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Il sera le conférencier du Prix de L’Economiste
Pr Najim: Pourquoi le pari de la recherche

Par L'Economiste | Edition N°:4168 Le 10/12/2013 | Partager

Mohamed Najim, directeur du laboratoire Total-CNRS à l’université de Bordeaux: «Je pense que la priorité est de créer une instance nationale rattachée aux plus hautes autorités de l’Etat. Un organisme indépendant et surtout pérenne»

Offrir les produits les moins chers ou la main-d’œuvre bon marché n’est plus une option pour les pays émergents. D’ici quelques années, le niveau des salaires de ces pays se rapprochera inexorablement de ceux des économies avancées. Pour s’en sortir, un seul mot d’ordre: recherche et innovation, en vue de développer des produits et solutions à plus forte valeur ajoutée. Certains pays comme la Chine ou encore la Turquie l’ont bien compris. Le Maroc, quant à lui, est toujours en quête d’une formule lui permettant de doper sa R&D. Selon Pr. Mohamed Najim, universitaire reconnu à l’international, qui sera l’invité du Prix de L’Economiste pour la recherche ce jeudi à Casablanca, il est temps de se doter d’une haute instance de la recherche. Najim est le fondateur et le premier directeur de l’Ensias. Il est aussi à l'origine du premier contrat de recherche entre la Faculté des sciences de Rabat et l'OCP. Il dirige actuellement un laboratoire commun entre le groupe Total et le CNRS au sein de l'université de Bordeaux.

- L’Economiste: Il n’existe que très peu d’interconnexions entre les  entreprises et le monde académique en matière de recherche. Comment en est-on arrivé là?
- Mohamed Najim: Il s’agit d’un processus de construction très long. Certaines universités ont pu mettre en place des interfaces et des mécanismes leur permettant de déceler les besoins des entreprises. Mais c’est un cheminement qui prend beaucoup de temps. Tout ne peut se régler en l’espace d’une réunion entre présidents d’universités et directeurs d’entreprises. Il faudrait que ces acteurs puissent se connaître, partager leurs visions et créer des liens, à partir de l’accueil des stagiaires par exemple. Actuellement, il n’y a que peu de cellules de stages permettant d’assurer un suivi aux étudiants, or c’est le premier lien entre un établissement de formation et l’environnement socioéconomique.
- Comment rapprocher les deux?
- Il existe  des collègues de très grande qualité, souvent très isolés, qui ont du mal à pérenniser leurs activités faute de structures appropriées. La recherche et a fortiori la construction de partenariats avec le monde socioéconomique demandent de la patience, de l’énergie et il faut être accompagné et stimulé pour y exceller. L’immersion de l’université dans le monde socioéconomique, qui est d’ailleurs l’objet d’un projet européen que je porte pour l’Université de Bordeaux, se trouve souvent reléguée au second plan. En effet, la préoccupation majeure des universités est de juguler les flux d’étudiants qu’ils reçoivent.

- Faut-il créer des chaires, mettre en place des fonds dédiés, des incubateurs… afin de dynamiser la recherche?
- La création de chaires nécessite de nombreux prérequis, et en particulier  un substrat scientifique solide pour les porter. Une chaire doit répondre à une thématique bien explicitée avec un cahier des charges précis. Il est également crucial de trouver les acteurs à même de la piloter et de la financer.
Concernant les incubateurs, cela fait 30 ans que l’on en parle au Maroc. Toutefois, tant qu’il n’y a pas de la matière pour les alimenter, c’est-à-dire des résultats de recherche suscitant l’innovation d’une part, et un corps d’enseignants-chercheurs très mobilisé d’autre part, ils ne pourront pas fonctionner! J’ai participé, en tant que directeur scientifique, à la création de la technopole de Casablanca. Le projet n’a pas réussi, car le système académique n’avait pas encore suffisamment de maturité pour faire vivre un incubateur ou un hôtel d’entreprises. In fine, la technopole a été transformée en zone industrielle. Pour ce qui est des fonds, je pense qu’il n’y a jamais eu autant d’argent dédié à la recherche. Cependant, il n’y a pas assez de projets à financer, car les porteurs potentiels n’émergent pas, à cause des obstacles auxquelles ils doivent faire face.
- Pensez-vous que le Maroc dispose actuellement d’une stratégie claire dans le domaine?
- C’est bien le cœur du problème. Les grands pays qui se sont retrouvés dans des situations difficiles se sont dotés d’outils administratifs et politiques destinés à promouvoir la recherche. Les pays de l’Est, et plus particulièrement l’ancienne URSS et la Chine, se sont donné comme instrument les académies des sciences. En France, Louis XIV avait tracé la voie, dès le 17e siècle, en créant l’Académie des sciences. Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), parmi les plus grands centres au monde, a également été mis sur pied en 1939. Au Maroc, nous avons eu des gouvernements où il n’y avait même pas de ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. En outre, la recherche relève de plusieurs ministères et organismes. Vous avez donc un éparpillement et une dilution de la responsabilité. Je pense que la priorité est de créer une instance nationale rattachée aux plus hautes autorités de l’Etat. Un organisme indépendant, et surtout pérenne, qui échappe aux équilibrages stratégiques et politiques des gouvernements qui se succèdent. Il aurait pour mission de définir une stratégie à même de mobiliser et motiver les ressources humaines et d’éclairer le pouvoir politique. 
- Justement, que faut-il faire pour avancer?
- Outre la création de cette instance, il est important de mobiliser le corps des enseignants-chercheurs. Malheureusement, ceux qui essaient de développer des projets de recherche ne sont pas plus considérés que ceux qui n’en font pas. Leurs efforts doivent être récompensés, sous forme de hausse de salaire, de promotions plus rapides… Une modification des statuts des enseignants-chercheurs est nécessaire pour y arriver. Certains pays voisins, comme la Tunisie et l’Algérie, l’ont fait.
Des îlots d’excellence existent dans tous les établissements, mais ils reposent sur la bonne volonté de personnes dévouées.
La matière grise de la recherche c’est les doctorants, sauf qu’aujourd’hui, ces derniers sont en voie de disparition à cause de textes inadéquats.
A titre d’exemple, la plus haute échelle de la fonction publique, l’échelle 11, est accordée à des personnes qui n’ont même pas encore soutenu leur thèse. Du coup, elles préfèrent faire pression pour rejoindre l’administration. L’évaluation, impartiale, des activités est également cruciale pour garantir l’excellence.

Osmose, un projet prometteur

PERMETTRE l’immersion de l’université dans le monde socioéconomique, c’est l’objectif du programme Osmose, financé par l’Union européenne à hauteur de 1 million d’euros. Lancé en octobre 2010, le projet regroupe 23 partenaires, dont 10 universités marocaines et l’association R&D Maroc. Osmose comporte 7 pôles portés par différentes universités marocaines et européennes: Aider les universités à référencer leurs ressources et à renforcer leur communication, diffuser une base de données de leurs compétences et mettre en réseau entreprises et universités autour de thématiques précises. Un premier réseau sur l’agroalimentaire a été constitué. Un 2e sur la mer sera bientôt lancé. Le programme prévoit aussi des actions relatives à l’organisation de stages, aux projets tutorés et à l’insertion des doctorants dans le monde économique. Il prendra fin en avril 2014.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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