminer les caractéristiques hydrodynamiques des sols et les périodes de leur déficit hydrique.L'irrigation consiste à fournir l'eau nécessaire à la végétation. Pour ce faire, il est possible d'adopter plusieurs méthodes suivant les disponibilités et suivant les plantes. D'une façon générale, on rencontre les méthodes suivantes(5):- par ruissellement, c'est la méthode la plus largement répandue et la plus ancienne;- par submersion temporaire (rizières);- par aspersion et pivot mobile ou fixe, cette méthode a été mise au point récemment, elle permet l'utilisation rationnelle et économique de l'eau;- par «goutte-à-goutte«, elle constitue un progrès technologique considérable permettant l'efficience de l'utilisation de l'eau, l'économie de la main-d'oeuvre, la distribution de l'eau chargée en sels minéraux, en engrais ou tous autres produits de protection nécessaires à la plante. Cette méthode présente également un avantage puisqu'elle s'adapte aux mouvements de la topographie des terrains.Cette méthode, qui semble avoir fait ses preuves d'efficacité et d'efficience, se propage très rapidement dans toutes les régions du Maroc, en dépit de son coût encore relativement assez élevé. b - Les besoins en eau des culturesLa recherche agronomique est censée avoir la délicate responsabilité de déterminer la quantité d'eau à apporter à chaque plante, en tenant compte de tous les facteurs de son environnement.Dans un pays comme le Maroc, chaque goutte compte, et il est inadmissible d'en gaspiller ne serait-ce qu'une.Il est évident qu'il existe une relation étroite entre le rendement des cultures et les apports en eau d'irrigation à travers le temps. La recherche agronomique doit préciser la fréquence et l'uniformité de ces apports en vue d'une part, d'économiser l'eau durant les phases de croissance qui peuvent tolérer un certain déficit hydrique; et d'autre part, d'améliorer la qualité des produits de certaines cultures (cultures maraîchères, agrumes, betteraves, canne à sucre, céréales, etc.)L'étude des relations existant entre la plante et l'eau montre que la croissance optimale d'un végétal est soumise au facteur «eau«. Il est alors nécessaire de le maîtriser, pour pouvoir maîtriser, au moins partiellement, l'agriculture, dont les rendements sont subordonnés aux quantités d'eau mises à la disposition des plantes; quantités qu'il faut d'abord déterminer et préciser avec exactitude pour chaque espèce végétale et ensuite évaluer pour différents sols dans des conditions écologiques données; et c'est là que réside la mission de la recherche agronomique.c - L'eau et l'érosionEn raison des conditions naturelles du Maroc, tant en ce qui concerne le relief que le climat, l'érosion du sol et les pertes en eau subies par l'agriculture sont importantes et graves. En effet et d'une façon générale, l'érosion, quels qu'en soient la forme, la fréquence et le rythme, finit par détruire les terres arables, en les privant de leurs éléments fins qui sont, soit charriés pour provoquer l'envasement des barrages, soit entraînés en laissant derrière eux, toutes les conditions nécessaires pour accélérer la désertification des zones arides et semi-arides.Pour lutter efficacement contre l'érosion, il est indispensable de disposer de données quantitatives, ne serait-ce que fragmentaires, sur les pertes en terre et en éléments fertilisants dans les zones touchées ou à risque.Ce qui implique l'établissement d'un programme de recherches à entreprendre dans l'objectif de pouvoir délimiter les régions menacées, en faisant appel à la cartographie et de quantifier, autant que faire se peut, l'érosion hydrique en évaluant, chemin faisant, le coût et l'efficacité des méthodes antiérosives mises au point après expérimentation.Ces opérations relèvent certainement du domaine de la recherche agronomique. Aussi, lui appartient-il de les développer pour réduire, le plus possible, les effets nuisibles et destructeurs de l'érosion.d- L'évapotranspirationL'analyse terminologique de ce concept révèle la combinaison conjuguée de l'évaporation et de la transpiration.L'évaporation est un phénomène physique ou abiotique généré directement dans une surface évaporante (lac, mer, sol, cours d'eau...).La transpiration est un phénomène biologique opéré à travers les plantes, les hommes et les animaux. L'évapotranspiration est une combinaison de l'évaporation et de la transpiration. Elle est à l'origine de pertes très importantes d'eaux qui ne peuvent, à cause d'elle, être maîtrisées et mobilisées au service de l'agriculture.Et c'est pour cette raison que la recherche agronomique s'en préoccupe pour calculer le pouvoir du climat sur une base scientifique à partir du niveau énergétique des radiations solaires, des conditions hydriques du sol et des plantes.Pour la détermination des besoins en eau des cultures, il est nécessaire d'avoir des données précises sur le facteur limitant que constitue l'évapotranspiration. Ces données sont d'autant plus indispensables au Maroc que les conditions climatiques favorisent amplement le phénomène, dont l'effet tend à limiter les ressources en eau au détriment de l'agriculture et de la consommation humaine.Dans ce cas, la recherche agronomique, en raison de sa mission essentielle qui consiste à favoriser tout ce qui est de nature à donner une implusion positive au développement de l'agriculture, se trouve être investie d'initier des recherches et des investigations nécessaires pour limiter d'une façon ou d'une autre, directement ou indirectement, les effets de l'évapotranspiration, afin de maintenir à un niveau satisfaisant le potentiel hydrique du pays et de créer des biotopes, en tenant bien compte des disponibilités en ressources en eau et en mettant au point des variétés et des espèces végétales et animales adaptées aux conditions écologiques du pays.o(*) Moha Khettouch, docteur d'Etat en droit public.(1) La consommation globale inclut la consommation de l'agriculture, de l'industrie et des ménages.(2) Académie du Royaume du Maroc. Intervention d'Ahmed Arafa, ingénieur en génie rural, dans la publication consacrée à l'eau, la nutrition et la démographie; 1re partie - Rabat 27-30 avril 1982.(3) Académie du Royaume du Maroc; déjà citée.(4) Académie du Royaume du Maroc; déjà citée.(5) François Lery, «L'agriculture au Maghreb«, Maison Neuve et Larose. Paris 1982.

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