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Société

Maroc/France: Repenser les échanges pour se détacher de la Chine

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5887 Le 19/11/2020 | Partager
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«La relation de mon pays avec le Maroc est essentielle. Les mouvements entre nos pays sont constants et riches: les hommes, les capitaux, les investissements, les idées, une langue commune et une même passion pour l’Afrique» (Ph. Wikipedia)

Didier Le Bret, diplomate et politicien français, œuvre depuis près de 30 ans auprès d’hommes politiques et hautes institutions gouvernementales en France et en Afrique. Proche de François Hollande qui lui confiera la lourde mission de Coordonnateur national du renseignement sur le continent Africain, il a été candidat pour le poste de député des Français à l’étranger en 2017, face à Mjid El Guerrab. Il livre, dans un entretien exclusif à L’Economiste, son analyse au sujet de la crise sanitaire mondiale liée au Covid-19, son décryptage de la politique d’Emmanuel Macron face aux attaques terroristes qu’a connues l’Hexagone, ainsi que ses relations avec le Maroc et ses projets

- L'Economiste: Bataclan, Charlie Hebdo… et aujourd’hui le meurtre de Samuel Paty et les attaques au couteau à Nice. Quel est votre avis à ce sujet, pourquoi la France n’a pas pu éviter cela?
- Didier Le Bret:
Le niveau de terrorisme est en train de se rapprocher du niveau que nous avons connu pendant le quinquennat de François Hollande. Tout d’abord, il y a une pression qui vient de l’étranger, orchestrée notamment par ceux qui veulent entrer en bras de fer avec la France comme la Turquie. Et puis, il y a une situation sociale et économique tendue qui est propice à ces actes meurtriers en France. Même si Daesh n’existe plus, la menace s’adapte et évolue, les actes ne sont plus de la même nature, mais néanmoins le terrorisme est bien présent. On peut s’attendre à des attaques peu complexes, mais qui peuvent mettre à genoux nos institutions, c’est la théorie des «1001 entailles». Il faut permettre à l’ensemble des citoyens qui se sentent menacés de communiquer en temps réel. Pour cela, il faudrait renforcer la plateforme «Pharos» et mettre en place un numéro vert pour faire remonter l’information des enseignants, des familles, qui observent des signes avant-coureurs. Par ailleurs, la DGSI et l’APEGI peuvent objectiver la menace et assurer une communication transversale entre l’ensemble des institutions. Enfin, il faut arrêter la vindicte populaire et stopper l’incitation à la haine qui est passible de prison.

- En tant qu’ex-directeur du centre de crise du quai d’Orsay à Paris, quel est votre regard sur la gestion de la crise sanitaire en France?
- Tout d’abord, j’avoue avoir été surpris de constater que la cellule interministérielle de crise n’a pas été activée rapidement. Cela aurait sans doute permis de mieux intégrer l’ensemble des composantes de la gestion de crise, de la communication à la logistique, s’agissant notamment d’une crise aussi complexe. Cela aurait également préservé l’autorité et le rôle du Conseil scientifique, qui a pu donner à un moment le sentiment qu’il prenait des décisions, y compris dans des domaines qui ne relevaient pas de sa compétence. Les revirements de position de l’exécutif sur les masques et les tests ont rompu le lien de confiance, qui est un préalable à toute gestion de crise. Enfin, l’hyper-centralisation des décisions, là où il aurait fallu laisser davantage d’initiatives aux collectivités territoriales, a également nourri le ressentiment des Français, qui pourtant étaient prêts à agir et à contribuer.

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lDans ce livre édité en 2017 chez Robert Laffont, Le Bret fournit des propositions nouvelles pour l'éducation, le partage solidaire et la démocratie participative (Ph. LR)

- Vous affirmiez en 2017 que la force de Macron résidait dans sa virginité politique, sa posture anti-establishment… Quel est votre regard aujourd'hui?
- Ces facteurs ont été essentiels pour la conquête du pouvoir, ils ne sont pas suffisants pour l’exercer. On ne peut se prévaloir de la nouveauté permanente une fois que l’on accède aux plus hautes responsabilités. La politique, clairement de droite du gouvernement Macron, est en décalage avec les attentes profondes des Français. Jamais le besoin de justice n’a été aussi fort, dans un contexte de précarité croissante et de creusement des inégalités. Le projet libéral est questionné de toute part, la crise sanitaire que nous traversons en a pointé les travers les plus évidents: la compétition en lieu et place de la solidarité, le nivellement social par le bas, la consommation pour seul horizon. Enfin, la déception est également palpable du côté de la société civile: l’expérience parlementaire de certains d’entre eux aura été amère et le «service civique» de courte durée!

- Quel est votre regard sur les relations France-Maroc?
- La relation de mon pays avec le Maroc est essentielle. Nous avons des deux côtés de la Méditerranée des communautés nationales importantes. Les mouvements entre nos deux pays sont constants et riches: les hommes, les capitaux, les investissements, les idées, une langue commune, la même passion pour l’Afrique. A l’heure où il nous faut repenser nos échanges et être moins dépendants de la Chine, le Maroc peut être un levier essentiel dans cette politique de relocalisation de notre industrie. Il y a au Maroc à la fois un environnement économique suffisamment stable pour se projeter dans la durée et une main d’œuvre compétente, qui ne demande qu’à s’améliorer dans tous les secteurs: de l’automobile à l’aéronautique en passant par l’industrie chimique.

Propos recueillis par Ghizlaine BADRI

                                                                         

Compagnon de Mazarine Pingeot, fille de François Mitterrand  

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Didier Le Bret et son épouse Mazarine Pingeot avec qui il est marié depuis le 1er juillet 2017 (Ph. Pure People)

L'homme politique de gauche estime que la tribune de son épouse Mazarine Pingeot dans les médias français a libéré une parole que l'on n'entendait pas suffisamment: celle des femmes qui sont pleinement engagées dans le combat pour l'égalité et qui souhaitent  mettre un terme à ce qui s’apparente à une forme d'impunité collective. Didier Le Bret assure que la société a besoin des femmes et des hommes dans ce combat politique, qui vise à donner enfin à la moitié de l'humanité la place qui lui revient, ajoutant que ce combat porte également en lui une immense promesse de transformation des rapports humains, de notre façon collective de voir l'avenir, de produire, de consommer, de transmettre... concluant ainsi que le combat féministe avec l'écologie sont pour lui les deux grands combats de ce début du 21e siècle!

 

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