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Attentat de Charlie

«Ce qui nous somme»
Coupez-moi la main, les pieds et la langue…

Par L'Economiste | Edition N°:4604 Le 09/09/2015 | Partager

UN jour de janvier,

une marche d’une grande dignité montre le plus beau visage de la France: un pays marche d’un seul pas, comme cela ne lui est pas arrivé depuis très longtemps.

Mais, très vite, un refrain est devenu le sésame pour exclure.

Il faut, dit-on, être Charlie.
Charlie à tout prix.
Charlie et rien d’autre,
Qui n’est pas Charlie est contre nous.

Souvenez-vous : Qui n’est pas avec nous, pérorait l’histrion de la Maison-Blanche, est contre nous.
Qui n’est pas Charlie est pour la barbarie sous son visage le plus hideux.
Qui n’est pas Charlie mérite d’être lynché sur la place publique...

Dites que vous êtes Charlie!
Dites-le au nom de la République!
Dites et vous serez épargné!
Dites et vous ne subirez pas les foudres de ceux qui furent, un temps, vos semblables.
Dites que vous êtes Charlie!
Bon sang ne saurait mentir.

On a vu un imam contraint de répondre qu’il est Charlie: il s’est offert, victime propitiatoire, sur le plateau d’une télé¬vision, à une France désireuse d’en découdre, sans le dire, avec ceux qui ne lui ressemblent pas.
Pourquoi être Charlie? Et n’être pas seulement un homme ou une femme que révolte ce qu’on a fait à des hommes et des femmes?
Qu’est ce que cela cache ?
En quoi cette profession de foi légitime-t-elle votre révolte?
Coupez-moi les mains alors,
Et les pieds ?
Et la langue pendant que vous y êtes.
Car je ne suis pas Charlie.
Interdisez-moi de répéter que je ne suis pas Charlie.
Interdisez-moi d’écrire
Et de penser.

Je condamne avec la dernière fermeté les actes odieux perpétrés en France.
Mais je ne suis pas Charlie.

Je ne partage rien avec cette publication, qui a souvent fait de la provoc une religion sacro-sainte. Mais je me battrai pour que mon prochain puisse toujours affirmer sa liberté d’être aux antipodes de ce que je suis.

 Les Charlie foisonnent dans la France d’aujourd’hui, mais ils n’ont pas le monopole de la fraternité et du respect de l’autre.

Ce qu’on a pu voir et entendre, ici et là, après le 7 janvier, est ahurissant. La France a comme perdu la tête. Cette France-là ne correspond pas à la France où j’ai rêvé de venir, un jour.

J’ai traversé l’Espagne. J’avais vingt ans et plein de rêves dans mon sac. Je me suis arrêté, à Murcie, à l’ombre d’une belle cathédrale. J’ignorais que c’était là, à deux pas qu’était né Ibn Arabi, l’auteur de La Religion de l’amour, cet insurpassable poème qui m’accompagne en toutes saisons.

C’est ce poème que je dis sans cesse, comme une prière, depuis certain jour de janvier 2015. Non, il ne faut laisser personne s’approprier la douleur du 7 janvier, elle est notre blessure commune.

Je ne reproduirai pas ce que certains, de pseudo-experts, ces belles âmes, se sont permis de dire. Ils ont cru que de répéter «je suis Charlie» les autorise à se défaire de toute mesure. Ils ont stigmatisé et exclu, quand ils n’ont pas craché sur une religion avec des mots à peine déguisés.
Il faut laisser cela aux chiens et tourner le dos en silence.

Je ne suis pas Charlie.
Je ne l’ai jamais été.

Je n’adhère pas à ses règles et ses lois. Dois-je taire ce qui fonde ce que je suis pour éviter de déplaire aux maîtres de telle ou telle autre chapelle ?

Mais entendons-nous bien, Charlie a le droit de s’exprimer et ses excès n’autorisent en aucun cas à lui nuire.
Rien n’autorise des hommes et des femmes à croire que leur vérité est supérieure à celle des autres, et à brandir une lame pour rendre « leur » justice ou dire « leur » droit.

Qui leur a donné mandat de brutaliser et de tuer?

Quel ciel les autorise à parler en son nom?

Aucune vérité n’a force de loi pour tous.

L’homme est sacré et nul n’est habilité à lui retirer la vie au nom d’une sacro-sainte idéologie ou croyance.
Qui suis-je?
Je ne suis qu’un homme et tout ce qui blesse mon prochain, d’où qu’il soit, me blesse profondément.
Mais je ne suis pas Charlie.
Pas Charlie.

 

 

Avec le texte-poème de Kebir-Mustapha Ammi se termine la publication dans les colonnes de l’Economiste, de la série des points de vues, rassemblés dans l’ouvrage «Ce qui nous somme» des Editions La Croisée des Chemins. Au Maroc, il a déjà été réimprimé deux fois, ce qui en fait d’ores et déjà un très grand succès de librairie. On attend le 3e tirage.
Ce travail a fait l’objet de plusieurs interventions publiques, toujours au Maroc.
En France, il a eu du mal à exister, en dépit de son caractère unique. Notons néanmoins des émissions de France Culture, où l’on pourra s’étonner de l’étonnement des animateurs; étonnement que l’on pourrait résumer par: «comment est-il possible que des écrivains, intellectuels… dans ce pays soient capables de tels discours dans une telle diversité?»
Soyons optimistes et concluons tous, qu’il y a du travail à faire en matière de communication!
N.S.

 

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