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Economie

La crise, l’euro et nous: La prudence est une qualité financière

Par L'Economiste | Edition N°:3294 Le 09/06/2010 | Partager

C’était au siège de l’OCP à la fin du siècle dernier. Le président Karim Lamrani recevait un groupe de patrons français parmi les numéros un de leurs secteurs d’activités respectifs. Ce groupe organisait des visites à des chefs d’Etat et de gouvernement dans le but de confronter directement leurs visions à celles de leurs hôtes. A la fin de leur visite, sans ambages et avec conviction, le président de l’OCP leur dit que le projet européen est peu variable et que c’est l’euro, nouvelle monnaie unique, qui finira par lui créer le plus de problèmes sinon par le couler.Sur le moment, on pouvait facilement comprendre l’étonnement et même la stupéfaction des membres du groupe, tous sans doute profondément pro-européens. Aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard, on peut douter de ce que serait la nature de leur réaction si cette sentence devait à nouveau être annoncée devant eux. On sait, en effet, qu’aujourd’hui beaucoup d’experts européens adhèrent à cette appréhension, particulièrement depuis les difficultés financières que connaît la Grèce. A l’époque, essayer de savoir ce qui faisait dire à un responsable marocain, aussi sérieux qu’informé, que le projet européen de la monnaie unique, tel qu’il a été conçu, n’est pas viable, était légitime. Aujourd’hui, les craintes ont été confirmées. Et tous seraient d’accord pour dire qu’il faut une sacrée dose de courage et de volontarisme pour sortir la monnaie unique européenne de son impasse.

Euro, les erreurs de départ
Les erreurs de départ sont, de fait, désormais parfaitement diagnostiquées. Dès sa consolidation, l’Europe a commencé à intégrer des pays à fortes disparités. Parmi ces derniers, les plus faibles perdaient forcément leurs instruments de gouvernance financière, bancaire et monétaire. Des instruments seuls capables éventuellement de leur permettre de s’adapter et de faire face aux fluctuations dues aux mauvaises conjonctures. Il s’agit particulièrement des instruments de maîtrise de la politique du crédit (taux d’intérêts) et de la politique monétaire (taux de change).La seule régulation et encore moins l’autorégulation, séduisantes au demeurant comme modèle de gestion, ne pouvaient se substituer seules à ces instruments. Il est même facile de constater que l’autorégulation peut à l’inverse constituer un mode d’aggravation des difficultés (C. Saint-Etienne: La fin de l’euro, Paris, 2009).Certains pensent donc qu’au départ l’Europe a manqué de cohésion entre ses membres mais que ce manque pouvait, en fin de compte, être comblé ou dépassé par les seules vertus du marché. Cela revient à dire que chaque pays devait prendre ses responsabilités face aux critères de Maastricht; que de ce fait, les pays faibles qu’ils aient tort ou non et les mauvais élèves ne devraient s’en prendre qu’à eux-mêmes. Cette position est défendable. Mais, elle ne laisse place à aucune générosité solidaire et politique dans l’espace européen. Au contraire, elle peut être source de rancœur car elle procède d’une indéniable dose face à la facture de son impéritie. Retenir cette solution s’est avéré avec le temps grave de conséquences puisqu’il remet à l’ordre du jour la viabilité même de l’Union et de sa monnaie. C’est d’ailleurs ce qui explique la mise en place au forceps d’un plan de sauvetage de la Grèce de 750 milliards d’euros et une sévère cure d’austérité.Les mêmes, devant les difficultés de l’Espagne, disent qu’elle aurait dû elle aussi faire plus attention et ne pas être emportée par sa bulle immobilière. Aujourd’hui, elle doit donc aller seule chercher son improbable croissance, même si rétrospectivement, ce sont les facilités européennes qui l’on poussé vers sa fuite en avant, antérieurement à la crise de 2008.
Souveraineté monétaire et budgétaire
Aujourd’hui, cette croissance est improbable parce que l’Espagne est frappée par un chômage de plus de 20% (40% chez les jeunes) et par un déficit qui ne peut être réduit que par un sévère plan de rigueur. Or, la conjonction de ces deux indices rendent peu crédible un retour rapide à la croissance, d’autant que le FMI, jamais à court d’idées archiconnues, préconise en plus, de s’attaquer à la flexibilité du marché du travail pourtant seul garant de la cohésion sociale espagnole (Col: La crisis de la economia espanola, Lecciones y propuestas, Fedea, 2009).Ces voix, malgré tout, n’ont pas tout à fait tort. Certes, tous les pays de l’Union européenne sont endettés. Tous ont pris l’habitude de vivre au-dessus de leurs moyens. Or, avec le plan de sauvetage de la Grèce et donc de l’euro, on vient juste ajouter de la dette à la dette: 750 milliards mobilisés dont 250 fournis par le FMI.Le FMI était jusqu’ici censé soutenir les pays en difficultés du tiers-monde. Or, le voilà en train de devenir le tuteur de la gouvernance économique et financière de l’Union européenne. En sauvant les pays qu’on appelle désormais les PIIGS (acronyme anglais -cochons- de Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne), le FMI, dominé par les USA, met effectivement sous tutelle la souveraineté monétaire et budgétaire de l’Europe. Dorénavant, le dernier mot reviendra en la matière à cette Institution, à la Banque centrale européenne, à la Commission européenne et à l’Eurogroupe, entité créée pour piloter l’euro. Le Parlement européen n’y a pas sa place. L’heure n’est pas à la représentativité des peuples et des populations.Cet aboutissement n’est pas fortuit. Dire comment on en est arrivé là, est le cœur de la problématique de cette crise. Cet aboutissement est théorisé depuis longtemps. Les travaux des pères de la théorie des jeux y préparaient avec conviction et forts arguments. L’idée de départ est que «celui qui gagne est celui qui va le plus loin dans la surenchère létale». En tout cas, la crise n’a pas été néfaste pour tout le monde. Dans les tourbillons du marché, de la Bourse et des subprimes et autres produits financiers dérivés, il y en a qui en ont mis plein les poches. Et cela peu importe si leurs agissements ont laissé sur le carreau des chômeurs, des retraités, des démunis et des sans-logis par millions.La crise est née aux Etats-Unis. Ce faisant elle a désamorcée la pompe économique, a terni les ressources fiscales et rendu difficile la relance et les capacités de remboursement de la dette des pays en difficultés. Le marché débridé est par conséquent l’auteur direct de la crise. Et en cela, il a été cyniquement utilisé. On lui a donné les moyens de s’inscrire dans la droite ligne du néo-conservatisme et de la logique dogmatique du désordre supérieur qui, assure-t-on, sera suivi par un chaos constructeur.Cette logique du chaos constructeur a déjà légitimé les guerres. Elle légitime aujourd’hui les attaques contre la zone euro et ses pays endettés. Le pari est de mettre cette zone sous la coupe des USA, du FMI et de la BCE, devenue forcément docile (sur la théorie et les conséquences inévitables de ce chaos constructeur, voir encadré).Les conséquences pour nous ne seraient pas anodines. Le Maroc face à la crise d’abord financière, puis bancaire et maintenant budgétaire en Europe, a fait preuve d’une bonne résilience. Mais, cette crise peut rendre difficile la réponse à ses objectifs de croissance et du Millénaire visant à promouvoir l’emploi et à réduire le nombre des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Du fait de la concentration des exportations nationales vers les marchés européens ces réponses peuvent être malmenées. La crise pourrait aussi réduire le rythme des investissements.Face à cet avenir hypothétique de l’Europe et à cette offensive contre l’euro, ceux qui ici préconisaient la prudence, la maîtrise des fondamentaux en termes de politique monétaire, du crédit et de l’équilibre budgétaire ont eu largement raison. Ceux qui chantaient le libéralisme financier et monétaire à outrance, le démantèlement tarifaire sans s’assurer de la compétitivité, la flexibilité sans tenir compte de la cohésion sociale, sont aujourd’hui largement contredits. Le spectacle qui se joue dans les pays du sud de la Méditerranée ne devait pas les faire rire.

Au nom du chaos constructeur

u beau milieu de la crise grecque, Paul Volker, directeur à la Maison-Blanche du Conseil pour la reprise économique (tout un programme), dit que l’Europe «doit accepter une gouvernance économique externe et placer l’euro à parité avec le dollar». Il passe outre et sans état d’âme l’exemple de l’Argentine entre autres. Ce pays avait essayé cette recette. Il s’en est mordu les doigts et a dû payer très cher cette subordination puisqu’elle la conduit à se déclarer pratiquement en faillite. Il n’a pu s’en sortir, avec des séquelles, qu’en se séparant de la monnaie américaine et en reprenant en main sa souveraineté monétaire (1998-2002).En tout cas, cette consigne est devenue le credo du néo-conservatisme qui n’éprouve pas d’hésitation à déclarer que c’est la voie à suivre: «dussent les Nations périr et les peuples avec». Le risible s’il n’était préoccupant est que cette idéologie trouve à être relayée même en Europe. Guy Sorman, entre autres, en fait sa nouvelle foi: «le libéralisme converge avec la science du chaos (sic). Dans l’économie du marché mondial, l’ordre naît du chaos. Celui-ci conduit non au désordre mais à un ordre supérieur». Le va-t-en-guerre Dick Cheney, en tant qu’un des chantres de cette nouvelle croisade, ne dit pas autre chose.L’ordre supérieur serait de franchir l’étape vers une complète allégeance à l’atlantisme et vers l’effacement des Etats-nations. Le nouvel atlantisme serait le terreau d’une redistribution/recomposition géopolitique au profit des constructeurs de ce chaos. En somme, il s’agit d’une nouvelle écriture et d’une nouvelle déclinaison des scénarios qui ont embrasé le Koweït et l’Irak. Ce nouveau scénario a déjà failli embraser la Grèce. Si le chômage continue de s’aggraver et le pouvoir d’achat à se dégrader, c’est l’Espagne ou le Portugal et depuis peu la Hongrie qui pourraient connaître un autre embrasement social (J. M. Vernochet: Europe, chroniques d’une mort annoncée, Paris, 2009).Par Mohamed Larbi Ben Othmane

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