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Economie

Ahmed Othmani, président de la Penal Reform International : "Il y a trop de prisonniers et trop de peines de prison"

Par L'Economiste | Edition N°:403 Le 18/12/1998 | Partager

La Justice marocaine abuse de la peine de prison. C'est l'une des principales conclusions du président de la PRI qui a visité le Maroc. Un partenariat est possible entre cette institution et la Justice marocaine.

"La criminologie moderne recommande la prison comme dernier recours. Il existe plusieurs alternatives à cette peine". Ce sont les propos de M. Ahmed Othmani, président de l'association Penal Reform International de Réforme Pénale (PRI) et responsable des programmes Afrique, Moyen-Orient et Asie. M. Othmani a effectué fin novembre une visite de travail au Maroc où il s'est entretenu avec M. Omar Azziman, ministre de la Justice, ainsi qu'avec les directeurs de l'Administration pénitentiaire et de la Direction criminelle et de grâce. Durant sa visite, le président de la PRI a eu l'occasion de se rendre aux prisons de Casablanca et de Salé où il a remarqué une "surcharge des pénitenciers". Près de 60.000 prisonniers vivent dans des prisons conçues initialement pour en accueillir seulement 32.000. L'incendie, du 6 septembre 1997, de la prison d'Oukacha de Casablanca est toujours dans les mémoires. Il avait coûté la vie à 28 détenus. Censée recevoir 5.000 détenus, Oukacha en accueille près de 9.000. L'incident qu'avait connu cet établissement avait réactualisé l'urgence d'une réforme des textes régissant les pénitenciers. M. Azziman avait d'ailleurs fait voeu de s'attaquer au problème du surpeuplement, une des causes ayant conduit à ce drame.
Pour sa part, M. Othmani estime qu' "il faut aussi commencer par l'amélioration des conditions de détention tout en gérant mieux les ressources humaines". Son explication: les arrestations de la police se traduisent souvent par des incarcérations. Selon lui, "on abuse trop de la prison". Plusieurs alternatives sont possibles. A titre d'exemple, il cite la liberté conditionnelle, les amendes, la conciliation ou le travail d'intérêt général prononcé par un juge. Le but est d'éviter que des personnes qui commettent des délits mineurs soient systématiquement emprisonnées.

Appui des ambassades


"En intégrant l'école du crime, ils risquent de devenir de véritables criminels. Ceci permettrait aussi d'alléger la surcharge des prisons". Il a aussi relevé un besoin en formation du personnel, principalement de l'Administration pénitentiaire en matière de traitement des détenus.
La visite de M. Othmani s'inscrit dans le cadre de l'exploration des possibilités de coopération en matière de réforme pénale et pénitentiaire.
L'objectif est de mieux adapter le corps judiciaire aux réalités modernes d'une société en mutation et aux nécessités de conformité des lois aux normes internationales ratifiées par l'Etat marocain. Il s'agit aussi, ajoute le président de la PRI, de familiariser l'Administration à des méthodes et procédures jugées plus appropriées. Autrement dit "à une justice humaine qui tient compte du respect des Droits de l'Homme".
Des rencontres avec les responsables de plusieurs ambassades européennes ont eu lieu, le but étant d'examiner les domaines d'assistance et d'appui qu'ils peuvent fournir à la Direction pénitentiaire. "Il s'agit de voir dans quelle mesure ils peuvent appuyer le mouvement de changement", explique M. Othmani.
Il s'est également entretenu avec les représentants des ONG, l'OMDH (Organisation Marocaine pour les Droits Humains), l'AMDH (Association Marocaine des droits de l'Homme), l'Espace Associatif et la Commission de Défense des Droits de l'Homme.
M. Othmani estime qu'il est possible d'établir un partenariat avec les autorités marocaines, principalement en ce qui concerne la recherche d'alternatives pour l'emprisonnement.


Qu'est-ce que la Penal Reform International


Créée en 1989, la Penal Reform International (PRI) se fixe comme objectifs la limitation du recours à l'emprisonnement à travers le monde et la recherche d'alternatives constructives tenant compte de l'intérêt des victimes. L'association milite aussi pour l'abolition de la peine de la mort et l'élimination des discriminations raciales, ethniques ou de classes dans les mesures pénales. La PRI lutte également pour la promotion d'un traitement humain des délinquants selon les normes internationales.
Dans son approche de travail, la PRI se base sur une évaluation des besoins des systèmes de justice pénale dans un pays ou une région donnés à la demande des gouvernements et des ONG.
L'évaluation des besoins se traduit par une assistance technique aux ONG de défense de droits de l'Homme et aux gouvernements afin d'entreprendre des améliorations des systèmes pénaux. La première action de la PRI en Afrique remonte à 1991, date du déclenchement de son programme de réforme pénale sur le continent. La première action a consisté en l'appui à des ONG subsahariennes travaillant dans le domaine de la réforme pénale et pénitentiaire. "Depuis, la PRI a organisé et soutenu des projets dans plus de 20 pays africains".
Présidée par M. Ahmed Othmani, de nationalité tunisienne, la PRI bénéficie de statut consultatif auprès des Nations Unies et du Conseil de l'Europe et de statut d'observateur auprès de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des peuples. La PRI a signé un accord de coopération avec le Centre International des Nations Unies pour la Prévention du Crime. Cette division, estiment les responsables de la PRI, "a reconnu qu'il serait utile que les programmes des Nations Unies soient coordonnés étroitement avec ceux de la PRI".
Concernant ses relations avec les gouvernements, les responsables de la PRI précisent que la gestion et l'orientation de l'Association sont indépendantes des gouvernements. Ceci ne l'empêche pas de rechercher et d'accepter des fonds publics et de collaborer étroitement avec les pouvoirs publics dans l'accomplissement de son mandat, "chaque fois qu'elle peut le faire sans compromettre son indépendance".

Aniss MAGHRI

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