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International

Kirghizistan, le coup de Moscou!
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3254 Le 14/04/2010 | Partager

Qui connaît le Kirghizistan? Semblable question peut paraître incongrue s’agissant d’un Etat dont les médias traitent depuis des jours. Il en est des pays comme des personnes. L’occasion fait le larron. Celui ou celle que tous, ou peu s’en faut, ignoraient, devient tout à coup célèbre. Ces soudaines notoriétés ne sont pas forcément synonymes de félicité. Pourtant, même si c’est au prix de quelques dizaines de tués, le Kirghizistan vient, semble-t-il, de se débarrasser de son dictateur. Circonstance particulière et peu banale, ce pays abrite, séparées par une trentaine de kilomètres, deux bases militaires, l’une russe, Kant, l’autre américaine, Manas. Une semaine après avoir signé à Prague un traité de désarmement en trompe- l’œil, voilà les deux partenaires-adversaires de la guerre froide à nouveau face à face(1). Les Etats-Unis ne cessent de mordre sur les marches de leur ancien rival. A Prague, Barack Obama, dans l’ambassade de son pays, a convié à dîner le 8 avril onze chefs d’Etat naguère sous tutelle soviétique. Au Kirghizistan, qui fut une des quinze républiques fédérées d’URSS, Washington, présent sur l’aéroport international de Manas, soutient, via ce «hub»(2), ses forces déployées en Afghanistan. Il est une différence notable avec la situation qui prévalait lors de la guerre froide. En ce temps-là, les Tchèques et les Slovaques vivaient dans une démocratie dite populaire, le Kirghizistan faisait partie de l’Union soviétique, des faits nullement contestés par Washington. Les Russes étaient chez eux. Aujourd’hui, la nouveauté est qu’ils s’y croient parfois encore. Mieux, même chassés par la porte, il leur arrive de revenir par la fenêtre. L’Ukraine, la Géorgie, maintenant le Kirghizistan, en témoignent. Les Etats-Unis, en revanche, sont loin de «L’Empire américain»(3). Dans cette Asie centrale ex-soviétique, où on ne les avait jamais vus, ils ont trouvé le moyen de s’installer à proximité du théâtre afghan où un certain Ben Laden les a, un jour, astucieusement entraînés.Enclavé, montagneux, pauvre, moitié moins étendu que le Maroc, peuplé de cinq millions d’habitants, de confession musulmane, le Kirghizistan, capitale Bichkek, présente un intérêt géostratégique mesuré. Tout de même ! Une longue frontière avec la Chine, des relations anciennes avec les Ouighours chinois du Xinjiang, surtout la guerre d’Afghanistan, ont un peu changé la donne. Qui con- trôle le Kirghizistan peut exercer ses pressions sur plusieurs Etats, Kazakhstan, Chine, Tadjikistan, Ouzbékistan. La misère du pays – où le PIB par citoyen atteint à peine 800 dollars – son absence de ressources minérales, sa situation excentrée, ne l’empêchent pas d’être désormais mieux connu. Au début du mois, des manifestations violentes, durement réprimées, se sont transformées en un coup d’Etat, aussi peu spontané que possible quoiqu’en dise Moscou. Pourtant, la dictature kirghize n’était pas populaire. Vladimir Poutine a d’ailleurs condamné le népotisme du président Kourmanbek Bakiev. Ses deux fils et son frère se partageaient les postes qui comptent. L’entourage mettait le pays en coupe réglée. De plus, pour la première fois, le pays était dirigé par un sudiste, ce que les Kirghizes du nord apprécient peu. Ce sudiste, pas spécialement pro-occidental, avait accepté de louer Manas aux Etats-Unis parce qu’ils acceptaient de payer. Pressé de s’enfuir, Bakiev a pris le temps de vider les caisses de l’Etat. Ses successeurs n’ont trouvé que 17 millions d’euros. Une misère! Même pas de quoi payer l’essence importée de Russie. Heureusement, Moscou est là! Le nécessaire sera fait. Des agents des services fédéraux russes de sécurité étaient présents lors des manifestations. Le Kremlin a dépêché samedi 150 parachutistes. Dans un pays aux révolutions fréquentes, pareille précaution ne paraît pas excessive.

De grandes puissances intéressées
La Chine a condamné le coup d’Etat et protesté contre les brimades dont ses ressortissants, souvent commerçants, ont été les victimes. Tout désordre au Kirghizistan a des répercussions au Xinjiang. Pékin n’aime pas cela. Heureusement, là aussi, le Kremlin va tenter d’y mettre bon ordre. Egalement inquiète, et à l’instar de Pékin, la Maison-Blanche a cru devoir soutenir le pouvoir en place dont la brutalité et la corruption ne semblaient pas l’incommoder. Un émissaire du président Obama s’est précipité. Démarche superflue! Samedi, la présidente intérimaire, Rosa Otounbaïeva, ancienne ministre des Affaires étrangères, a rassuré Hillary Clinton: Manas demeure à la disposition des Etats-Unis. Cette base, située à 15 km au nord de Bichkek, est fort utile; 2.000 militaires américains et alliés la gèrent, règlent un trafic intense de personnels et de matériels, assurent les pleins des appareils de transport et de combat. En 2008, 170.000 personnes en provenance d’Afghanistan ou s’y rendant sont passés à Manas. Cette même année, 5.000 tonnes d’impédimentas étaient chargées à destination du théâtre afghan. Une escadre de tankers volants KC 135 est stationnée sur la base. Ses appareils effectuent en moyenne 3.000 sorties par an pour ravitailler en vol 15.000 avions de combat. Avec les 30.000 hommes de renforts dont les unités se succèdent, la charge de travail augmente sans cesse et, avec elle, l’importance du «hub». Le sort de la guerre américaine d’Afghanistan, échec ou succès, ne dépend certes pas de Manas, mais sa perte serait gênante, faute de solution de rechange. En 2005, le Pentagone a dû abandonner la base de Karshi-Khanabad, dite K2, après qu’il en eut été chassé par le gouvernement uzbek. Au Kirghizistan, les Américains ne sont peut-être pas populaires mais les 60 millions de dollars qu’ils paient chaque année, les contrats passés avec des entreprises locales, les emplois induits, font que les Kirghizes opposés à cette présence étrangère ne doivent pas être très nombreux. La vérité est que Moscou exerce dans cette région du monde une influence majeure, y compris en Ouzbékistan et au Turkménistan où l’on aspire pourtant à plus d’indépendance. Surtout, la chute du kirghize Kurmanbek Bakiev, ex-leader de la révolution des tulipes en mars 2005, survient après la cuisante défaite électorale, en février dernier, des deux protagonistes de la révolution orange ukrainienne, et le net discrédit du président géorgien Mikheïl Saakachvili, porté au pouvoir en 2004 par la révolution des roses. Dans ces trois pays, d’une manière ou d’une autre, Moscou est de retour. L’amertume du Kremlin après le dîner de Prague s’en voit partiellement compensée. Voilà le président Obama prévenu. Ses armées sont très dépendantes des facilités logistiques offertes par la base de Manas et que Moscou, pour l’heure, n’a pas l’intention de condamner. La Russie n’est sans doute pas mécontente de voir les Etats-Unis en Afghanistan faire le travail à sa place… Sauf si Washington déplait à Moscou… A l’évidence, cette épée de Damoclès au-dessus du dispositif militaire américain en Asie centrale représente un moyen de pression commode à l’entière disposition du président russe et de son redoutable Premier ministre, du moins tant que la guerre durera...

«Un pays en quête de stabilité

…Dès 2005, la ministre des Affaires étrangères, Rosa Otounbaïeva, avait tenté de lancer une “révolution colorée”, sur le modèle des révolutions de Gérogie (2003) et d’Ukraine (2004). Mais très vite, Kourmanbek Bakiev, aidé des clans du sud du pays, avait poussé sur le bas-côté la “révolution des tulipes”, dont il gardera toutefois le label, pour renverser le président Akaïev. Avant de faire les mêmes erreurs que son prédécesseur, mettant en place un système éhonté de corruption, jusqu’à sa chute mercredi dernier.Pendant les cinq ans de règne bancal de Bakiev, Rosa Otounbaïeva s’est battue avec l’opposition pour une réforme constitutionnelle… Elle veut aujourd’hui placer son pays sur les rails de la stabilité. Un pari qui s’annonce difficile…», car ses partisans sont très divisés. Régis Genté, «Le nouveau pouvoir kirghiz rassure Washington», Le Figaro, lundi 12 avril 2010 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) On pourrait ajouter la présence côte à côte à Varsovie des présidents américain et russe aux obsèques de leur homologue polonais. Si la venue de M. Medvedev n’est pas surprenante, celle de Barack Obama est plus inattendue et n’est pas sans signification.(2) Le terme anglais de «hub» correspond à un concept commercial développé aux Etats-Unis par de grandes compagnies aériennes américaines à la fin des années 1980. Un aéroport est choisi par une compagnie pour y faire transiter une partie notable de ses vols et y assurer des correspondances rapides et garanties. Une traduction française possible pourrait être: «plate-forme de correspondances rapides et garanties par une même compagnie» ou, aussi, «plaque tournante».Le mot anglais «hub» risque de faire longtemps l’affaire…(3) «L’Empire américain», Claude Julien, Paris, Grasset, 1968

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