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Culture

Art & Culture Week-End: Mohamed Melehi, le dernier des pionniers n’est plus

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5875 Le 30/10/2020 | Partager
L’artiste est décédé emporté par la Covid-19 mercredi 28 octobre
Inventeur de la modernité au Maroc et dans le monde arabe

Mohamed Melehi n’est plus.  L’un des derniers doyens de l’art moderne marocain a été emporté par la Covid-19, mercredi 28 octobre à Paris, laissant le monde de l’art dans un grand désarroi. Pionnier, au sens littéral du terme, Melehi avec ses compères de l’école de Casablanca: Belkahia, Chebaa, Aatallah…,  seront, ni plus ni moins,  les inventeurs d’une modernité artistique marocaine. Leur fait d’arme, une exposition manifeste sur la Place Jamaâ El-Fna  à Marrakech en guise de révolte contre le folklorisme ambiant, hissé au rang de référence par les services des Beaux-Arts du ministère de la Culture de l’époque.

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 L’artiste de 84 ans, décédé mercredi 28 octobre, avait contracté une forme sévère du coronavirus et admis en soins intensifs dans un hôpital parisien, alors qu’il était dans la capitale française pour un check-up de routine (Ph. DR)

Nous sommes en 1969 et le postulat des artistes est le suivant: plutôt qu’à créer une modernité ex nihilo, il s’agit plutôt de recréer une continuité avec les arts vernaculaires. Bijoux amazigh, céramiques à motifs géométriques et tapis du Haut Atlas fournissent la matrice de cette modernité. Sans nostalgie passéiste, l’Ecole de Casablanca venait de prouver que l’abstraction (géométrique en l’occurrence) n’était pas qu’une invention occidentale, mais également dans des éléments traditionnels dans lesquels les artistes puisent pour régénérer l’art au Maroc.

Avec des éléments modernes à disposition comme la peinture au pistolet, les adhésifs plastiques et les plaques d’aluminium, le cuivre… nous retrouvons les motifs ancestraux des tapis sur les œuvres de Belkahia ou les élégants drapés des femmes Glaoua dans les vagues de Melehi. Mais la carrière de Melehi ne débute pas en 1969 mais bien plus tôt. Né dans une famille de notables à Asilah en 1936, il intègre l’École des Beaux-arts de Tétouan (1953-1955), puis  celles de Séville, de Madrid, de Paris, puis Rome où il s’établira dans les années 1950.

Il sera l’un des premiers artistes du continent africain à exposer dans les galeries d’avant-garde comme la Galleria Trastevere. C’est à Rome également qu’il épousera en secondes noces Toni Mariani, fille d’un ethnologue et photographe et d’une importante galeriste mais également belle-sœur d’Alberto Moravia, l’immense écrivain existentialiste. Mariani deviendra auteure de textes fondateurs sur l’art moderne et les nouvelles perspectives culturelles post-indépendance du Maroc.

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De l’époque  casablancaise, on retiendra la pratique de graphiste-activiste de Melehi qui s’engage dans tous les combats postcoloniaux de l’époque ainsi que son attachement à la cause palestinienne (Ph. DR)

En 1962, Melehi est assistant enseignant à l’institut des arts de Minneapolis. Il s’imprègne du mouvement pictural américain du moment, le Hard Edge. Il prend part à l’exposition Hard Edge and Geometric Painting du MoMA en 1963, qui le font passer encore dans une autre dimension. Le retour à Casablanca se fera en 1964. C’est le début d’une aventure mémorable. Celle de l’école de Casablanca. Farid Belkahia, Mohamed Chebâa, Mohamed Melehi, Toni Maraini et Bert Flint vont écrire l’une des plus importantes pages de l’histoire de l’art marocain. Ils seront bientôt rejoints par d’autres artistes Mohamed Hamidi, Karim Bennani, Mekki Megara, Bachir Demnati, Saad Cheffaj, entre autres, s’enrôlent sous la bannière.

De cette époque on retiendra la pratique de graphiste-activiste de Melehi qui s’engage dans tous les combats postcoloniaux de l’époque, notamment à travers la revue Souffle. En 1972, il fait  partie des peintres qui ont fondé l’Association marocaine des arts plastiques (AMAP), qu’il présidera de 1976 à 1982. En 1985, il est nommé directeur des arts au ministère de la Culture. Durant l’été 1978, c’est avec un autre Zaïlachi, qu’il participera à la création du Moussem culturel d’Asilah,  premier festival culturel et artistique international à vocation Sud-Sud. A Asilah, il sublimera sa pratique de muraliste. Sa période newyorkaise restera cependant la plus emblématique.

                                                               

Verbatim

«Nous n’avons nullement besoin des marchés et du «collectionnisme». Le marché est dangereux pour une peinture jeune, en état de gestation. Ceci nous donne un temps de répit nécessaire à la fermentation, à l’élaboration. Cette situation est bonne aussi parce que notre peinture n’est pas officialisée. Elle n’est pas un moyen de glorification de classes déterminées. Nous ne faisons pas de portraits ni de femmes allongées sur des prés verts. Notre peinture n’est pas non plus intellectualisée. Nous ne subissons pas comme en Occident le poids écrasant de l’histoire qui crée chez l’artiste divers complexes. Nous sommes dans une phase d’expérimentation plutôt que de révision. Ce qui fait que notre entreprise de déblayage sera moins longue que celle qu’a entreprit l’Occident. Nos traditions et nos valeurs artistiques sont encore actives et intégrées dans la vie de nos collectivités, bien que menacées. Mais cette menace n’est pas asphyxiante pour l’artiste conscient. Il peut limiter les dégâts. Et c’est là le problème de la sauvegarde de notre patrimoine qui est posé dans toute son acuité. Le danger peut être endigué si ceux qui gèrent ce patrimoine veulent prendre enfin leurs responsabilités» Mohamed Melehi, revue Souffle 1967.

Amine Boushaba

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