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Affaires

La banque de détail joue encore la prudence

Par L'Economiste | Edition N°:1653 Le 02/12/2003 | Partager

En moins de trois mois, Standard & Poor's a édité deux rapports ternes sur le secteur bancaire marocain. Ce qui a suscité l'exaspération des banquiers de la place, qui se sont réunis récemment au sein du GPBM pour évaluer la pertinence des avis émis par l'agence. Anouar Hassoune, l'un des rédacteurs de ces analyses, revient dans cet entretien sur l'appréciation que fait Standard & Poor's globalement du secteur bancaire marocain. . L'Economiste: Quelle appréciation faites-vous de la santé financière, des activités et modes d'organisation et de gestion des banques marocaines? - Anouar Hassoune: Les banques marocaines sont notées dans les catégories B et BB, qui ne sont pas des catégories dites d'investissement (à partir de BBB- et au-delà), mais des notes dites spéculatives, ce qui traduit un niveau de risque moyen, voire élevé. D'ailleurs, l'Etat marocain est lui-même noté dans la catégorie BB en devises étrangères, et BBB en monnaie locale.D'un point de vue dynamique tout d'abord, et au-delà de son niveau absolu, la qualité de crédit des banques marocaines, telle que Standard & Poor's la reflète au travers des notes qui leur sont attribuées, est très stable. En effet, les notes n'ont subi aucun changement significatif depuis les premières attributions, il y a un peu plus de quatre ans. Intrinsèquement, les principales banques marocaines du secteur concurrentiel présentent des bilans et des comptes de résultats relativement solides ainsi que des profils financiers relativement peu risqués, ce qui est sans doute l'effet de comportements d'offre de crédit plutôt conservateurs et prudents. Cela est confirmé par le fait qu'elles ont eu tendance à rationner l'extension du crédit à des secteurs extrêmement volatils en phase basse du cycle économique, ce qui a évité une détérioration rapide de la qualité des engagements, déjà largement mise à mal par plusieurs années de sécheresse et, par conséquent, de croissance économique molle. . A quel point sont-elles dépendantes de l'évolution de l'économie?- D'une manière générale, en effet, les banques marocaines demeurent peut-être plus que dans d'autres systèmes bancaires émergents, tributaires du contexte économique dans lequel elles évoluent, et cela pour au moins deux raisons. D'une part, même si l'économie marocaine reste bien diversifiée, leur exposition par secteur d'activité l'est bien moins, ce qui les rend vulnérables aux chocs que peut subir telle ou telle industrie. De surcroît, comme le métier de la banque de détail demeure en phase de consolidation et d'expansion prudente, elle n'est pas encore parvenue à constituer un amortisseur des chocs que peut connaître le métier des crédits aux entreprises. D'autre part, le système bancaire marocain présente une caractéristique rare du point de vue de son refinancement: en effet, 25% des dépôts sont concentrés entre les mains des Marocains résidents à l'étranger (MRE). Cela a toujours été une force, mais pourrait devenir une faiblesse en situation de crise économique. Finalement, les banques marocaines du secteur concurrentiel, souvent bien gérées, cohérentes dans leur stratégie et plutôt innovantes d'un point de vue commercial, tireraient sans doute le plus grand bénéfice d'une croissance économique plus élevée et plus stable. Elles en ont déjà les capacités du point de vue des ressources humaines et opérationnelles. Mais cela suppose une accélération des réformes économiques engagées vers une plus grande diversification des sources de valeur ajoutée au-delà du secteur agricole, une réduction des rigidités structurelles, surtout sur le marché du travail, qui freinent l'initiative privée et donnent trop de poids au secteur public. Et enfin, et surtout, un modèle de développement qui octroie plus de place à une distribution moins concentrée, moins inégalitaire des revenus de la croissance économique. . A quelles contraintes les organismes bancaires marocains se heurtent-ils? - Les banques marocaines paraissent d'abord contraintes par les volumes, c'est-à-dire par la demande, tant les bonnes opportunités de crédit ne semblent pas à la hauteur de l'offre potentielle qu'elles seraient à même d'assurer pour le financement de l'économie nationale. Cette contrainte structurelle en volume s'est doublée d'une pression conjoncturelle sur les prix, dans un environnement de taux d'intérêt très bas. Il n'est donc pas étonnant que le système bancaire marocain ait enregistré ces dernières années des retours sur actifs et fonds propres pas vraiment en phase avec ce qu'il était en droit d'espérer, eu égard à sa relative sophistication opérationnelle, sans aucun doute supérieure à la moyenne des autres pays arabes (par exemple la Tunisie et l'Egypte), à l'exclusion des banques du Golfe persique.Encore une fois, ces commentaires ne valent que pour les banques du secteur que nous appelons concurrentiel, c'est-à-dire à l'exclusion des institutions que l'on nommait naguère organismes de financement spécialisés (OFS), détenus par la puissance publique et en charge d'une mission de service public.. Qu'en est-il, en effet, pour cette catégorie?- Le CIH et la CNCA sont toujours en phase transitoire, après que le cas de la BNDE ait été réglé par une scission de ses activités et leur réallocation vers d'autres organismes bancaires ou financiers. Le cas de la BNDE était sans doute le plus facile à prendre en main. Ceux du CIH et de la CNCA, plus massifs d'un point de vue quantitatif et plus complexes d'un point de vue qualitatif, prendront plus de temps. Il est difficile, dans l'état actuel des finances publiques, de la conjoncture économique et du sentiment incertain de la place bancaire, de construire un scénario probable pour la résolution du problème épineux que ces deux institutions représentent. Recapitalisation et assainissement des portefeuilles de crédit, privatisation partielle ou totale, cession à d'autres organismes financiers privés ou publics, scission, partenariat… toutes les options sont actuellement envisageables, mais aucune ne semble prévaloir de manière claire. En ce qui concerne les autres banques de la place, elles ne constituent pas un groupe monolithique. En effet, il s'y trouve une certaine dose d'hétérogénéité ainsi que des trajectoires particulières qui semblent confirmer une tendance à la différenciation, malgré le caractère sous-bancarisé de l'économie marocaine. Les grandes banques privées que sont BMCE et BCM, auxquelles s'ajoute le Groupe Banques Populaires, sont en phase de consolidation de leur position dominante. Mais elles ne négligent ni l'innovation commerciale ni la prospection de gisements alternatifs de revenus, notamment le crédit aux particuliers. Dans ce dernier champ d'activité, Wafabank a sans doute fait preuve d'un savoir-faire d'une plus grande finesse, puisque cette banque a bénéficié de l'avantage du premier entrant. Enfin, parmi les banques soutenues par des actionnaires bancaires français, BMCI et SGMB ont sans doute connu la trajectoire la plus fulgurante du paysage bancaire marocain. D'une position de challengers servant principalement les grands corporates, ces deux entités ont rapidement et prudemment gagné des parts de marché pour devenir des acteurs incontournables et de véritables banques universelles.. Il y a peu, les autorités monétaires marocaines ont refusé l'entrée de la Caisse d'épargne française à hauteur de 20% dans le capital de BMCE Bank. Quelle interprétation faites-vous de cette décision?- Les informations qui nous parviennent du marché sont tout à la fois limitées, confuses et parfois contradictoires. Cela dit, deux raisons principales semblent avoir présidé à l'ajournement de la décision d'entrée des Caisses d'épargne au capital de BMCE. D'une part, d'un point de vue réglementaire, c'est-à-dire exogène, les autorités de tutelle marocaines ne semblent pas souhaiter que la Caisse d'épargne française détienne une minorité de blocage dans le capital de BMCE, ce qui, en l'état actuel de la répartition du capital de BMCE, est effectivement le cas avec seulement 20% des fonds propres. D'autre part, du point de vue endogène de l'équilibre des forces décisionnelles, on peut supposer que la Caisse d'épargne française entende se comporter en actionnaire actif, avec un certain nombre de postes de décision dans BMCE. Ces discussions sont généralement longues et assez délicates, avec un risque de faire échouer une opération de rapprochement. Encore une fois, eu égard au caractère très parcellaire des informations qui nous parviennent, il nous est impossible, pour l'instant, d'intégrer tous les enjeux sous-jacents aux discussions actuelles, tant entre les deux protagonistes eux-mêmes, qu'au niveau de la corégulation pilotée par le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib. Je pense que nous en saurons davantage très bientôt.


Les éventuels rapprochements

Interrogé sur les possibilités de rapprochement dans le secteur bancaire marocain, Anouar Hassoune rétorque que «Standard & Poor's n'a pas pour habitude de commenter des rapprochements entre institutions, il se contente seulement d'ajuster son analyse, ses ratings et ses perspectives à l'annonce d'une fusion ou d'une acquisition«. Ce qui entre, selon lui, dans le cadre normal du processus de notation d'un émetteur, bancaire ou non bancaire«.Dans le cas particulier du système bancaire marocain, cinq opérations de rapprochement ont fait l'objet d'une diffusion publique. Il s'agit de l'acquisition de la SMDC par le Groupe Banques Populaires, l'acquisition des opérations d'ABN Amro Maroc par BMCI, le rapprochement possible de Wafabank avec Crédit du Maroc, les rumeurs dernièrement démenties de fusion entre BMCE et BCM et enfin, l'annonce récente du rachat par BCM des parts de la famille Kettani dans le capital de Wafabank. Au regard de toutes ces initiatives, indique-t-il, indépendamment du degré de leur succès ou échec, il est clair que le système tout entier prépare activement sa libéralisation programmée, conformément aux accords signés avec l'Union européenne. Dans les deux premiers cas d'acquisition effective, aucun impact sur les ratings n'a été enregistré. Et d'ajouter qu'en volume, la SMDC était trop petite pour avoir un effet significatif, positif ou négatif sur le très massif Groupe Banques Populaires. L'opération pilotée par BMCI, n'a pas eu non plus de répercussion sur le rating de l'entité acquéreuse avant le retrait de sa note en décembre 2002. Même si d'un point de vue stratégique, cela a octroyé à BMCI une assise régionale plus extensive ainsi qu'une part de marché plus conséquente. Elle a contribué à la diversification de son portefeuille de crédit et à l'amplification de son accès aux dépôts, de plus en plus difficiles à capter dans un environnement concurrentiel plus agressif, selon l'analyste. Depuis quelques années déjà, la fusion potentielle la plus en vue restait celle de Wafabank et du CDM, d'autant plus que leurs actionnaires stratégiques, respectivement Crédit Agricole Indosuez et Crédit Lyonnais, ont pour leur part fusionné. Cela valait tout aussi bien pour les rumeurs de rapprochement entre BCM et BMCE. Une telle fusion aurait pu accoucher d'un groupe bancaire extrêmement massif, sans doute l'un des cinq plus grands d'Afrique du Nord, et d'un acteur significatif du monde arabe. BCM s'est finalement rapprochée de Wafabank, ce qui, de prime abord, semble porteur. C'est en effet le savoir-faire commercial de Wafabank en matière de crédit à la consommation, bancassurance et monétique que BCM a cherché à acquérir. Des métiers qui sont complémentaires de l'activité d'abord corporate de BCM, et de ses mêmes activités qu'elle commence à développer. «Toutefois, BCM achète du même coup un portefeuille de créances en souffrance supérieur à la moyenne des banques du secteur concurrentiel, ce qui devrait entraîner un effort de provisionnement supplémentaire de la part de l'entité consolidante«, fait-il observer.Propos recueillis par Bouchaïb EL YAFI

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